21 février 2019
Les infirmières à bout de souffle
Dur, le travail à l’Hôtel-Dieu
Par: Benoît Lapierre

Le président du syndicat FIQ SPSME, Jean-Michel Varin, a convoqué la presse pour dénoncer les conditions de travail de ses membres à l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Par le truchement de leur syndicat, les infirmières de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe dénoncent des conditions de travail pouvant les mener à l’épuisement et à la dépression dans le grand centre d’hébergement de la rue Dessaulles.

Le recours au système du temps supplémentaire obligatoire (TSO) en raison d’un manque criant de personnel fait des ravages dans les effectifs, avertit Jean-Michel Varin, président du Syndicat des professionnelles en soins de la Montérégie Est affilié à la Fédération interprofessionnelle de la Santé du Québec (FIQ SPSME) et représentant des infirmières inhalothérapeutes, des infirmières et des infirmières auxiliaires.

« Présentement, il y a beaucoup de gens qui travaillent à temps partiel et ça crée de l’instabilité dans les équipes. Une des conséquences, c’est un taux élevé d’invalidité, un taux qui a atteint 52 % en novembre et décembre 2018. Les gens quittent à cause de problèmes à caractère psychologique ou musculo-squelettique. Là, on va se le dire, ça ne va pas en s’améliorant », soutient M. Varin.

Il pointe un problème généralisé d’attractivité des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), de sorte qu’il devient très difficile d’y retenir le personnel. Le cas de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe au niveau de la pénurie de main-d’œuvre a d’ailleurs été soulevé récemment par le Journal de Montréal, qui y allait d’un palmarès des pires ratios dans la garde de nuit. Selon ce quotidien, il est arrivé à l’Hôtel-Dieu qu’une seule infirmière auxiliaire se retrouve momentanément seule pour veiller sur 416 bénéficiaires, ce qui correspond au CHSLD presque au grand complet.

« C’est une situation exceptionnelle, mais ça peut arriver avec le système de gestion actuel », reconnaît M. Varin. Il souligne qu’en temps normal, une infirmière et une infirmière auxiliaire devraient être en poste la nuit dans chacune des sept unités – sur huit au total – qui sont réservées à l’hébergement, comme l’unité Le Palais, où sont regroupés 84 patients. « Par exemple, il se peut qu’une auxiliaire se retrouve toute seule dans cette unité la nuit, avec l’auxiliaire de l’unité La Gare [72 patients] en soutien.5»

Selon Jean-Michel Varin, quelques changements très simples pourraient améliorer grandement la situation dans les CHSLD, comme une modification des heures d’arrivée du matin pour faciliter le quotidien des infirmières, un rehaussement des postes à temps partiel en poste à temps plein et la fin du TSO. Ces questions, dit-il, ont été abordées il y a quelques semaines au comité de suivi avec l’employeur, mais sans qu’il en ressorte des résultats concrets. « Offrons des conditions intéressantes aux infirmières et les cohortes dans les cégeps et les universités vont se remplir », soutient le président du syndicat FIQ SPSME.

Il interpelle aussi le nouveau gouvernement, heureux de constater que la plupart des CHSLD de la Montérégie Est se trouvent dans des circonscriptions détenues par la Coalition Avenir Québec (CAQ). « J’ai rencontré Chantal Soucy [la députée de Saint-Hyacinthe] l’année dernière, dans ma tournée des députés. Ce n’est pas comme si elle ne le savait pas [qu’il y a des problèmes dans les CHSLD]. Je l’ai relancée il y a deux ou trois mois, mais ça n’a pas été possible de la rencontrer. J’ai laissé le message à son attaché politique », raconte M. Varin, qui espère recevoir bientôt de bonnes nouvelles du gouvernement caquiste.

image