31 janvier 2019
Forum
L’aide médicale à mourir pour les malades mentaux : un pas dangereux!
Par: Le Courrier

Laisser le droit à une personne atteinte de maladie mentale d’accéder à l’aide médicale à mourir, c’est une idée plus que délicate, sinon complètement tordue. En tout cas, c’est descendre bas sur la pente glissante sur laquelle la société s’engage, si elle fait ce pas.

En 1992, quand le débat sur la légalisation de l’euthanasie a commencé à être publicisé, quand des cas, autant aux États-Unis qu’au Canada, ont fait la une des journaux, ceux qui défendaient la légalisation de l’euthanasie (disons l’aide médicale à mourir) juraient que seules les personnes en phase terminale aux prises avec des douleurs intolérables auraient ce droit.

À l’inverse, ceux qui étaient contre cette légalisation brandissaient l’argument de la pente glissante pour justifier leur position. Cet argument émet l’hypothèse qu’une fois l’euthanasie permise dans ces cas précis, la société en viendrait progressivement, mais inéluctablement, à légaliser l’euthanasie dans des cas de plus en plus immoraux. Force est d’admettre qu’ils avaient un peu raison.

Laissez-moi approfondir leur pensée. Pour les défenseurs de cet argument, l’aide médicale à mourir ouvre une porte qui ne pourra plus être refermée, si la société accepte l’idée que certaines vies ne valent pas la peine d’être vécues. Quel motif raisonnable nous permettra alors de trancher entre les « bons » cas d’euthanasie et les « mauvais » cas puisque la souffrance est subjective? Ne risque-t-on pas alors de juger que la vie des gens les plus vulnérables, tels les personnes handicapées, les malades, les personnes âgées, ne vaut pas la peine d’être vécue? Aussi bien ne pas ouvrir cette porte, concluent les opposants, et maintenir la criminalisation de toute aide à mourir.

Au début des années 90, la crainte de voir l’euthanasie être permise dans le cas des malades mentaux était quasi nulle. Les partisans de l’euthanasie disaient que ça n’arriverait jamais, qu’il existait des mesures de sauvegarde pour assurer que seules les personnes en phase terminale aient droit à ce traitement. Ils avaient tort, de toute évidence.

Une raison, c’est que la société a grandement évolué depuis. Le 11 septembre 2001 n’avait pas eu lieu, notamment. La liberté individuelle et son inscription dans les droits de la personne a pris une telle ampleur qu’il est devenu difficile de limiter la volonté, le désir d’un individu, quand celui-ci ne brime pas la liberté d’autrui. C’est le principe de l’autonomie individuelle : toute personne est libre de faire comme bon lui semble, dans le respect des lois.

À la base du mouvement en faveur de l’aide médicale à mourir, ce principe est le même qui, en 1992, justifiait que l’euthanasie se limite aux personnes en phase terminale et qui, en 2019, rendrait acceptable qu’on accorde le droit aux malades mentaux de recourir à l’assistance médicale pour mettre fin à leurs jours.

On voit qu’il est difficile de prévoir le cours des choses, car les mentalités changent avec le temps. S’il semblait certain hier que le droit à mourir ne s’étendrait pas aux malades dont la vie n’était pas menacée, ça ne l’est plus. Une chose est sûre, on a déjà les deux pieds qui glissent vers le bas.

Stéphane Flibotte,
Saint-Hyacinthe

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