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Chauffer avec de la tourbe! (3)
22 janvier 2015

Chauffer avec de la tourbe! (3)

T.D. Bouchard en compagnie de l’ingénieur russe Nicholas Sauer, en 1933. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. CH354.

On ne saurait dire si le commerce de briquettes de tourbe de 1893 a fait long feu. Près de vingt ans plus tard, à la fin janvier 1902, une nouvelle publiée dans le journal L’Union, indique que « les appareils de M. Lamarre de Cacouna qui vient exploiter les tourbières de Saint-Dominique sont actuellement chez M. F.X. Bertrand & Cie, où on est à les remettre à neuf. » Le rédacteur poursuit en mentionnant que Lamarre débutera bientôt ses opérations sur la terre de M. Guilbert.

Dans la brochure de J. Obalski intitulée « Opérations minières dans la province de Québec pour l’année 1902 », l’auteur rappelle que la tourbière de Cacouna était exploitée par la « Compagnie de la Tourbe Combustible du Québec Ltd. » Si l’on vient exploiter la tourbière de Saint-Dominique en 1902, c’est qu’à l’automne de 1901 les installations de Cacouna sont détruites par un incendie.

T.D. Bouchard s’en mêle!

Au cours de la première décennie du XXe siècle, T.D. Bouchard est le chef de file d’un groupe favorable à l’implantation d’une centrale électrique capable de desservir les besoins de la ville. Ainsi, de 1911 à 1916, les abonnés maskoutains seront alimentés localement. Par la suite, ce sont des compagnies privées qui exploiteront ce marché lucratif.

En 1928, Bouchard, alors maire de la ville, « prend la tête du combat contre les trusts de l’électricité et relance le projet d’une centrale municipale »,indique Gilles Guertin dans « Saint-Hyacinthe 1748-1998 ». En 1930, Mgr Choquette rappelle les faits dans son « Histoire de la Ville de Saint-Hyacinthe » à la page 440 : « La société Canada Southern fournit aujourd’hui l’énergie électrique, mais son contrat est résiliable à l’expiration de chaque année. Si la tourbière de Saint-François – sollicitée à l’heure présente par des processus nouveaux, — tient ses promesses de succès, il est permis de présumer que l’auteur des moteurs à gaz (Bouchard) reviendra à ses anciennes amours. »

D’ailleurs, Bouchard indique dans le tome 3 de ses « Mémoires » que Nicholas Sauer, un ingénieur russe qui l’a aidé à mettre sur pied la municipalisation de l’électricité à la fin des années 1920, était « surintendant de notre usine fabriquant de la tourbe en briquette pour servir de combustible ».

Celina, la fille de Bouchard, raconte toute l’histoire dans un document retracé dans son fonds d’archives conservé au Centre d’histoire : « Mon père toujours avec des idées pas comme les autres, possédait une tourbière à Saint-François, située à une huitaine de milles de Saint-Hyacinthe, et cherchait un spécialiste en la matière qui pourrait l’aider à l’exploiter. Il mit des annonces dans les journaux européens avec l’offre d’emploi. […] Monsieur Sauer accepta l’emploi de surintendant de son usine, fabriquant des briquettes de tourbe. […] Il (Bouchard) espérait construire une usine électrique et croyait pouvoir activer les génératrices en chauffant les chaudières avec des briquettes de tourbe, mais la chose ne réussit pas. »

La compagnie qui exploitait la tourbe à Saint-Hyacinthe se nommait la Hydropeat Compagny of Canada Ltd. À la fin des années 1920 et au début des années 1930, le journal Le Clairon, appartenant à Bouchard, publie des annonces et un certain nombre d’articles vantant les mérites du chauffage domestique avec des briquettes de tourbe. La Hydropeat vendait aux particuliers par l’entremise de l’agence Bouchard et Mercure qui était courtiers en assurances. Camille Mercure, l’associé de Bouchard dans ce cabinet, possédait également des terres près de la crête de Saint-Dominique où il exploitait des fours à chaux.

« De 1929 à 1935, se joua le dernier chapitre de la tourbe combustible au Québec », rappelle le site Internet Laurentia – Milieux humides du Québec. La Hydropeat « mit en production la tourbière de Saint-Hyacinthe à l’aide d’un procédé d’extraction hydraulique alors en usage au Danemark et en Finlande. La tourbe ainsi produite était utilisée à des fins domestiques dans la région de Saint-Hyacinthe et servait également à chauffer les fours à chaux de Saint-Dominique. Malgré de nombreuses réorganisations, cette entreprise termina définitivement ses opérations à la fin de 1935. »

Terminons cette série d’articles en rappelant que le surnom de Bouchard n’était pas uniquement relié à son combat anticlérical. L’exemple de la tourbe est évocateur. Bouchard possède des intérêts dans une compagnie exploitant une tourbière. Il vend la production de la tourbière par l’entremise d’une de ses compagnies. Il se sert de son journal pour en faire la publicité. Finalement, comme maire de la ville, il favorise la relance d’une centrale électrique qui achète la tourbe qu’il produit, vend et publicise pour faire fonctionner ses moteurs. Vite, appelez la Commission Charbonneau!

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