Sylva Clapin (1853-1928) : le linguiste maskoutain | Le Courrier
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Sylva Clapin (1853-1928) : le linguiste maskoutain
29 novembre 2012

Sylva Clapin (1853-1928) : le linguiste maskoutain

Sylva Clapin, d’après « Le Monde illustré », vol. 17, n° 868, p. 530 (22 décembre 1900).

Sylva Clapin voit le jour à Saint-Hyacinthe le 15 juillet 1853, fils du marchand Joseph Clapin et de Léocadie Lupien, et frère de l’abbé Georges Clapin. Il entre au Collège de Saint-Hyacinthe dès 1863, mais n’y restera que cinq ans à titre d’externe.

Mgr Charles-Philippe Choquette, dans son « Histoire de Saint-Hyacinthe » (1930), raconte qu’en 1873, Sylva Clapin, en jeune étudiant frondeur, quitte le pays avec deux autres amis pour s’enrôler dans la marine américaine, à l’insu de leurs familles respectives. Les deux autres reviendront bredouilles, mais Clapin continue seul le voyage, acquérant des connaissances et de l’inspiration pour ses futurs articles de journaux. À son retour au pays, il devient rédacteur au Courrier de Saint-Hyacinthe (1875-1879). Mais l’homme a la « bougeotte » et il décide de devenir libraire à Paris, puis à Montréal, Boston et Ottawa, de 1883 à 1902. Il sera aussi rédacteur pour Le Monde (Paris), L’Opinion publique de Worcester (Massachusetts, É.U.) et Le Monde illustré (Montréal). Toute sa carrière est d’ailleurs marquée par de multiples projets, toujours reliés à son amour de la langue française, de la littérature et de l’histoire de l’Amérique. Il sera même canonnier durant la guerre hispano-américaine (1898), méritant une médaille de bravoure, mais également une surdité partielle. En 1902, il complète sa carrière professionnelle en devenant traducteur pour la Chambre des Communes à Ottawa, jusqu’en 1921. Il demeure quand même journaliste jusqu’à sa mort en 1928. Entretemps, Il épouse sa petite-cousine Marie Archange Clapin, fille du forgeron Louis Clapin et d’Archange Camiré le 16 avril 1883, avec qui il aura quatre enfants : un fils et trois filles. En parallèle de ses fonctions de libraire et journaliste, il devient un linguiste chevronné, publiant des livres de références qui ont fait leur marque à cette époque : son fameux « Dictionnaire canadien-français » en 1894 (dont nous avons discuté dans une chronique précédente); une édition considérablement revue, corrigée et augmentée du « Dictionnaire français-anglais et anglais-français à l’usage des écoles » paru chez Beauchemin; « Dictionary of Americanism » en 1902; et « Ne pas dire, mais dire. Inventaire de nos fautes les plus usuelles contre le bon langage » en 1913. Il a également été l’auteur de l’ouvrage « Histoire des États-Unis », illustré de nombreuses gravures, paru en 1900 et réédité en 1913 et 1925, constituant la référence scolaire autant au Canada que dans les écoles francophones des États-Unis. Mais l’homme a visiblement un caractère bien particulier car en 1895, à l’époque où il possède son commerce à Boston, il publie une suite de récits de voyage en Amérique intitulée « Sensations de Nouvelle-France », où il imagine la description bucolique du voyage d’un écrivain français au Canada, passant par Québec, Trois-Rivières et Montréal. Le hic, c’est que quelques mois plus tôt, l’écrivain français Paul Bourget avait publié un récit de voyage similaire, intitulé « Outre-mer », où il découvrait les beautés de l’Amérique, mais en oubliant complètement le Canada, même s’il avait effectivement visité le Québec, bénéficiant même d’une couverture médiatique digne d’une tournée promotionnelle de vedette. Selon Gilles Dorion, professeur à la Faculté des lettres de l’Université Laval en 1977, Clapin semble avoir été froissé que les beautés de son pays d’origine n’aient pas été mises en valeur dans le livre de Bourget. C’est pour se « venger » de l’écrivain que Clapin a copié le style d’écriture du voyageur européen, allant même jusqu’à insérer des références aux publications antérieures de Bourget. Les journalistes et intellectuels s’aperçoivent du subterfuge et Clapin est dénoncé ouvertement pour avoir plagié l’auteur français. Finalement, la polémique n’aura pas de suite car Paul Bourget, mis au courant du « mauvais tour » de Clapin, ne souhaite pas le poursuivre en justice, alléguant que cela lui a quand même permis d’avoir une couverture médiatique au Canada, même s’il n’avait rien fait pour ça! En 1980, grâce à l’intervention de Gilles Dorion, le grand public découvre une partie de l’oeuvre littéraire de Clapin, en publiant aux Éditions Fides, des « Contes et nouvelles » de Sylva Clapin, récupérant ainsi des textes publiés dans les journaux du temps, dont « Le Monde illustré », ainsi que le roman « Alma Rose » en 1982, paru dans le journal La Presse en 1925.

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