8 novembre 2018
Biométhanisation
Le digestat gruge les profits
Par: Rémi Léonard
La gestion du digestat issu de la biométhanisation engendrera des dépenses récurrentes importantes pour la Ville de Saint-Hyacinthe. Photothèque | Le Courrier ©

La gestion du digestat issu de la biométhanisation engendrera des dépenses récurrentes importantes pour la Ville de Saint-Hyacinthe. Photothèque | Le Courrier ©

Deux produits sont obtenus à partir du procédé de biométhanisation réalisé à l’usine de la Ville de Saint-Hyacinthe : le gaz et le digestat. Le premier se révèle très payant grâce aux revenus tirés de la vente à Énergir (anciennement Gaz Métro), mais le second engendre plutôt des dépenses à la municipalité.

Après sa maturation au Centre de valorisation des matières organiques, le digestat devient un terreau utilisable en agriculture comme fertilisant. La Ville doit toutefois mandater une firme d’ingénierie pour se charger de la « gestion de la valorisation agricole » de ce produit.

À cause de sa teneur en phosphore, les agriculteurs ne peuvent pas étendre le digestat n’importe où, a expliqué au COURRIER le maire Claude Corbeil, lui-même producteur agricole. « Un agronome doit identifier les quantités appropriées selon l’endroit », a-t-il précisé. Pour se départir de son digestat, qui entre en compétition avec le lisier déjà utilisé par les agriculteurs, la Ville n’a donc d’autre choix que de payer pour ce service professionnel pour le compte du producteur qui accepte de recevoir ce terreau sur ses terres.

Le contrat à cet effet, octroyé le 19 mars à Englobe Corp, une importante firme de consultants dont le siège social se trouve à Québec, s’élève à 1,67 M$ sur trois ans (2018-2021), un déboursé annuel d’environ 556 000 $. Il s’agit de frais d’honoraires maximaux. Des options pour deux années supplémentaires sont également incluses dans le contrat à un prix oscillant autour de 500 000 $ chacune. Il a été accordé à la suite d’un appel d’offres par pointage.

Une dépense récurrente

L’expérience du maire Corbeil dans le domaine agricole a aussi permis de clarifier la valeur réelle du digestat issu de la biométhanisation. Le directeur général Louis Bilodeau soutenait jusqu’ici que la Ville pourrait un jour inverser les retombées financières du digestat en parvenant à le vendre au lieu de payer pour s’en départir. « Ça n’arrivera jamais », a toutefois commenté le maire. Puisque les terres agricoles sont plutôt en situation de « saturation en phosphore » et que le lisier fait le même travail que le digestat, personne ne payera pour avoir davantage de matière fertilisante semblable, a-t-il analysé.

Avec une usine de biométhanisation pleinement opérationnelle, l’importante augmentation de la capacité de production prévue cette année a fait bondir la facture de gestion du digestat. Pour les deux dernières années, Solution 3R, une firme de Jonquière, se chargeait de ce mandat pour 191 433 $.

Auparavant, la Ville entreprenait elle-même les démarches auprès des producteurs intéressés et du ministère de l’Environnement afin de valoriser le digestat en agriculture, une procédure jugée trop lourde. L’autre option, celle de transporter tout simplement le digestat dans un centre de compostage, se révèle plus onéreuse, surtout avec l’augmentation du volume de matières organiques.

Et encore des dépenses!

Davantage d’intrants donnent nécessairement plus de gaz disponible pour la vente, mais aussi plus de digestat à écouler. En plus de la gestion de cette matière, la Ville doit également payer pour le transport jusqu’aux producteurs. Le contrat à cet effet a été donné à la séance du conseil municipal du mois d’août, au montant de 1,46 M$ pour trois ans, soit environ 485 100 $ par année, à l’entreprise Poste de camionnage en vrac – Région 06, basée à Saint-Mathieu-de-Beloeil.

Cumulés, les contrats pour la gestion et le transport du digestat frôlent ainsi le million de dollars par année. Les revenus que doit tirer Saint-Hyacinthe de son usine de biométhanisation en 2018 sont évalués à 5,8 M$, avec un bénéfice net prévu de 1,9 M$.

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