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François Avard sous les projecteurs
20 mars 2014

François Avard sous les projecteurs

Les Beaux malaises, les Enfants de la Télé, les performances de nos humoristes préférés : François Avard est un auteur occupé. En cette campagne électorale, il est aussi un citoyen déprimé. Prospective 2014.

Votre agenda pour l’année 2014 est particulièrement bien rempli. Vous êtes notamment de l’équipe qui prépare le spectacle attendu de Louis Morissette et Véronique Cloutier cet automne. N’y a-t-il pas une part de risque pour le couple à mettre les autres projets de côté pour tenter un spectacle sur scène?

Ce qui est très intéressant de ce projet - et ce pourquoi je l’ai encouragé dès le début - c’est que pour une fois un couple qu’on sait être un vrai couple va se retrouver sur une scène. Juste ça, c’est une accroche intéressante. On entend tellement d’humoristes faire des blagues de couple sans jamais avoir le répondant. Moi, je trouvais que c’était une belle idée et que Louis et Véro étaient les deux meilleures personnes pour le faire. Mais je ne leur ai jamais dit de tout balancer par-dessus bord pour se consacrer à ce projet. Ça, c’est leur décision à eux tout seul! Par contre, ce n’est pas un projet casse-gueule. Ils sont entourés d’excellents auteurs (!), ils sont bons et savent s’adresser au public. Ça va être un bon spectacle avec de la variété, pas juste de l’humour. Et il y aura une période de rodage cet été, notamment au Centre des arts Juliette-Lassonde.

Véronique Cloutier et son acolyte Antoine Bertrand seront remplacés à la barre des Enfants de la Télé. On veut un scoop.

J’aurais aimé donner un scoop, mais la vérité, c’est que je n’en sais rien. Ceci étant dit, pour mon travail, ça ne change pas grand-chose. C’est certain que les 622 gags de gros que j’ai en banque, je ne peux rien en faire, à moins que Laurent Paquin se retrouve sur le plateau. Ce que j’écrivais pour Antoine était plus personnel, mais ce que je faisais pour Véro ne changera pas beaucoup. Le gros de mon travail, c’est de choisir de 60 à 75 extraits et de monter un scénario en trouvant les liens et les thèmes qui se recoupent. Ensuite, c’est passé et repassé au tamis pour arriver aux 15 à 20 extraits que vous voyez à la télé. Les archives de Radio-Canada sont une mine d’or, classées à la virgule près. Le changement des animateurs ne changera pas beaucoup mon travail, mais j’espère que ce sera aussi agréable pour les gens qui vont le regarder à la télévision.

Vous travaillez aussi à orchestrer le travail des auteurs pour la troisième saison de 19-2.

J’ai été appelé à la « rescousse » parce qu’il n’y avait pas de script-éditeur pour la prochaine saison, qui sera diffusée à l’hiver 2015. Je coordonne le travail d’écriture des deux scénaristes ainsi que de Claude Legault et Réal Bossé. Mais je ne suis pas vraiment un chef d’orchestre; je suis plus un casque bleu en mission. Être quatre à écrire un texte c’est beaucoup plus long et il faut que tout le monde soit content. Par contre, il y a des choses tellement établies dans les deux premières saisons, il y a une telle logique et une telle cohérence dans le récit qu’on ne peut pas trop se tromper.

Pour un auteur politisé, la campagne doit être une source d’inspiration. Que devrait-on se souhaiter pour le 7 avril?

Je regarde les élections et je suis extrêmement découragé. Comment ne pas être cynique en voyant des gens comme Barrette le vire-capot ou comme Couillard qui le prend dans sa gang? Quelle bande de zoufs! Et puis Pauline qui veut faire campagne sur la Charte. On s’en fout de la Charte! La dernière fois que j’ai vu des femmes voilées, c’est quand je suis allé au Soudan. Alors comme auteur, oui les politiciens nous offrent tout ce qu’il faut sur un plateau d’argent, mais c’est du pré-ri. À titre d’exemple, pour un Bye Bye, ça devient extrêmement difficile de trouver les blagues qui n’auront pas déjà été faites. Sur une note plus sérieuse, pour Saint-Hyacinthe, je souhaite une victoire de Québec Solidaire.

Le Bye Bye 2013 a fait ses choux gras de la Charte, qui demeure parmi les sujets importants de la campagne électorale. De quoi devrait-on plutôt parler?

Pour moi, la Charte, c’est de la poudre aux yeux pour faire oublier un paquet de choses importantes. Ce n’est pas audacieux. Je trouve ça déprimant qu’il n’y ait pas un projet de société plus grand, plus fort, plus beau, plus innovateur qui soit proposé plutôt que de reparler de religion. On est en 2014, tabarnak! Je trouve que c’est plus inquiétant et important de se questionner sur la condition masculine dans la société québécoise que sur quelques femmes voilées. On voit des hommes tuer leur femme et leurs enfants, des jeunes tuer leur blonde parce qu’ils sont jaloux, des gars lâcher l’école en secondaire 4, d’autres se suicider. Je trouve ça plus préoccupant que quelques femmes qui peinent à travailler, qui sont prises pour porter un voile et à qui on va aller dire qu’elles perdent leur job et qu’elles doivent retourner à la maison s’enfermer. Ce n’est pas de même qu’on va leur donner envie de l’enlever, leur voile.

Qu’est-ce qui ferait un projet de société porteur en 2014?

Ça devrait être l’énergie. C’est le grand combat qu’il faut tenter de mener. Avoir une énergie propre, gérer notre consommation d’énergie, nos ressources, mettre plus de moyens sur le développement de véhicule électrique, gérer nos surplus d’électricité. Déjà, si Québec Solidaire pouvait former une opposition officielle, il y aurait enfin une parole pour ceux qui sont plus environnementalistes, plus féministes, plus égalitaristes, plus socialistes.

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