1 novembre 2018
La petite histoire du crucifix de l’hôtel de ville
Par: Le Courrier
Photo David Bousquet

Photo David Bousquet

Àl’élection municipale du 12 juillet 1943, qui visait à compléter les rangs des échevins, Arthur Giard, Adrien-L. Auger, E.-A. Gendron et Raoul Lassonde sont élus. Ces derniers, même si leur allégeance libérale était connue de tous, en avaient assez de la dictature de l’honorable T.-D. Bouchard à la fois maire de la ville, député du comté à l’Assemblée législative et ministre du cabinet Godbout. Ils venaient de déloger une bonne partie de l’équipe Bouchard.

Lors de la réunion du conseil du 19 juillet 1943 qui suivit l’élection, l’échevin Adrien-L. Auger, appuyé par l’échevin Raoul Lassonde, attire l’attention sur l’absence d’un crucifix dans la salle du conseil et demande que l’on s’en procure un sans délai. « C’est la coutume dans notre province, argumente l’échevin Auger, d’avoir un crucifix dans les endroits publics, et il n’y a aucune raison pour que la salle des délibérations du conseil de ville fasse exception ».

Le maire Bouchard répond à cette proposition en disant : « Le bon Dieu, nous l’avons d’abord dans le cœur ».

Lors du vote sur la proposition, tous les échevins se prononcent en faveur de l’installation d’un crucifix, à l’instar de la Chambre des députés de la Province et des salles de délibérations d’autres municipalités, ce à quoi M. Bouchard reprend : « Et tâchez de garder aussi le bon Dieu dans votre cœur. »

Mais l’histoire n’est pas terminée pour autant.

À la séance spéciale du conseil le 16 août 1943, le climat n’était pas très joyeux. Les citoyens qui avaient bravé la pluie avaient dû attendre les échevins jusqu’à 21 h 30, et le crucifix n’était pas encore installé au mur. Certains ont supposé que les conseillers « l’avaient dans le cœur », selon l’idée du maire Bouchard.

Le conseil et la population doivent donc attendre à la réunion du 7 septembre 1943 avant de voir le crucifix fixé au mur de la salle des délibérations. L’échevin Chabot veut savoir qui a acheté le crucifix d’autant plus « qu’il ne serait pas de forme liturgique ». L’échevin Auger lui répond qu’il a acheté lui-même le crucifix et qu’il n’a pas remarqué que ce dernier n’était pas de la forme habituelle et qu’il était disposé à le remplacer si erreur il y avait eu.

Il faudra donc attendre à la séance du conseil du 20 septembre 1943 pour connaître le dénouement de l’histoire. L’échevin Auger demande alors au greffier « d’inscrire dans les minutes de l’assemblée que le crucifix installé récemment dans la salle du conseil a été accepté de forme liturgique et béni par son Excellence l’Évêque de ce diocèse [Monseigneur Arthur Douville] et que de plus le coût d’achat de ce crucifix a été remboursé à la cité par un groupe d’échevins ».

Le crucifix qui orne aujourd’hui la salle du conseil est-il celui qui a été donné à la Ville et fixé au mur en 1943? Le personnel des Services juridiques de la ville de Saint-Hyacinthe nous informe qu’ils n’ont aucune information indiquant qu’il ne s’agit pas du même crucifix qu’en 1943. Le personnel en place en 1985 confirme que le crucifix actuel était bien en place à ce moment.

En supposant qu’il s’agit bien du crucifix de 1943, il y a lieu de se demander ce que l’échevin Chabot voulait dire en spécifiant que le crucifixn’était pas « de forme liturgique ».

Ce que je pense, c’est que la forme du crucifix présente une des caractéristiques de la croix de Malte ou croix de Saint-Jean utilisée, entre autres, dans l’identification visuelle de l’Ambulance St-Jean. Le fait que les deux branches ne soient pas de largeur uniforme, mais qu’elles soient plus larges à leurs extrémités est peut-être ce qui avait incité l’échevin Chabot à conclure à la non-conformité liturgique du crucifix.

La petite histoire du crucifix de la salle du conseil ne s’arrête pas en 1943… mais il faudra attendre au siècle suivant pour en connaître la suite.

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