Passages | Le Courrier
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Passages
12 juin 2014

Passages

Soeur Gabrielle Jobin, des Adoratrices du Précieux-Sang et soeur Marie-Ange Monty, des Soeurs de Saint-Joseph.
À l’aube d’un autre déménagement (j’aurais de la difficulté à les compter), je fais des boîtes en pensant à mes chères soeurs de Saint-Joseph qui, elles aussi, sont dans les boîtes par-dessus la tête. Un déménagement, c’est souvent le moment de certains bilans.

J’ai choisi le lieu où j’irai vivre pendant les prochaines années, mais elles, non! J’emporte avec moi le contenu de mon 3 et demi et c’est parfait. J’aime bien voyager léger. Dans leur cas, elles quittent vers l’inconnu et doivent faire le deuil d’une gigantesque et superbe maison-mère et de sa magnifique chapelle, du tombeau de leur fondatrice et autres objets du musée. Je préfère mon sort au leur.

Un abandon

« J’ai visité Les Jardins d’Aurélie, m’indique soeur Marie-Ange Monty, mais je ne sais pas encore où est-ce que je vais atterrir. Je m’abandonne, dit celle qui lutte contre un cancer depuis plusieurs mois et qui apprenait, peu de temps avant notre entrevue, que la science était impuissante à endiguer le mal qui la ronge.

« J’irai dans la lumière, poursuit-elle. J’ai donné ma vie au Seigneur et je sais qu’il est avec moi, peu importe où la vie m’amène. Je suis prête à déménager, ou plutôt, mon coeur est prêt, mais mes boîtes, pas encore », dit-elle. La maladie a appris à soeur Marie-Ange à relativiser et elle essaie de tirer du positif de ce qu’elle voit comme étant une expérience. « J’ai toujours eu une attitude positive dans la vie, au quotidien, alors je ne veux pas que ça change », affirme-t-elle avec son beau sourire que je l’encourage à garder comme une arme contre la déroute.

Deux communautés en marche

Le vaste projet de déménagement des Soeurs de Saint-Joseph qui se prépare depuis plusieurs mois, a été mené en partie avec une autre communauté religieuse maskoutaine, les Adoratrices du Précieux-Sang. Quatorze d’entre elles déménagent ces jours-ci aux Jardins d’Aurélie où elles pourront poursuivre leur vie de religieuses cloîtrées, mais dans un tout autre environnement que celui de leur monastère et de sa chapelle, chef-d’oeuvre de l’art religieux décoré par Joseph-Thomas Rousseau et une religieuse de la communauté, soeur Virginie Dion, vers 1887.

« Nous aurions bien aimé qu’il y ait des vocations, ce qui nous aurait permis de demeurer ici. Nous quitterons ce lieu le coeur un peu serré, avoue soeur Gabrielle Jobin, mais ça va aller. Un deuil, ça conduit à une résurrection », philosophe-t-elle. Comme sa consoeur des Soeurs de Saint-Joseph, soeur Gabrielle évoque le lien très fort qui unissait les deux fondatrices de ces communautés bien enracinées en sol maskoutain. « Je crois même qu’elles se sont parlé, au ciel, afin que tout le processus du déménagement se déroule dans le dialogue, la consultation et la réflexion, au rythme de chacune des personnes impliquées », raconte soeur Gabrielle, une très belle femme, à l’intelligence fine et à la voix douce et apaisante. Pour elle et pour soeur Marie-Ange, une nouvelle étape de leur vie s’amorce. Je souhaite qu’elle la traverse toute en douceur. ***

Cette chronique est la dernière des treize prévues à cette série intitulée d’Amour et d’espoir.

Merci au Courrier de Saint-Hyacinthe d’avoir accepté de les publier et merci à Patrick Roger d’avoir accepté de les enrichir avec ses superbes photos. Ce projet formidable, une expérience humaine inoubliable, m’a permis de rencontrer des femmes passionnées, pertinentes, ouvertes, généreuses, inspirantes et porteuses d’une histoire qui, je l’espère, restera gravée dans notre mémoire collective. Je remercie particulièrement et affectueusement soeur Pauline Vertefeuille, soeur Suzanne Gloutnez et soeur Monique Pion qui ont été de précieuses collaboratrices. Elles ont su dénicher les perles rares qui allaient accepter de se prêter au jeu de l’entrevue. Des entrevues qui ont parfois fait place à des confidences touchantes qui me marqueront à jamais. Merci à toutes celles qui ont accepté de me rencontrer. Souvent avec crainte, parfois même avec anxiété, mais toujours avec coeur! Vous êtes dans le mien à jamais. Enfin, merci à soeur Gabrielle Jobin, des Adoratrices du Précieux-Sang, pour son témoignage dans le cadre de la dernière chronique de la série.

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