Cuisine de Tarzile
Famille et cuisine : des souvenirs pour la vie!
Véronique Lemonde
 | | Photo Robert Gosselin, Le Courrier (c)
Sylviane Beauregard, alias Tarzile, présente son livre Cuisine de Tarzile. Recettes d'une mère à sa fille. Native de Saint-Damase, l'auteure habite maintenant dans la région du Suroît.
| | Au Marché-Centre, c'est un peu la cohue, heure de dîner oblige. Cependant, ce brouhaha plaît à Sylviane Beauregard, alias Tarzile, qui est fort heureuse que nous l'ayons entraînée à l'intérieur du marché.
Tarzile, c'est le véritable prénom d'une de ses arrière-grands-mères. Tarzile, c'est maintenant le pseudonyme qu'utilise cette auteure et blogueuse, damasienne d'origine, pour signer ses textes. Elle lançait, à la mi-octobre, un livre intitulé Cuisine de Tarzile. Recettes d'une mère à sa fille.
Subjuguée, Tarzile a repéré avec stupéfaction une huile d'olive assez rare qui trône sur le comptoir des Passions de Manon (Robert). L'épicerie fine et saucissier occupe en effet l'ancien étal de boucher d'un de ses grands-oncles. « Je me souviens que nous venions voir mon oncle Maurice et nous nous entassions à l'arrière, près d'une petite porte qui donnait sur l'extérieur », lance-t-elle avec l'enthousiasme d'une petite fille qui redécouvre un pan de son enfance avec pur bonheur.
Tarzile souhaite être photographiée juste devant ce comptoir, une bribe de son enfance bercée par les potages des grands-mères, les petits fruits à cueillir, la fabrication du ketchup l'automne et les desserts accompagnant les festivités de fin d'année.
Son papa qui habite Saint-Hyacinthe nous rejoint quelques minutes, car, pour lui aussi, le marché public de Saint-Hyacinthe occupe une place particulière dans son cur. L'été, il assiste à l'occasion un de ses cousins dans la vente de légumes. Il a déjà hâte à l'été prochain.
Puis la conversation reprend lorsque Tarzile rencontre Manon Robert, une autre amoureuse de la cuisine et des produits du terroir. Tarzile lui explique qui elle est, lui montre son livre de recettes; les deux femmes vibrent au même diapason! « C'est tellement beau ce marché, les gens de Saint-Hyacinthe sont privilégiés d'avoir un tel endroit. Je ne trouve rien de la sorte dans ma région d'adoption, le Suroît », clame Tarzile.
Souvenirs culinaires
Maintenant attablées à un bistro, nous reprenons la discussion sur ce fameux livre, Cuisine de Tarzile, et sur l'amour incommensurable de celle-ci pour cette cuisine d'antan, si simple et goûteuse.
Dans cet ouvrage très bien illustré - les appétissantes photographies à l'aspect vieillot sont également de Tarzile - l'auteure nous transporte dans un véritable voyage dans le temps, au cur des traditions culinaires de sa famille, des souvenirs qu'évoquent en elle certains mets et de cette transmission de savoir culinaire à sa fille adolescente.
On se retrouve alors dans un réfectoire d'école où sur Lucienne distribuait des bols de soupe au buf et à l'orge, en août 1977 où la mort d'Elvis Presley est à jamais reliée à des poivrons farcis mangés en silence devant le téléviseur, à la salade à la crème du dimanche midi, après la messe, alors que les vacances estivales débutaient. Le résultat est surprenant et même émouvant par moment.
« J'ai beaucoup côtoyé ma grand-mère maternelle. Je la revois encore faire son gâteau éponge, je revois sa poêle en fonte et ses mains en action. J'observais beaucoup et vers 13-14 ans, j'ai commencé à noter des recettes dans un cahier rouge, raconte Tarzile. Ensuite, il y a eu l'université, puis le travail et là, franchement, je n'avais jamais rien dans mon frigo! Je ne cuisinais plus du tout. Avec mon conjoint qui adore bien manger, ce goût de cuisiner m'est revenu dans la vingtaine. » Les allergies alimentaires de sa fille l'ont aussi encouragée à remettre le tablier.
Des coups de cur assurés : la soupe aux feuilles, les pâtes aux tomates crues, les topinambours sauce rémoulade et la bagatelle aux fraises et au cassis.
Transmettre son savoir
Ce voyage culinaire nous amène même jusqu'au COURRIER, puisque Tarzile reprend dans son livre une recette de boules de neige aux dattes (voir encadré) qui aurait été découpée dans l'hebdomadaire par sa mère, il y a bien longtemps.
Après toutes ces années, Tarzile refait encore et encore ces friandises si appréciées de tous. « Pour cuisiner, il doit y avoir du plaisir. Mon livre, c'est un voyage dans des anciennes techniques que je trouve toujours très agréables. Bien sûr, les recettes ont été réadaptées au goût du jour, avec un peu moins de crème ou en remplaçant le lard salé par exemple. »
À sa fille, elle transmet surtout une assurance culinaire qui manque à beaucoup de jeunes femmes d'aujourd'hui. « Quand ta fille de 13 ans te demande à 19 h de faire avec elle des biscuits au gruau, c'est sûr que tu dis oui et tu es fière. Elle m'a vu cuisiner depuis qu'elle est toute petite et j'essaie de lui inculquer le sentiment que « oui, tu peux le faire ». Aussi, pour qu'elle développe des souvenirs en lien avec la cuisine. »
Des mets, des gens et un blogue!
Tarzile, c'est aussi Tarzile.com, un blogue essentiellement culinaire lancé en 2005 et qui, aujourd'hui, attire des visiteurs de partout dans la francophonie.
« J'ai toujours aimé écrire, même si ce n'est pas toujours évident d'avoir des idées intéressantes qui méritent qu'on en parle. » Véritable mine d'or pour les foodies, le blogue de Tarzile s'est tellement distingué qu'on l'invite désormais à participer à des projets d'écriture culinaire.
Récemment paru, Quinze bonnes raisons de faire la fête, de Pâques à la Saint-Glinglin (Éditions Tana) est le fruit d'une collaboration entre Tarzile et la Française Véronique Chapacou. Malheureusement, l'ouvrage n'est pas encore disponible au Québec. En 2006, Tarzile participait également au collectif Une souris dans le potage. Recettes et récits de blogs culinaires, un ouvrage charmant qui regroupe les recettes et anecdotes de 14 blogueuses francophones de tout acabit (disponible au Québec cette fois-ci!). Rien ne semble arrêter cette cuisinière branchée, amoureuse des recettes d'autrefois et du comfort food!
« Quand je feuillette mon livre, je me dis que ce n'est jamais aussi beau que dans mes souvenirs, même si c'est ce que j'ai voulu transmettre aux lecteurs. C'est dur de reproduire ce moment précis associé à une salade à la crème par exemple, car le goût, c'est aussi fait des gens qui t'entourent et avec qui ce plat a été partagé. »
Et hop! Tarzile me quitte, tout sourire, devant le Marché-Centre. Des huiles d'olive et des panettones lui faisaient de l'il, elle doit y retourner!
Cuisine de Tarzile
Recettes d'une mère à sa fille
Sylviane « Tarzile » Beauregard
Les Éditions La Presse, 2007, 174 p.
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