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Un coût de production impossible à déterminer
29 janvier 2015

Industrie du veau de lait
Un coût de production impossible à déterminer

L’industrie du veau de lait au Canada se concentre principalement entre deux entreprises dont les sièges sociaux sont établis à Saint-Hyacinthe. Sur la photo, celui de Délimax situé sur le boulevard Laframboise. Photo François Larivière | Le Courrier ©
Une étude sur le coût de production du secteur du veau de lait qui devait permettre une mise à jour des garanties offertes par le Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) ne verra jamais le jour, a appris LE COURRIER.

L’an dernier, la Financière agricole du Québec avait mandaté le Centre d’études sur les coûts de production en agriculture (CECPA) pour réaliser une étude « élargie » du secteur du veau de lait.

Cette analyse pointue devait inclure un portrait financier des entreprises oeuvrant dans ce milieu et approfondir le processus de détermination des prix des principaux intrants ainsi que celui des veaux vendus.

Le CECPA avait même publié sur son site web un descriptif de l’étude accompagné d’un échéancier qui annonçait le dépôt des résultats pour l’automne 2014.

« Il appert que le CECPA n’a pas été en mesure de réaliser l’étude initiée en raison de l’impossibilité d’établir un coût de production transparent et objectif qui respecte les règles et les normes du programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles », nous a répondu, Christine Massé, responsable de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics à la Financière agricole.

Au Québec, l’industrie du veau de lait se partage principalement entre Délimax et Écolait, deux entreprises majeures établies à Saint-Hyacinthe. Ces deux intégrateurs interviennent à toutes les étapes de la production : de la vente du bétail au producteur à l’abattage en passant par la nutrition et l’intervention du vétérinaire.

« À la lumière des résultats obtenus, nous avons constaté une zone grise au niveau de l’ensemble des transactions entre l’éleveur et son fournisseur-intégrateur », indique Francis Goulet, directeur général du CECPA.

Assurance généreuse

En 2013, plus de 17 millions de dollars ont été versés à l’industrie du veau de lait par l’entremise du programme ASRA, dont 90 % des sommes sont allées à Délimax et Écolait.

Le programme ASRA est financé dans une proportion de deux tiers par le gouvernement et le tiers restant par les producteurs agricoles qui y contribuent sous forme d’assurance.

« Maintenir le programme ASRA tel qu’il est conçu n’est plus possible en raison de la concentration observée dans le secteur du veau de lait. On veut s’assurer que l’argent investit dans ce programme est bien destiné aux producteurs et qu’il respecte les règles », mentionne Louis-Pierre Ducharme, porte-parole de la Financière agricole du Québec.

Remise de dettes

Obtenir un coût de production représentatif se trouve embrouillé par l’octroi par les intégrateurs, de remises de dette aux producteurs.

Cette écriture comptable vient, selon la Financière agricole, modifier artificiellement le coût de production.

La précédente étude sur le coût de production du veau de lait effectuée en 2008 avait déjà mis le doigt sur la pratique des remises de dette.

« Il a été constaté en cours d’enquête qu’une large proportion d’entreprises libres-financées (éleveurs en affaires avec un intégrateur) ont bénéficié, en 2008, de remises de dettes de la part de leur fournisseur d’intrants (intégrateur) pour diminuer des soldes à payer », peut-on lire dans l’étude sur les coûts de production des veaux de lait datant de 2010.

Cette façon de procéder n’était pas prévue au contrat de financement entre fournisseur et producteur.

À la suite de la publication de l’étude de coût de production réalisée en 2004-2005, la Financière agricole avaitété informée « de diverses irrégularités survenues au cours de l’enquête, dont le paiement de ristournes cachées affectant le prix évalué pour la poudre de lait », pouvait-on lire dans un document interne de la Financière agricole.

« Le coeur de ce dossier est d’être capable de définir un coût de production qui soit juste et équitable pour les autres industries agricoles qui perçoivent l’ASRA », considère le porte-parole de la Financière agricole.

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