Des abeilles et des fleurs pour nos enfants | Le Courrier
Chroniques
Le doyen des journaux français d'Amérique
Saint-Hyacinthe
AccueilimageChroniquesimageAutres chroniquesimage
Des abeilles et des fleurs pour nos enfants
22 mai 2014

Des abeilles et des fleurs pour nos enfants

Des études récentes* démontrent que les enfants sont de plus en plus déconnectés de la nature, ce qui entraîne des conséquences sérieuses sur leur bien-être physique et mental. Non seulement les espaces vraiment naturels se font de plus en plus rares en ville ou dans les banlieues, mais en plus, nous vivons dans une période où les parents ont tendance à surprotéger leurs enfants contre des dangers réels ou imaginaires.

Oui bien sûr, il y a aussi des risques dans la Nature. Il est bien vrai qu’une piqûre d’abeille ou de guêpe peut être mortelle si on y est allergique, mais le risque n’est pas plus grand s’il s’agit de tout autre allergène. Ce sont les mêmes précautions qu’il faut prendre. Or, le risque bien plus sournois auquel sont exposés nos enfants, c’est la perte de contact avec les milieux naturels. En effet, nous vivons dans des milieux aseptisés qui ne favorisent pas le développement du système immunitaire. En Montérégie, les grandes cultures de maïs et de soja ont remplacé les prairies sauvages et les petits boisés qui jadis n’étaient pas si loin des habitations. De plus, certaines façons de gérer les espaces verts exigent que les gazons soient parfaitement tondus et les fleurs disposées très proprement. On ne s’étonnera donc pas que les enfants apprennent sur le monde vivant surtout à la télévision ou sur Internet. Il peut en être difficilement autrement, car la destruction des habitats naturels accompagne l’étalement urbain. Outre l’impact sur les enfants, la perte de nos milieux naturels entraîne d’autres conséquences néfastes dont on ne mesure pas encore toute la portée. Par exemple, on assiste présentement à l’effondrement des colonies d’abeilles et plusieurs causes sont en jeu. L’utilisation des pesticides et la perte des prairies sauvages autrefois parsemées de fleurs mellifères en sont deux facteurs importants. De plus, on constate que des espèces exotiques envahissantes telles que le phragmite ont remplacé les bandes florales le long de nos autoroutes. Face à ces constats plutôt alarmants, chacun de nous peut sans trop d’efforts, faire sa part pour recréer une biodiversité en harmonie avec les plantes sauvages, les oiseaux et les insectes qui ne demandent qu’à vivre plus près de nous. Il s’agit de recréer des espaces sauvages sur nos terrains résidentiels. Ça peut être par exemple, une plate-bande de fleurs indigènes ou un espace de gazon transformé en prairie sauvage. Pour ceux qui aimeraient recréer chez eux ce genre d'espace, des mélanges de plantes, préparés par des compagnies spécialisées, répondent à la fois aux besoins esthétiques et écologiques. C’est une nouvelle manière de jardiner, bien moins exigeante et en parfaite harmonie avec la nature. Bien sûr, le rétablissement des colonies d’abeilles va exiger des mesures beaucoup plus draconiennes puisque la production du miel exige des milliers de fleurs. Cependant, améliorer la biodiversité en milieu urbain par des gestes modestes, surtout si ces gestes sont décuplés par des centaines de personnes, pourrait contribuer à maintenir les populations d’espèces de fleurs indigènes et de la faune qui y est associée. Sans compter que les élus municipaux seront davantage intéressés à promouvoir de véritables corridors verts entre les quartiers, si les citoyens sont vraiment motivés à installer chez eux de petits espaces sauvages. La faune et la flore auront ainsi de meilleures chances d’être préservées car les insectes et les oiseaux pourront circuler. Et rien n’empêche que les abords de ces corridors soient méticuleusement entretenus, pour ceux qui préfèrent les pelouses impeccables. Pour que nos enfants puissent apprivoiser tout près de chez eux la riche diversité des plantes indigènes et la complexité des liens qui unissent les êtres entre eux, des insectes à l’homme, il est important que la nature soit mise à leur portée. Chaque petit geste compte. *Référence : Perdus sans la nature par François Cardinal, éditions Québec Amérique préface du Dr Jean-François Chicoine, 2010.

image