Pierre Brodeur, président de l'entreprise Les Grains Haribec, était le conférencier invité d'Agri-rencontres vendredi dernier au Club de Golf de Saint-Hyacinthe. Il y a parlé de l'évolution de son entreprise, décrivant du coup l'histoire d'une réussite.
« Notre usine a été construite sur son site actuel en 1988. Nous avions alors sept silos de 120 tonnes chacun. Dès 1994, on a procédé à un premier agrandissement, à un autre en 1998 puis, en 2003-2004, deux nouveaux silos ont été installés et un entrepôt construit.
« Les haricots blancs ont été cultivés au Québec durant les années '20 à '40 surtout, pour nos recettes de fèves au lard. En 1970, il n'y avait presque plus de traces de cette culture au Québec. À part ces haricots-là, ce n'est pas dans notre culture de manger des haricots.
« En 1990, 1 500 acres étaient cultivés pour approvisionner notre entreprise en haricots secs. En 2003, nous étions rendus à 8 000 acres.
« Avec les ans, nous avons trouvé une variété bien adaptée au climat du Québec, le Cranberry ou fève romaine. La qualité et la grosseur de nos haricots sont des facteurs très importants pour les Européens.
« Dès 1989, nous avons conclu une entente de commerce avec Agro du Canada pour développer l'exportation, raconte Pierre Brodeur. Agro-Canada a fermé en 1992 et en janvier 1993, nous formions Agro-Haribec en partenariat avec Érik de Franciosi (d'Agro du Canada) et avec un investisseur étranger qui veut rester anonyme. Ce fut un moment clé pour notre croissance.
« L'Espagne, le Portugal et l'Italie figurent parmi nos principaux clients et depuis quelques années, nous développons le marché de l'Europe de l'Est. On avait fourni les armées pendant la guerre en Yougoslavie puis, grâce à un contact rencontré lors d'une exposition, nous avons commencé à livrer sur ce marché six mois plus tard. Nous étions un peu méfiants étant donné que ces pays sortaient du communisme mais notre patience et notre prudence ont finalement porté fruit. En 2004, nous avons effectué une percée en Amérique centrale.
« À nos bureaux de Brossard, on parle dix langues différentes. »
Du champ au sac, un contrôle qualité serré
Si son entreprise connaît un tel succès, Pierre Brodeur est convaincu que c'est grâce au souci constant d'offrir un produit de qualité afin de se démarquer des compétiteurs.
« Notre logo, une fleur de lys qui apparaît sur chaque sac est un signe de qualité en Europe. Au fil des ans, nous avons développé une grande expertise, du champ à l'assiette. Nous vendons les semences et mon fils Pierre-Marc, qui est mon associé, s'occupe entre autres du suivi aux champs des producteurs qui travaillent avec nous. Il n'y a plus de mauvaises herbes dans les champs et nous contrôlons les maladies.
« La machinerie utilisée est spécialisée, faite pour battre les haricots gentiment. Notre centre de nettoyage est doté d'équipements modernes et nos normes de contrôle de qualité sont plus élevées que les normes canadiennes. Tout est sur du caoutchouc dans l'usine afin que les grains restent intacts.
« Chaque petit détail peut faire toute la différence. Avant, les Américains et les Ontariens avaient le haut du pavé, maintenant que nous sommes dans une bonne position, il n'est pas question de baisser les bras.
« Je me suis déjà fait botter le c... par les Anglais. Avant de prendre ma retraite, pour les trois prochaines années, mon défi est de les foutre en dehors du Québec », s'enflamme l'homme d'affaires.
De la Chine qui fait trembler bien des investisseurs ces temps-ci, Pierre Brodeur affirme ne pas avoir de craintes. Il est allé sur place et il a réalisé que ce pays n'était pas menaçant en ce qui concerne la production de haricots secs.
« Je suis allé leur apprendre quelques trucs de mise en marché et j'ai vite constaté que leur production est de moins bonne qualité que la nôtre. Également, comme les champs sont situés très loin des principaux centres, les coûts de transport sont énormes. La construction connaissant un boom, les trains sont remplis de matériaux. »
Reconnaissant envers ses employés, à la fin de sa conférence, Pierre Brodeur a montré à l'écran une photo de chacun, prenant le temps de les nommer et de décrire leur fonction au sein de l'entreprise. Du rarement vu!
Le site web de l'entreprise (www.haribec.com) est en plein développement. Sous peu, on y trouvera même des recettes pour apprêter les haricots secs, des aliments riches en protéines, en fibres et en magnésium.
La production de haricots secs chez Les Grains Haribec représente 20 1 de la production en Amérique du Nord. En plus de produire et de vendre, l'entreprise effectue des activités de courtage de denrées agroalimentaires.