22 novembre 2018
Cachez ce cola que je ne saurais montrer!
Par: Le Courrier

Certaines publicités montrent qu’il est mal ou malsain de boire du cola. On devrait avoir honte et se cacher pour prendre des gorgées de ce liquide pétillant. Et ceux qui en boivent seraient des délinquants, qu’il vaudrait mieux ne pas côtoyer.

La forme physique est une valeur issue du début des années quatre-vingt. Avec le temps, elle s’est transformée en un idéal à atteindre, non seulement au plan individuel, mais aussi au niveau collectif. C’est aujourd’hui une question de santé publique, mais il faudrait être naïf de ne pas y voir aussi un enjeu économique et même moral.

La population est vieillissante et le taux d’obésité autant chez les adultes que chez les enfants est grandissant. Les coûts des soins de santé seront astronomiques dans les années à venir. Ainsi, le gouvernement a tout intérêt à « responsabiliser » les enfants et les citoyens à manger plus sainement ainsi qu’à faire de l’exercice.

Cela est bien, mais ce qui me préoccupe, c’est qu’on passe de la responsabilisation à la culpabilisation. Car manger santé, s’entraîner physiquement ou compter ses calories, ce sont des choix individuels et non des devoirs moraux. Pas encore en tout cas, car jusqu’à preuve du contraire, chacun est libre de manger et de faire à peu près ce qu’il veut ou qu’il ne veut pas. Mais si la solidarité humaine caractérisait les Québécois d’antan, le néo-libéralisme nous a divisés en consommateurs égoïstes et agressifs. Le tissu social s’effritant de plus en plus et rapidement, la pensée de l’utilisateur-payeur fait son chemin. On jugera bientôt que ce n’est pas aux gens en santé de payer les coûts des soins destinés aux gens malades, ceux qui ne se seront pas « pris en main ».

Pour l’instant, on ne peut que constater le mépris illustré dans les publicités envers les jeunes des milieux défavorisés, car ce sont eux qui boivent du coke et mangent des frites, il faut se le dire!

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