Édition du
11 Avril 2001
 
La nouvelle Audi Allroad
Hybride aux stéroïdes


Plus la popularité des véhicules utilitaires sport (VUS) s'étiole, plus les hybrides se multiplient. Subaru a parti le bal avec son Outback, en 1995, suivi de Volvo avec la Cross Country. Un troisième joueur vient de plonger dans la mêlée, et non le moindre : la réputée firme allemande Audi, grande spécialiste du rouage intégral.

Audi rime bien sûr avec Quattro, du nom de leur système de traction intégrale qui a vu le jour en 1980. Révolutionnaire à l'époque, ledit système demeure, deux décennies plus tard, LA référence. Contrairement à Porsche, la firme d'Ingolstadt a cependant refusé de se dénaturer en ajoutant un VUS dans sa gamme; en lieu et place, on a plutôt joué la carte du crossover (comme on surnomme désormais les hybrides). Avec une touche beaucoup plus sportive, cependant, ce qui permet à la nouvelle Allroad de se démarquer de ses rivales.

Comme l'ont fait Subaru et Volvo avant eux, les ingénieurs d'Ingolstadt ont élaboré leur véhicule hybride à partir d'un modèle qui existait déjà, soit la familiale A6 Avant, pour ensuite modifier de façon significative la carrosserie et ce qui se cache en dessous.

Puissance et sophistication

Si la recette est la même, la préparation est différente - d'où l'écart de prix avec la concurrence -, avec des solutions techniques propres à chacun de ces constructeurs. À l'extérieur, l'Allroad se distingue par son support à bagages sur le toit, ses phares antibrouillard, ses plaques protectrices à l'avant et à l'arrière, ses ailes élargies et une garde au sol plus élevée que celle de la familiale Avant.

Comme sa plus proche rivale (en terme de prix), la Volvo Cross Country, l'Allroad propose une fiche technique étoffée, qui comprend notamment le rouage intégral avec viscocoupleur, un moteur turbocompressé et une boîte automatique à 5 rapports bimodale (avec mode séquentiel). À la différence que l'Audi propose également une boîte manuelle à 6 rapports.

Un détail qui a toute son importance pour certains conducteurs, et qui confirme une approche plus sportive. Si vous avez encore des doutes, ajoutons que le moteur est un V6 de 2,7 litres vitaminé par deux turbocompresseurs, qui font grimper la puissance à 250 chevaux. Si ça vous dit quelque chose, c'est qu'il s'agit du même engin qu'on retrouve sous le capot de la berline S4, sorte de Porsche quatre portes déguisée en Audi.

L'Allroad est toutefois plus lourde, mais 250 chevaux, ça reste 250 chevaux... Au chapitre des performances et des reprises, elle lamine la concurrence. Même si on garde la transmission en mode automatique, l'Allroad accélère comme une flèche. Lorsque la boîte de vitesses est en mode séquentiel, elle passe d'un rapport à l'autre de façon instantanée. De plus, on peut passer les vitesses au volant avec la boîte Tiptronic.

Le freinage est directement proportionnel aux accélérations. C'est tout dire. Ces freins feraient sans doute l'affaire sur un Boeing ou un avion de chasse... Qui plus est, ils sont munis d'un système antiblocage (ABS) qui opère à la perfection. Une suspension à 4 roues indépendantes assure les liaisons au sol. Les ingénieurs d'Audi ont opté pour une configuration à quatre bras à l'avant, à triangulation double à l'arrière.

Mais le fin du fin, c'est la suspension électronique à hauteur réglable de l'Allroad, qui permet d'augmenter la garde au sol. Le conducteur n'a qu'à actionner un commutateur au tableau de bord pour ensuite choisir entre quatre niveaux de hauteur. Avec le niveau le plus élevé, la garde au sol de l'Allroad est la même que celle du Land Rover Discovery et excède de 180 mm celle du BMW X5, deux VUS en bonne et due forme.

Pas de doute, c'est une Allemande!

Cet hybride aux stéroïdes ne peut renier ses origines germaniques, et c'est tant mieux. La tenue de route est conforme en tout point aux standards auxquels nous ont habitués les meilleures berlines allemandes (pléonasme?). Oh, elle survire un petit brin, mais seulement à haute vitesse. Et encore faut-il la brusquer. Quant à la motricité, elle n'est rien de moins qu'exceptionnelle, gracieuseté du système Quattro.

Bien qu'une coche trop assistée, sa direction est rapide, ultraprécise et communique bien les sensations de la route. Elle travaille de concert avec une suspension plus ferme, donc plus sportive, le tout rehaussé par des pneus plus performants, montés sur des jantes de 17 pouces.

Tout ça est d'autant plus remarquable que le confort ne s'en trouve nullement pénalisé. Ou si peu : les plus douillets trouveront que "ça porte dur" lorsque le revêtement se détériore.

Pour les excursions hors-route, on vous suggère de ne pas vous aventurer trop loin. Ces hybrides ne sont surtout pas des tout-terrains et si la situation se corse, on constate rapidement les limites d'une traction intégrale munie de différentiels à viscocoupleur. De toutes façons, qui va jouer dans le bois avec de tels jouets de luxe? Poser la question, c'est y répondre. Sinon, sur une route enneigée comme sur un chemin non pavé, le système Quattro de l'Allroad demeure, on l'a dit, la référence.

La mesure-étalon

Au chapitre de l'habitacle, l'Allroad brille encore une fois de tous ses feux. De la chaîne stéréo à l'ergonomie en passant par la finition, rien ne porte flanc à la critique. De plus, la présentation intérieure des Audi est dans une classe à part, et l'Allroad ne fait pas exception, avec son superbe tableau de bord et ses appliques en noyer véritable.

Et pratique avec ça : on retrouve à l'intérieur une flopée d'espaces de rangement et de compartiments en tout genre, ainsi qu'une troisième banquette pour les enfants. Située dans la soute à bagages, elle est rabattable et une fois dépliée, elle est orientée vers l'arrière.

L'Allroad est aussi pourvue d'une pléthore de dispositifs de sécurité, active comme passive. Il y a des coussins gonflables frontaux et latéraux, évidemment, mais aussi des rideaux gonflables, pour protéger la tête. L'énumération des dispositifs de sécurité active ressemble à une soupe à l'alphabet, avec le régulateur antipatinage ASR, auquel s'ajoutent le verrouillage électronique du différentiel (EDL) et le programme de stabilité électronique (ESP). Sans oublier l'ABS...

Concluons ce panégyrique - mérité, au demeurant - en soulignant que Audi est un constructeur qui s'est métamorphosé au cours des dix dernières années. Ce qui se traduit notamment par des voitures plus fiables que jamais. Sil est vrai que l'Allroad est la plus chère de sa catégorie, cela s'explique par sa conduite nettement plus inspirée, ses performances de haut niveau et sa plus grande sophistication. Chose certaine, Audi a réussi un coup de maître car dès sa sortie, l'Allroad s'impose comme la mesure-étalon de ce créneau en pleine expansion.

Philippe Laguë
 
 
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