La guerre TransCanadienne | Le Courrier de Saint-Hyacinthe
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18 novembre 2014

La guerre TransCanadienne

C’est toute une fuite pour la pétrolière albertaine TransCanada et cette fois ce n’est pas son vieux pipeline rouillé qui est fautif mais sa stratégie de communication qui coule dans les médias. Grosse tache d’huile que la compagnie aura beaucoup de difficulté à éponger.

C’est Greenpeace qui a mis la main sur ce document très instructif qui montre noir sur blanc jusqu’où la compagnie compte aller pour faire avaler son projet à la population. Cela passe par les stratégies de coulisse déjà connues (TransCanada a pas moins de 26 lobbyistes enregistrés pour vanter son projet auprès des politiques) mais va plus loin en suggérant aussi de carrément manipuler l’information en achetant des sympathisants par exemple. En somme, monter de toutes pièces une mobilisation plutôt que de participer à un réel débat public.

Et le langage utilisé ne fait pas dans la dentelle. Le lexique est guerrier. On y parle «d’ennemis», «d’attaques ciblées», «d’armer les sympathisants» ou de «combat».

D’abord, cibler, surveiller et étudier les «opposants» comme le Conseil Canadien, Equiterre ou la Fondation Suzuki. « Il faut ajouter une couche de difficulté à nos opposants […] s’ils restent sans surveillance, ils vont utiliser la moindre miette d’information à leur disposition pour nous attaquer », peut-on lire dans le document.

Donc, recruter une petite armée de sympathisants. Selon Radio-Canada, la pétrolière se donne une cible de «35 000 partisans qui se feraient entendre en commentant des articles sur Internet, en écrivant des blogues ou des messages sur Twitter ou Facebook, en envoyant des lettres aux journaux, en appelant ou en écrivant à leurs élus, voire en intervenant aux audiences du BAPE.»

« Nous allons travailler avec des tierces parties et les armer avec l’information dont elles ont besoin pour mettre de la pression sur nos opposants et les distraire de leur mission […] Nous pouvons [les] enrôler afin d’écrire dans les pages d’opinion des journaux ou des blogues. » – extrait de la stratégie de communication de TransCanada.

Mais le plus drôle est sans doute ce passage très révélateur du document : « [Nous allons] recruter la plus haute quantité possible de partisans, de la plus haute qualité, au coût le plus bas possible » Deux lignes plus bas, ils donnent une fourchette de prix allant de 4,50$ à 7,75$… sans préciser si on parle d’un commentaire sur un blogue, un tweet ou un simple référencement sur Facebook.

Je soupçonnais déjà certains commentateurs de ne pas valoir cher la livre mais là… on parle de cheap de chez Cheap.

Et bien sûr, payer des scientifiques en subventionnant des chaires de recherche, tiens par exemple, pourquoi ne pas approcher l’Université de Rimouski et financer une recherche sur les bélugas? Comme par hasard.

Est-ce aussi par un de ces remarquables hasards que le gouvernement Harper a  dramatiquement coupé le financement scientifique ces dernières années…et hop, voilà que les pétrolières financent la science. Ben tiens.

Comme disait ma tante Rosia, «Y a pas de hasard. Y a juste des synchronies»

Evidemment des noms de personnes publiques ou politiques influentes sont ciblées. Serez-vous surpris d’y retrouver les noms de Lucien Bouchard, Brian Mulroney ou Denis Coderre, jusqu’au président actuel de l’UPA? Sans doute pas. Mais lorsque ces personnes vous parleront du projet Énergie Est, un doute vous titillera peut être l’oreille interne. Sont-ils sur le payroll de TransCanada… et à combien la livre?

Bref, monter de toutes pièces un faux mouvement citoyen, payer des collabos, manipuler l’information voire corrompre des politiciens ou des institutions… pourquoi pas se dit TransCanada. Les québécois sont si naïfs.

Si on était en Amérique du Sud ou en Afrique, le document parlerait sans doute d’armer des milices ou de faire «disparaître» des opposants… anything goes, money flows.

Alors, à l’attention de mes amis de TransCanada, peu importe votre prix, vous me trouverez devant vous comme opposant. Je ne serais pas achetable. Vous savez vous pourquoi? Parce que moi, je le fais gratis et avec plaisir.

À bon entendeur, salut.

Un opposant.