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Cambodge : entre les deux mon coeur balance
15 janvier 2015

Carte postale d’Alexandra Côté
Cambodge : entre les deux mon coeur balance

La Maskoutaine Alexandra Côté a passé 10 jours au Cambodge lors d’un périple de deux mois en Asie.Photo courtoisie
Lorsque LE COURRIER a demandé à Alexandra Côté, en fin d'entrevue, si elle retournerait au Cambodge, sa ­réponse a été mitigée : « oui, mais pas tout de suite. Peut-être plus dans une vingtaine d'années ». Plus ou moins ­remis d'une guerre civile meurtrière, ce pays d'Asie coincé entre la Thaïlande et le Vietnam bouleverse ses visiteurs par son histoire cruelle tout autant qu'il les charme grâce à sa jungle luxuriante et ses temples grandioses.

Lorsque la Maskoutaine est débarquée en Asie, en juillet 2011, c'était pour y ­bourlinguer, seule, durant deux mois et demi. Au menu, séjour en Thaïlande, au ­Vietnam, au Laos ainsi qu'au Cambodge, pays sur lequel elle a choisi de se concentrer.

« J'avais beaucoup lu sur le régime Pol Pot [dirigeant politique et militaire des Khmers rouges] et je voulais mettre son histoire en perspective », affirme cette ancienne étudiante du Cégep de Saint-Hyacinthe.

La pauvreté qui afflige le pays, décimé d'environ 1,7 million d'habitants par l'atrocité du régime khmer rouge dans les années 70, est ce qui a d'abord frappé Alexandra.

De jeunes enfants cambodgiens ­couraient vers elle pour quémander, mais elle ne voulait pas leur donner d’argent, car les parents cesseraient de les envoyer à l'école, la « rue » étant plus lucrative.

D'autres habitants tentaient de survivre alors qu'ils avaient été mutilés par un sol encore truffé de mines antipersonnel 35 ans plus tard.

« Le Cambodge, c'est la tristesse, la ­pauvreté et l'état d'alerte. Mais, c'est aussi un peuple généreux et souriant qui essaie de s'en sortir malgré tout. En dépit du ­régime militaire, la joie de vivre est ­encore présente chez les habitants », note Alexandra.

Arrivée dans la capitale du pays, Phnom Penh, la jeune femme de 25 ans a entamé sa lugubre exploration du régime Pol Pot à Tuol Sleng, le musée du génocide ­cambodgien.

« Même si ça fait plusieurs années, ça reste très difficile émotionnellement comme visite », témoigne la ­Maskoutaine.

L'horreur semble figée dans le temps entre les murs de cette ancienne école transformée en prison en 1975. Les ­suppliciés y étaient torturés afin qu'ils avouent des crimes qu'ils n'avaient bien souvent pas commis. Si les opposants de l'armée Khmer rouge survivaient à leurs bourreaux, ils étaient déportés du côté de Choeung Ek, aux Killing Fields.« Il y a encore des crânes, des images de la façon dont ils tuaient les enfants, des instruments de torture. Tout est intact. Seulement trois personnes ont survécu », raconte Alexandra avec émotion.

« Il y a encore des crânes, des images de la façon dont ils tuaient les enfants, des instruments de torture. Tout est intact. Seulement trois personnes ont survécu », raconte Alexandra avec émotion.

Temples majestueux

L'été au Québec correspond à la saison des pluies en Asie et c'est donc sur fond de paysage détrempé que ce sont ­déroulés les 10 jours de la voyageuse au Cambodge, à l'exception d'une journée.

C'est sous la chaleur des rayons du ­soleil qu'Alexandra a admiré l'attraction incontournable du pays : les temples d'Angkor Wat, situés dans le nord du pays, à Siem Reap.

Enfoui sous la luxuriante végétation et oublié des hommes durant des siècles, cet immense parc archéologique ­témoigne des vestiges de la civilisation khmère.

« Ce sont les plus vieilles structures ­datant de l'époque bouddhiste en Asie. C'est vraiment beau! Je crois que le ­mélange de l'ancienneté du site, de toute la végétation qui le recouvre et du fait que c'était la première journée ensoleillée du voyage a contribué à rendre ma visite ­magnifique. »

Elle recommande de s'y attarder au moins une journée et de ne pas hésiter à visiter les nombreux autres temples qui parsèment le pays.

Autour des lieux de culte, les moines vêtus d'une robe orangée et déambulant pieds nus n'ont pas manqué de ­surprendre la Maskoutaine.

Bol de tarentules

« Lors de mon départ en Asie, j'avais très peur de croiser plein d'insectes et ­finalement, je n'en ai presque pas vu », lâche avec soulagement celle qui a ­complété un baccalauréat en gestion ­internationale.

Ça, c'était jusqu'à ce qu'elle constate qu'une dame avait jeté son dévolu sur les protéines d'arachnides pour le dîner. « Nous venions d'arriver aux temples, et la femme s'est mise à faire cuire un énorme bol de tarentules à côté de moi. L'odeur était horrible! », se souvient-elle avec ­dédain.

Heureusement, le reste de l'alimentation cambodgienne a réjoui les papilles de la globe-trotter. Que ce soit les soupes-repas, le poulet (y compris la tête!) ou ­encore les poissons frits entiers, tout était délicieux. « L'Asie est un mixte de ­plusieurs cultures donc la nourriture est assez diversifiée. »

Alexandra a également pu admirer la diversité des hôpitaux asiatiques. Après avoir trimballé son sac à dos du côté de Sihanoukville, la seule destination ­balnéaire du Cambodge, la jeune femme a vécu une mésaventure lui valant une ­vilaine coupure au front.

« Dans le premier hôpital, tout s'est bien passé. Après avoir refusé, le personnel m'a finalement fait des points de suture. Personne ne parlait anglais, je devais donc leur faire confiance, mais c'était ­rapide, peu dispendieux et très propre. Dans la même semaine, je suis retournée dans un autre hôpital, très sale celui-là, où l'infirmière m'a demandé si j'avais amené mon pansement... »

Il y a aussi la fois, pas mal moins ­cocasse, où la prostitution juvénile était clairement affichée sous les yeux de la Maskoutaine. Devant elle, un homme d'âge mûr entouré de six jeunes cambodgiennes qui n'étaient certainement pas ses petites-filles. « Disons que c'était très visible qu'il s'agissait de prostitution. »

Et c'est un peu cette incessante ­confrontation entre laideur et splendeur qui retient Alexandra de retourner au Cambodge de si tôt.

« J’ai réalisé que lorsqu’on choisit une destination, on la choisit pour sa beauté et parce que les moments qu’on y passe risquent d’être heureux. Ce n’était pas le cas pour le Cambodge, c’était plutôt le côté obscur du pays qui m’intriguait, ­l’aspect nostalgique. Un peu comme avec Auschwitz, une fois que tu l’as vu, je ne crois pas que tu aies le goût d’y ­retourner. »

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