25 décembre 2014
La trêve
Par: Christian Vanasse

Il y a 100 ans en Europe, entre les 24 et 25 décembre 1914, eut lieu un événement aussi étrange que magnifique dans l’histoire humaine.

La première Grand Guerre Mondiale battait son plein et par un matin glacial de cet horrible conflit qui allait faucher des millions de jeunes hommes dans des conditions inhumaines et empêtrer des nations entières dans un bourbier sanglant, les soldats anglais du Front de l’Ouest entendirent monter un chant des tranchées allemandes : « Stille nacht, heilige nacht… ». Si les paroles leur étaient étrangères, la mélodie elle était facilement reconnaissable. « Ô Sainte nuit, ô nuit de Paix » chantaient les Allemands les mains en l’air, tendant des présents à leurs ennemis.

Les deux camps se sont arrêtés. Les armes se sont tues. Et ces jeunes hommes, pour un instant redevenus des êtres humains, tombèrent dans les bras les uns des autres, s’échangeant accolades, bons voeux et cigarettes. Les deux camps jouèrent même un match de foot amical, devenu mythique, avec pour seul ballon une vieille boîte de corned-beef.

Cette trêve spontanée, décrétée à l’insu des politiciens et des généraux, dura plusieurs heures et s’étira même sur plusieurs semaines en quelques endroits du front.

Évidemment, les chefs, de leurs forteresses, ordonnèrent ensuite aux soldats dans les tranchées de recommencer à s’entretuer.

Depuis mon enfance, je connais cette anecdote. Je me la rappelle à toutes les fois où nos dirigeants nous divisent, nous engagent dans un conflit et nous forcent à nous battre pour leurs idéaux en oubliant notre humanité et en nous martelant que la lutte, le combat et la guerre sont les activités les plus anciennes de l’homme.

Sans doute. Mais aussi ancienne est sa volonté d’y mettre fin et de fraterniser. Ne serait-ce que quelques jours, quelques heures.

Bonne nuit de paix à tous et à toutes…

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