23 février 2012
Menace à la téléphonie rurale
La décision du CRTC soulève l’ire des élus
Par: Le Courrier
Le conseiller de la Ville de Saint-Hyacinthe Donald Côté n'a pas hésité à se porter à la défense des petites compagnies de téléphone.

Le conseiller de la Ville de Saint-Hyacinthe Donald Côté n'a pas hésité à se porter à la défense des petites compagnies de téléphone.

L’heure est à la levée de boucliers dans les municipalités directement visées par une décision du CRTC qui pourrait menacer l’avenir de la téléphonie rurale.

Cette décision ouvre à la concurrence des territoires qui étaient jadis protégés des géants des télécommunications, comme Cogeco et Vidéotron. Le hic, c’est que ces grandes entreprises ne sont pas obligées de desservir l’ensemble du territoire sur lequel elles s’établissent, contrairement aux petites compagnies.

Ainsi, les régions rurales, qui coûtent plus cher à desservir, pourraient être laissées pour compte par les géants, qui ont déjà annoncé vouloir concentrer leur offre dans le périmètre urbain des municipalités. Si les petites compagnies perdent cette clientèle urbaine aux mains des grandes entreprises, elles se retrouveront acculées à la faillite et les zones rurales éloignées perdront leur service de téléphonie. Seulement dans la MRC des Maskoutains et ses environs, plusieurs compagnies sont concernées : Téléphone Guèvremont, à Sainte-Rosalie; Sogetel à Saint-Liboire; Téléphone Upton et CoopTel, notamment à Saint-Nazaire et à Roxton Falls.« Il y a un réel danger, a déclaré le conseiller municipal de Sainte-Rosalie, Donald Côté, qui est lui-même un abonné rural de Téléphone Guèvremont. Les petites compagnies de téléphone devront augmenter les prix de façon exponentielle en campagne ou fermer leur porte et nous laisser sans service. » Selon lui, la décision menace non seulement les petites compagnies de téléphone, mais aussi le développement des régions rurales, un domaine dans lequel les municipalités et les gouvernements engagent beaucoup d’argent. « La dernière fois que j’ai vérifié, les milieux ruraux faisaient encore partie de la société. En 2012, la téléphonie m’apparaît comme un service de base essentiel. Il faut une mobilisation des milieux pour faire reculer le CRTC », a-t-il tranché.M. Côté compte lever le drapeau rouge auprès du conseil municipal, mais aussi de l’Union des municipalités du Québec, de la Fédération des municipalités du Québec et de l’Union des producteurs agricoles, dont les membres sont les principales victimes.De son côté, le maire de Saint-Liboire déplore lui aussi la décision du CRTC ainsi que ses conséquences en milieu rural, particulièrement dans sa communauté. « Le CRTC vient fragiliser une vingtaine d’emplois chez notre fournisseur local (Sogetel). Donner libre accès aux grosses compagnies sans leur imposer l’obligation de desservir l’ensemble du territoire, ce n’est vraiment pas correct », a commenté Denis Chabot.Ce dernier compte d’ailleurs se rendre à Québec mercredi prochain pour participer à une rencontre organisée par l’Association des compagnies de téléphone du Québec.Et, il ne sera pas le seul. Jean-Marie Laplante, préfet de la MRC d’Acton, compte lui aussi faire le voyage. « Cette décision va à l’encontre de ce qui a toujours été prôné, c’est-à-dire la desserte de tous les citoyens, peu importe où ils habitent, avec des services de qualité et à des coûts raisonnables. Là, ce qu’on voit, c’est que les bottines ne suivent pas les babines », a martelé le coloré maire de Roxton Falls.

La députée sceptique

Du côté fédéral, la députée Marie-Claude Morin a assuré que tous les porte-parole concernés au sein du cabinet fantôme néodémocrate avaient été mis au parfum de la controverse.

« Je ne suis pas contre la libre concurrence, mais je suis contre la concurrence déloyale, surtout si elle se fait sur le dos des citoyens, a martelé Mme Morin. Les milieux ruraux seront pris à partie tôt ou tard, soit en perdant leur service, soit en devant payer des factures beaucoup plus élevées qu’ailleurs. Dans les deux cas, c’est déplorable. »La députée se dit aussi préoccupée par les emplois locaux qui sont menacés à moyen terme et par le recul important du CRTC quant à la démocratisation d’un service essentiel de télécommunication acquis de longue date. « Je demeure sceptique de voir la décision être renversée, mais de notre côté, on fera tout pour mettre de la pression. »

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