Commissions scolaires, coupures et autres confusions | Le Courrier de Saint-Hyacinthe
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23 novembre 2014

Commissions scolaires, coupures et autres confusions

Au nom de l’austérité, on coupe allègrement dans toutes sortes de structures comme les bureaux régionaux de ministères, les agences de santé, les centres locaux de développement et les conférences régionales des élus.

La conférence régionale des élus, (CRE) je ne sais trop quoi en penser. Les centres locaux de développement (CLD), je vais laisser ça à notre éditorialiste Martin Bourassa qui pourrait vous en parler longuement tellement il a étudié et retourné ce dossier dans tous les sens. Mais sur le reste, quelques réflexions…

Sur les fameuses agences de santé… j’ai trouvé un ou deux trucs intéressants. Petit retour en arrière. En 2003, le gouvernement Charest dont faisait parti le bon docteur Couillard, alors ministre de la santé, annonce en grande pompe une audacieuse réforme en santé. Le but était d’abolir les structures d’alors, les régies régionales trop lourdes et coûteuses disait-on, et créer ainsi les CSSS, c’est-à-dire les fameuses agences de santé et services sociaux qui devaient générer de formidables économies, diminuer le nombre de cadres et libérer les listes d’attentes, rien de moins. Dix ans plus tard, constatant l’augmentation des cadres, des coûts et des listes, le même Couillard abolit les CSSS pour les remplacer par une autre structure (les CISSS) en se servant des mêmes arguments de vente. Faut le faire.

Et faut le croire. Comment disent les anglais déjà? «Fool me once, shame on you. Fool me twice, shame on me.» Traduction : bourre-moi une fois, c’est ta faute. Bourre-moi une autre fois, c’est ma faute.

C’est un peu la même chose qui se produit avec les commissions scolaires. Vous me direz, et je serais d’accord avec vous, que dans toute structure, il y a risque de sclérose bureaucratique, que des économies d’échelle sont possibles, qu’on peut faire mieux avec moins, évidemment. Mais on ne parle même plus de ça. Au bout de cette destruction à grande échelle des structures, d’économie réelle, il n’y aura pas. Le ministre Bolduc était d’ailleurs incapable encore hier de chiffrer ses prétentions. Ce n’est d’ailleurs pas un argument de vente pour le démantèlement des structures qu’on a mis des dizaines d’années à construire. L’épreuve des faits dit plutôt le contraire, comme l’explique ce reportage de Radio-Canada qui rappelle que la portion «administration» des commissions scolaires par exemple, ne représente plus que 5% de leur budget. Y a des organismes de bienfaisance qui ont des frais d’administration pas mal plus élevés que ça.

D’ailleurs, le dernier exercice du genre, fait par le Parti québécois en 1998, devait générer des économies de 100 millions… ça a plutôt coûté 40 millions de plus pour tout réorganiser. Car en effet, les services livrés par les Commissions scolaires devront être assumés par quelqu’un d’autre… les municipalités? Le privé?

Fort à parier que derrière les nobles intentions du gouvernement se cachent plutôt de juteuses occasions d’affaires pour ceux qui contribueront généreusement à la caisse du parti. La Commission Charbonneau même pas terminée qu’on veut déjà donner plus de pouvoirs aux petits roitelets municipaux et leurs amis du privé?

C’est pas nos structures qui sont défaillantes, c’est notre mémoire.

Donnerons-nous raison à Normand Baillargeon?

À son passage à tout le monde en parle dimanche dernier, le philosophe et anarcho-syndicaliste Normand Baillargeon parlait de son livre, les Années molles, sorti en librairie. Il y explique que nous traversons des temps très durs, de plus en plus difficiles, sous le thème de l’austérité, qu’on coupe sans cesse dans les services en plus d’augmenter les tarifs pendant que nos salaires, au mieux, stagnent.

Pendant ce temps, aucun effort réel n’est fait pour empêcher que la richesse qui pourrait être redistribuée ne s’envole vers les paradis fiscaux. Comme le démontre le documentaire Le prix à payer de Harold Crooks, plus de la moitié du stock mondial d’argent est maintenant hors de portée des finances publiques.

Le comédien Louis Morissette avait d’ailleurs lancé à Baillargeon sur un ton défiant que c’était bien beau parler de redistribution de richesse, mais où la prendrait-il cette richesse qu’il fallait bien créer? Ben cimonac Louis… on vas-tu arrêter de nous faire avaler cette indigeste couleuvre qui répète ad nauséam qu’il faut d’abord créer la richesse! Elle est là! Dans des comptes en Suisse, au Luxembourg ou aux Barbades. Follow the money!

Et c’est pourtant dans nos poches que l’on continue de piger… sans que la révolte ne soit trop grande, constate amèrement Normand Baillargeon. On crie au radicalisme et à l’anarchie dès qu’on entend une fenêtre brisée dans une manifestation. Après tout, nous faisons des Révolutions tranquilles…alors le moindre bruit nous fait sursauter.

Francine Pelletier écrivait dans Le Devoir : « On se demande, en fait, comment on peut assister aussi docilement à notre propre appauvrissement, pas seulement économique, mais aussi politique, social et culturel. À tous les niveaux, on se fait manger la laine sur le dos. Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves ? demandait le poète Claude Péloquin. Quarante ans plus tard, la phrase paraît plus prophétique que jamais.»

Ben à propos de Péloquin et de sa sulfureuse phrase… elle commence, elle aussi, lentement, mais sûrement à s’effacer de la mémoire collective. La murale de Jordi Bonnet où est inscrite la phrase de Péloquin s’effrite. Construite en béton (ah ben ‘garde donc ça… ) sur le revêtement extérieur du Grand Théâtre de Québec, elle devra subir une rénovation majeure et pourrait bien disparaître complètement sous le pic des démolisseurs.

Un autre grand de notre poésie nationale, Gaston Miron, disait justement : « Nous ne serons plus jamais des hommes si nos yeux se vident de leur mémoire. »

Et si c’est drette ça qui est en train d’arriver, ben comptez sur moi pour donner tort à Baillargeon!