Telle est la situation que la mère de Rosanne, Ghislaine Robitaille, a exposé au conseil des maires de la MRC à sa séance d'octobre, mais sans que les élus lui proposent une piste de solution. « Ce n'est pas un service de taxi, c'est un service de transport en commun. Ce transport-là ne peut dépasser les limites de la MRC », lui a expliqué Francine Morin, préfet et maire de Saint-Bernard-de-Michaudville.
Le directeur général de la MRC, Gabriel Michaud, a précisé que la municipalité régionale avait pour mandat de rester ouverte aux attentes des utilisateurs du transport, mais que même dans les cas particuliers, il devait y avoir un certain nombre de requérants. « Des demandes individuelles, il ne peut pas y en avoir », a-t-il tranché. « Nulle part il est écrit qu'il faut être plusieurs (...). Dans la MRC, ma fille a été très souvent transportée seule du point A au point B », a répliqué Mme Robitaille.Mme Morin lui a toutefois laissé un brin d'espoir. « On va regarder ça, si c'est possible de faire quelque chose », a-t-elle conclu.Actuellement, c'est Mme Robitaille qui doit elle-même conduire Rosanne au Centre d'insertion sociale La Traversée, de Beloeil, une institution qui relève de la Commission scolaire des Patriotes. Ces aller-retour quotidiens l'épuisent, vu son état de santé : atteinte d'un cancer, elle a dû subir des traitements de radiothérapie qui ont pris fin en septembre. « J'étais convaincue que je trouverais une solution au problème du transport, mais je vois bien que ce ne sera pas facile. Ce n'est pas de compassion dont j'ai besoin, mais d'une solution. »C'est en désespoir de cause qu'elle s'est adressée au conseil des maires de la MRC pour trouver une solution au problème. Une éducatrice du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) avait déjà écrit en son nom à Micheline Martel, directrice au transport adapté et au transport collectif régional à la MRC, mais cette démarche n'avait pas donné les résultats souhaités. La seule proposition formulée consistait à initier Rosanne au transport en commun régulier par le biais d'une éducatrice du CRDI. Mais pour sa mère, il n'en était pas question. « Ça serait toujours resté inquiétant pour moi. Ma fille est très lourdement handicapée; elle va toujours manquer de jugement », explique Ghislaine Robitaille.Par la suite, elle a elle-même écrit à la directrice au transport pour lui faire quelques suggestions, mais aucune n'a été retenue. Selon elle, le plus simple serait que le service de transport adapté des Maskoutains conduise Rosanne jusqu'à Sainte-Marie-Madeleine, où un véhicule de la Régie intermunicipale de transport adapté de la Vallée-du-Richelieu (RITA) pourrait prendre le relais et effectue le trajet Sainte-Marie-Madeleine - Beloeil avec Rosanne. Mme Robitaille serait même prête à payer le prix de trois passages pour obtenir ce service.Mais dans l'état actuel des choses, la MRC n'est pas partante pour ce genre d'arrangement. Micheline Martel a expliqué qu'en vertu de la loi, l'obligation de la MRC se limite à l'organisation du transport adapté sur son territoire. « Si on regarde bien la demande, il s'agit de transport privé pour une personne en dehors de notre territoire. Nous n'avons pas de budget pour ça. » Elle a précisé que les utilisateurs du transport adapté n'assurent que 15 % des revenus nécessaires à l'exploitation du service; le reste provient des municipalités (20 %) et du ministère des Transports (65 %).Dans la MRC voisine de la Vallée-du-Richelieu, on a donné un son de cloche différent. Le préfet, Richard Plante, maire de McMasterville, a expliqué qu'en transport adapté, la RITA se rend au besoin sur le territoire de la MRC Les Maskoutains. « Mais il faut qu'on nous en fasse la demande », a-t-il dit.
Un peu d'espoir
Pour Rosanne et sa mère, les choses se présenteraient différemment si, dans le transport collectif, les MRC étaient organisées en réseau. Mais c'est tout de même dans cette direction que le dossier évolue au Québec.
Des projets-pilotes d'interconnexion entre MRC ont été lancés tout récemment, dont l'un dans la région de Lanaudière qui a inspiré les élus de la Montérégie Est. En juin, le Conseil régional de transport de Lanaudière a paraphé avec ses six MRC une entente sur l'implantation d'un projet d'interconnexion entre les organismes de transport adapté qui sont actifs dans cette région administrative.Mme Martel a confié au COURRIER que c'est un projet identique à celui de Lanaudière que le Conseil régional des élus de la Montérégie Est (CRÉ) aimerait mettre sur pied dans ses neuf MRC, dont Les Maskoutains. Mais comme l'une des MRC concernées a refusé de signer l'entente sur le projet d'interconnexion - il s'agit de la MRC du Haut-Richelieu - le CRÉ doit obtenir une dérogation du gouvernement pour avoir droit à du financement dans le cadre du Programme d'aide au transport collectif régional 2007-2011.Cette initiative du CRÉ de la Montérégie Est va dans le sens des conclusions qui ont été tirées du vaste projet de recherche « Famille-Transport » qui a été réalisé avec son concours dans la MRC Les Maskoutains en 2010.