10 novembre 2016
Gilles Lussier : souvenirs d’un vétéran
Par: Olivier Dénommée
Gilles Lussier est parmi les derniers vétérans maskoutains de la Seconde Guerre mondiale.  Photo François Larivière | Le Courrier ©

Gilles Lussier est parmi les derniers vétérans maskoutains de la Seconde Guerre mondiale. Photo François Larivière | Le Courrier ©

La Seconde Guerre mondiale, de 1939 à 1945, a marqué et marque encore l’imaginaire populaire 71 ans plus tard. Même après toutes ces années, Gilles Lussier, un des derniers vétérans de cette guerre à Saint-Hyacinthe, se souvient de certains détails comme si c’était hier et a accepté de les partager.

De Saint-Hyacinthe à Xanten

« Je me suis porté volontaire en 1944, parce que j’avais envie de voir du pays », lance Gilles Lussier, qui frôlait à peine la vingtaine au moment de s’enrôler. Témoin des séquelles qu’ont laissées la guerre sur un cousin plus vieux, il s’est joint à l’artillerie pour ne pas se retrouver aux premières lignes. Mais une fois en Angleterre en vue du déploiement, changement de plan : il se fait transférer dans l’infantrie. On l’affecte au régiment de Maisonneuve, pour « entrer en action » en août 1944, en France. Il se souvient encore des villes par lesquelles il est passé en Normandie, mais a conservé un souvenir particulier de Dieppe, où il a servi la messe. Il montre alors une petite photo en noir et blanc où on le voit au côté du « padre » avec ses compatriotes à l’arrière.

Gilles Lussier se souvient aussi de l’ascension dans le Pas-de-Calais, jusqu’en Belgique. « Nous avons combattu à Saint-Léonard; c’est justement là que le sergent Flibotte s’est fait tuer », se souvient le vétéran. Joseph Flibotte de Saint-Hyacinthe est tombé au combat le 29 septembre 1944, à l’âge de 27 ans. Celui-ci a été inhumé à Berg-op-Zoom, ville néerlandaise tout près de la frontière belge où le régiment de Maisonneuve se dirigeait ensuite. Gilles Lussier a par la suite participé à la bataille des Ardennes, puis à l’assaut en territoire allemand le 8 février 1945. « Nous avons été les premiers à entrer en Allemagne », mentionne le vétéran sur un ton de fierté.

Il a même refusé de prendre un séjour de vacances qui lui était offert parce qu’il voulait participer à l’assaut sur Xanten. C’est malheureusement lors de cette bataille qu’il a été blessé à la jambe, mettant fin à son implication dans les combats. « Nous avons fait 10 heures de route pour nous rendre à l’hôpital jusqu’à Paris… c’était long! », commente-t-il, sourire en coin. Il a même conservé les télégrammes qui ont été envoyés à ses parents pour les informer de l’état de leur fils.

« L’armistice a été signé pendant que j’étais dans un hôpital en Angleterre (le 8 mai 1945). J’avais encore la jambe dans le plâtre, mais je suis quand même sorti fêter au bar. J’ai pas mal bu et j’ai brisé mon plâtre par accident », relate-t-il en riant. Il n’est revenu au pays qu’un mois après, le 8 juin. Gilles Lussier se souviendra toujours du mal de mer dont il a été affligé au retour – il s’est promis de ne plus jamais retourner sur un bateau de sa vie -, mais surtout de l’accueil qu’il a eu en revenant en train à Montréal. « Mes parents et ma blonde m’attendaient à la gare. » Sa blonde allait devenir sa femme deux ans plus tard et ne se sont jamais quittés depuis.

L’après-guerre

Même si le vétéran n’est jamais retourné sur un champ de bataille, il est resté longtemps actif au sein du 6e Bataillon, Royal 22e Régiment de l’Armée canadienne, où il a été instructeur pour la milice jusqu’en 1972 avant de prendre sa retraite de l’armée. Il demeure tout de même membre honoraire à vie du régiment. Gilles Lussier a aussi été chauffeur d’autobus puis facteur dans sa vie civile. Aujourd’hui âgé de 91 ans « et demi » – il tient à cette précision -, il vendait encore des coquelicots au Walmart de Saint-Hyacinthe.

Souvenirs indélébiles

Outre les quelques photos et documents qu’il gardait avec lui, Gilles Lussier a aussi conservé de la monnaie de tous les pays par lesquels il est passé, ainsi que le sac d’un officier allemand qu’il a capturé. « Je voulais le garder parce qu’il y avait de la petite fourrure dessus, qui est très confortable pour dormir. » Il était contre les règles qu’il conserve ce butin de guerre, mais un de ses supérieurs a accepté de l’envoyer discrètement au Canada chez sa famille. Le sac se trouve toujours dans la maison familiale des Lussier. Quant au reste de ses souvenirs, ils sont principalement dans sa tête. Heureusement, il se fait encore un plaisir de les partager.

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