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Entrevue avec Pauline Gill
Docteure Irma, le roman d’une battante

Fabienne Cortes


 

Photo Martine Doyon
Pauline Gill

 
 

 
Pauline Gill nous revient avec un nouveau personnage féminin historique dont on ignorait l’importance : Irma LeVasseur, première femme médecin au Québec, fondatrice de l’Hôpital Sainte-Justine et de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. Encore une fois, on découvre le destin exceptionnel d’une « battante », comme la qualifie l’auteure, qui a dû lutter contre sa condition de femme, il y a un siècle à peine.

C’est en faisant des recherches pour sa célèbre saga, La Cordonnière, que Pauline Gill a découvert l’existence d’Irma LeVasseur : « Je ne savais pas qu’il existait des femmes médecins à cette époque au Québec. En allant plus loin dans mes recherches, j’ai découvert que c’était réellement une battante qui a fait de grandes choses pour la médecine et les enfants en particulier et qu’elle méritait que quelqu’un lui redonne la place qui lui était due dans notre histoire ». Depuis l’enfance, après avoir perdu trois de ses frères en bas âge, Irma LeVasseur avait un rêve : soigner les enfants malades. Plus tard, son rêve s’est précisé, elle voulait être la médecin qui offrirait des soins gratuits aux enfants de moins de cinq ans. Il faut savoir qu’au début du 20e siècle, on ne soignait pas les enfants malades de moins de cinq ans. En cas de maladie, les médecins ne se déplaçaient pas à la maison et, dans les hôpitaux, on n’acceptait pas les enfants de moins de deux ans. C’était donc déjà toute une gageure de vouloir être celle ou celui qui les soignerait. En plus, Irma était une femme, ce qui lui fermait la porte de la plupart des facultés de médecine au Québec. On considérait encore en ce début de 20e siècle que les femmes étaient trop sensibles pour pratiquer la médecine. Malgré ces obstacles de taille, Irma LeVasseur n’a jamais douté qu’elle réussirait. La force de caractère de cette jeune femme en fait un personnage de roman épique idéal. « C’est inimaginable qu’à 17 ans elle ait pris le train toute seule pour aller étudier aux États-Unis, explique Pauline Gill toujours exaltée par son personnage. Pourtant, elle l’a fait et elle n’a pas abandonné en cours de route. Elle est partie étudier en anglais au Michigan, loin de se sa famille pendant des années. » Pour Pauline Gill, ce qui explique cette volonté inébranlable, c’est le fait que chez Irma LeVasseur, le sentiment humanitaire a toujours dominé sur l’utilité. Cette façon de penser lui viendrait de l’influence de sa famille maternelle, les Venner, des bourgeois anglophones. « Ils n’avaient pas cette mentalité de soumission, des Canadiens français de l’époque, encouragée par l’église catholique. Les Venner, de religion protestante, bien nantis, avaient une mentalité de gagnants, alors que dans les familles canadiennes françaises, il y avait bien trop de mentalités de perdants. »

Deux ans de recherche

Quand Pauline Gill a commencé sa recherche, elle s’est rendu compte que le travail serait colossal. Il lui a fallu plus de deux ans pour rassembler toute la documentation nécessaire éparpillée entre Québec, Montréal et les États-Unis avant de pouvoir commencer l’écriture du premier tome de Docteure Irma. Toute la correspondance citée dans le roman, familiale et officielle, provient de diverses archives que l’auteure et un assistant à la recherche ont rassemblée. « C’était vraiment pas facile, avoue Pauline Gill. Il a fallu user de beaucoup d’ingéniosité parce que tout ce qui avait été publié sur Irma LeVasseur, c’était deux paragraphes dans un livre historique. C’était jusqu’à aujourd’hui une femme véritablement inconnue. » Pauline Gill, à l’instar de son héroïne, a fait preuve de détermination pour accéder notamment aux archives de l’Hôpital Sainte-Justine où elle a eu droit à quelques séances de consultation. La grande surprise de ses recherches aura été la découverte d’un fond LeVasseur aux archives du séminaire de Québec. Cette découverte nous permet de concevoir, dans des lettres souvent touchantes, les motivations profondes de cette femme d’exception qu’était Irma LeVasseur. Une femme qui, malgré des moments de désespoir, n’a jamais dévié de sa route.

Docteure Irma, Tome 1- La Louve blanche Pauline Gill Québec Amérique, 2006, 540 p.

 
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