Édition du
31 Octobre 2001
 
Dominique Demers, deux fois


Recevoir un envoi de Québec Amérique avec deux romans de Dominique Demers, pour jeunes et pour adolescents, c'est comme déballer une boîte de chocolats à deux étages. En savourant le premier, on anticipe déjà le plaisir gourmand de s'attaquer à l'autre. Parce qu'on sait très bien que le second sera au moins aussi savoureux.

Si certains auteurs écrivent pour enfants, ados et adultes, je ne crois pas que personne n'y réussisse mieux que Dominique Demers. Ni surtout avec une meilleure approche pédagogique et «maternelle» dans le cas des jeunes.

Drôle quand elle raconte pour les 9-12 ans, elle devient amie, grande soeur, confidente, mère dans ses récits pour adolescents.

Une drôle de ministre

Une drôle de ministre, Dominique Demers, Québec Amérique, 128 p.
Tour à tour maîtresse, bibliothécaire et factrice, Mademoiselle Charlotte, à la suite de péripéties incroyables, se voit offrir un poste de ministre. Heureusement, elle n'a pas l'ambition de cet Alain Gagnon que la télé nous présente ces jours-ci. On la reverra sans doute dans d'autres rôles inattendus.

Parce que par distraction elle a changé son sac avec un sac identique qui appartient au premier ministre, Mademoiselle Charlotte aboutit à la résidence officielle du chef de l'État, et malgré elle, se voit mêlée à ce qui ressemble à un enlèvement, celui de Marc-Aurèle, le fils du premier ministre Roger Rabajoie.

Ce duo étonnant fera toute une équipée pour aller rejoindre le premier ministre qui doit prononcer un discours sur la réforme de l'éducation. Une réforme qui enlèverait presque tous les congés alors que Mademoiselle C. rêve d'une école plus créatrice qui apprendrait entre autres aux enfants à construire des cabanes dans les arbres.

À lire même par des professeurs qui sentent parfois le feu sacré s'éteindre devant l'immensité de la tâche d'éducateur.

Ta voix dans la nuit

Ta voix dans la nuit, Dominique Demers, Québec Amérique, 217 p.
Délaissant l'école primaire, on débarque ici au secondaire avec une histoire d'amour, de jalousie, d'apprentissage de la vie qui pourrait nous donner deux semaines de Virginie. Avec en prime le plaisir de lire une oeuvre où à chaque phrase on déguste une nouvelle saveur de chocolat. Bon à s'en humecter les papilles de la lecture.

Dominique Demers emprunte ici le ton de la confidence à un journal en faisant écrire son héroïne à son chat Poutine. Les chicanes d'étudiants pour l'attribution des principaux rôles dans une pièce de théâtre, les manoeuvres mesquines de certains, les difficultés des ados avec leur parents et entre eux, le lent apprentissage de l'amitié et de l'amour avec les hésitations à dire ce que l'on ressent, tout y passe. Même que la correspondance par courriel vient sinon alourdir, du moins rendre plus encombré le chemin vers l'amour. C'est plus difficile d'aimer quand on ignore qui est l'heureux Cyrano de son coeur ou la ravissante Roxanne de ses rêves.

Mme Demers connaît les enfants, elle en a sans doute conseillé quelques-uns aux prises avec le passage de l'enfance à l'adolescence; Ta voix dans la nuit en témoigne éloquemment. Les ados se reconnaîtront dans ce roman moderne et sensible.

Comme la pièce de théâtre qui constitue le projet de la classe, c'est Cyrano de Bergerac, on devine que les élans de Roxanne et des autres personnages, seront émaillés des textes de Rostand.

À lire pour l'écriture, pour une approche sensible et réaliste du monde scolaire et pour l'intrigue bien menée.

 
 
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