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Les serriculteurs à la recherche de lumière lors des journées les plus sombres
6 février 2014

Les serriculteurs à la recherche de lumière lors des journées les plus sombres

En cette période où le Canada connaît les journées les plus courtes et les plus froides de l’année, la gestion de l’éclairage et du chauffage devient une priorité absolue pour de nombreux serriculteurs.

Gérer l’éclairage supplémentaire nécessaire à la saine croissance des végétaux n’est pas aussi simple qu’appuyer sur un interrupteur; c’est une forme d’art.

De décembre à février, les serriculteurs fournissent un supplément d’éclairage chaque jour pendant environ 18 heures. La température moyenne sur 24 heures est le facteur primordial en production hivernale. S’il fait trop chaud pour la plante par rapport à l’éclairage qu’elle reçoit, la plante brûle plus de sucres qu’elle n’en produit.« Il n’y a pas d’avantage à fournir plus d’heures d’éclairage par jour parce qu’une luminosité excessive peut entraîner une perte de rendement », mentionne Audrey Boulianne, directrice de la production chez Savoura, une entreprise québécoise productrice de tomates de serre. La hausse du coût de l’énergie, les changements météorologiques et la demande de produits locaux et biologiques de la part des consommateurs font que nous devons adopter des solutions de production plus perfectionnées et efficaces si nous voulons rivaliser avec des pays qui jouissent d’un ensoleillement généreux et d’une main-d’oeuvre agricole bon marché. À mesure que l’agriculture et les préférences alimentaires évoluent, les serres doivent aussi s’adapter. En matière d’éclairage supplémentaire, l’avenir réside dans une solution de rechange aux lampes à vapeur de sodium à haute pression (HPS), qui représentent la source classique d’éclairage artificiel. Les diodes électroluminescentes (DEL) pourraient remplacer les systèmes d’éclairage énergivores comme les lampes HPS, et sont déjà utilisées dans des serres commerciales de quelques pays d’Europe, ainsi que dans le cadre d’essais menés aux États-Unis et au Canada. Cette nouvelle technologie pourrait se traduire par une floraison précoce, une croissance racinaire plus rapide, une utilisation plus économique de l’espace et des rendements accrus. GE Lighting, en collaboration avec le gouvernement du Canada, l’Université McGill et Savoura, ont mené des recherches impliquant l’utilisation de lampes DEL dans les serres commerciales. Les résultats de ces recherches ont validé l’importance des lampes DEL sur l’amélioration de la croissance des plants et la réduction des coûts d’exploitation. Selon GE Lighting, l’utilisation de la technologie DEL dans les systèmes d’éclairage des serres commerciales présente une nouvelle opportunité de marché qui s’avère prometteuse, mais qui nécessitera une période d’incubation supplémentaire avant qu’elle ne soit déployée et commercialisée sur le marché. Elle se révélera être d’une grande valeur pour la communauté agricole dans le futur. Mme Boulianne mentionne que la combinaison des deux sources lumineuses a démontré les meilleurs résultats en terme de récolte. À l’opposé des lampes HPS, les lampes DEL n’émettent pas de chaleur et peuvent être installées verticalement, tout au long des plants. « Au Canada, nous devons chauffer nos installations pendant l’hiver et ventiler pendant l’été », mentionne Mme Boulianne. « Les serres sont énergivores à longueur d’année. Une combinaison des lampes HPS et DEL serait avantageux pour nous à long terme. Notre choix dépendra du coût d’installation de ce nouveau système d’éclairage dans nos opérations. Nous évaluerons certainement cette option lorsque nous ferons la planification de nouveaux sites. Cela représentera un changement majeur dans nos techniques de production. » Si les lampes DEL sont un jour commercialisées pour les serres au Canada, elles seraient probablement utilisées en tant que complément aux lampes HPS dans un système d’éclairage hybride. « Les serriculteurs envisagent de plus en plus l’éclairage et la cogénération comme prochaines mesures d’amélioration de l’efficacité », indique Amit Varma, directeur principal des relations d’affaires de Financement agricole Canada (FAC) à Surrey, en Colombie-Britannique. M. Varma affirme que les producteurs sont disposés à investir dans la technologie qui leur permettrait de produire toute l’année. Pour les prêteurs, l’analyse de risque comporte parfois de la recherche interne visant à déterminer si la nouvelle technologie a une efficacité avérée sur le terrain. « Les propriétaires, les gestionnaires et les exploitants de serres sont des gens innovateurs et des entrepreneurs audacieux, déclare Dave Orosz, directeur principal des relations d’affaires de FAC, à Essex, en Ontario. Les prêts à ce secteur sont associés aux grandes questions du jour, c’est-à-dire l’énergie ou l’éclairage. » Lorsqu’il s’agit de financer des projets à forte intensité de capital, M. Orosz indique que l’essentiel est de suivre des principes de base. « Les personnes responsables sont-elles compétentes et possèdent-elles l’expérience et les capitaux propres nécessaires pour essayer quelque chose de nouveau? Dans quelle mesure le producteur compte-t-il sur le fait que cette technologie expérimentale fonctionne? Tout est une question de gestion du risque », résume-t-il. Par ailleurs, la technologie DEL est largement utilisée pour l’éclairage résidentiel, de rues et pour les lumières de Noël, mais les Canadiens devront patienter un peu avant de pouvoir consommer de délicieux fruits et légumes produits à l’aide de la même technologie.

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