7 mars 2019
Incendie de la Place Frontenac
Nos pompiers ont fait le maximum pour éviter le pire
Par: Olivier Dénommée

Photo François Larivière | Le Courrier ©

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Au plus fort de de l’intervention, 172 pompiers de 14 municipalités ont combattu l’incendie. Photo François Larivière | Le Courrier ©

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Saint-Hyacinthe se souviendra longtemps de l’incendie du mercredi 27 février, qui a détruit la Place Frontenac sous le regard impuissant de ses 64 résidents et de tout le centre-ville. Une semaine après les tristes événements, l’heure est au bilan.

Mercredi, peu avant 15 h, une résidente de la Place Frontenac a constaté la présence de fumée pour une deuxième fois en quelques jours. Elle a vite appelé son concierge, Robert St-Jean, pour savoir ce qui se passait. « Je suis parti à la course et j’ai tout de suite constaté qu’il y avait de la fumée grise », a raconté M. St-Jean après les événements. C’est lui qui s’est ensuite chargé d’évacuer tous les résidents du bâtiment en quelques minutes alors que les pompiers se rendaient sur les lieux.

LE COURRIER a appris plus tard que c’est grâce à une coïncidence que M. St-Jean se trouvait sur les lieux. « Normalement, à cette heure-là, je devais me trouver à la Régie du logement, mais ma femme a décidé d’y aller à ma place. » Ses proches sont formels : s’il n’avait pas fait le tour des logements avant de sortir à son tour par-derrière, il y aurait assurément eu des morts.

Mobilisation exceptionnelle

Le directeur du Service incendie de Saint-Hyacinthe, Jocelyn Demers, a parlé d’une « mobilisation exceptionnelle » pour décrire l’intervention des pompiers. Au total, 172 pompiers issus de 14 municipalités ont combattu l’incendie qui s’est vite propagé à travers la structure du bâtiment datant de 1903. « Un des défis était le fait que les étages n’étaient pas similaires et que le bâtiment était une grosse structure de bois très profonde. Ça prenait jusqu’à 150 pieds de boyaux pour se rendre aux extrémités », a-t-il raconté au lendemain de l’incendie.

L’incendie s’est déclaré dans la portion ouest de la bâtisse (à la hauteur de la rue Saint-François) et les pompiers ont vite dû prendre la décision de sacrifier cette partie de la Place Frontenac dans l’espoir de sauver l’autre partie (du côté de la rue Saint-Simon). « C’était une opération complexe, mais on a décidé de démolir la partie ouest à cause des risques d’effondrement de structure qui devenaient dangereux pour les pompiers », a expliqué M. Demers. Si aujourd’hui, la structure de la portion est tient encore debout, rien ne dit qu’elle ne sera pas démolie parce qu’elle a été lourdement endommagée par l’eau.

Le bilan de l’intervention, dans les circonstances, est très positif : aucun des résidents n’a été blessé, et deux pompiers ont subi des blessures légères. Au plus fort de l’intervention, 130 hommes combattaient les flammes en utilisant entre 8000 et 10 000 gallons d’eau la minute, signe que les autorités ont fait « le maximum » pour éviter le pire. Le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, a salué le « haut niveau de préparation et de professionnalisme ainsi que le courage et la détermination de l’équipe sur le terrain ».

M. Demers a assuré que l’opération a été menée au mieux dans les circonstances et a mentionné que, si un feu s’était déclaré la veille, une journée de grands vents, les conséquences auraient pu être encore plus graves au centre-ville. Malgré tous les efforts déployés, les dommages sur la Place Frontenac sont énormes et dépasseraient aisément le million de dollars.

Cause accidentelle

Comme il s’agissait d’un second incendie au même endroit en l’espace de quelques jours, plusieurs se sont posé des questions sur sa cause. Les pompiers écartent toutefois la responsabilité criminelle. « Tout laisse croire à une cause accidentelle, malgré l’incendie de dimanche », signale Jocelyn Demers. Dans les deux cas, il serait question d’« une source de chaleur placée à proximité d’un matériau combustible », sans donner plus de détails. La grande différence entre les deux événements est le fait que le premier a pu être arrêté grâce au système de gicleurs alors que le deuxième s’est vite propagé à travers les conduits de ventilation.

Les sinistrés pris en charge

Pendant que les pompiers combattaient les flammes, la Croix-Rouge a pris en charge les 64 sinistrés de la Place Frontenac au Centre communautaire Christ-Roi, leur offrant vêtements et nourriture. Ces derniers ont pour la plupart été hébergés à l’hôtel Le Dauphin pendant trois jours, le temps qu’ils puissent se trouver un logement. Un autre bâtiment a été évacué de façon préventive le 27 février, mais les 18 résidents ont pu regagner leur demeure quelques heures plus tard. Même s’il était lui-même sinistré, Robert St-Jean n’avait qu’une idée en tête : s’assurer que tous les locataires étaient en sécurité. « Ma priorité, c’était les locataires, alors j’ai été pris en charge parmi les derniers, vers 22 h. Autant à la Croix-Rouge qu’aux pompiers, je n’ai que des félicitations à leur faire. »

Les enfants du concierge sont aussi très vite intervenus pour aider les locataires de la Place Frontenac à obtenir des ressources. Notamment, Frédéric St-Jean s’est associé au conseiller municipal Jeannot Caron pour aider à loger les sinistrés après les trois journées promises par la Croix-Rouge. « Si je n’avais pas eu mes enfants, je pense que je ne serais pas passé au travers de cette épreuve. Et je dois dire que Jeannot Caron en a tellement fait pour nous! Je n’ai jamais vu ça! », a commenté celui qui s’occupait de la Place Frontenac depuis octobre 2011.

Frédéric St-Jean et M. Caron ont véritablement été « aux premières lignes » pour répondre aux besoins des sinistrés.

Étant donné que la Croix-Rouge ne pouvait payer l’hôtel que pendant trois jours, le propriétaire du bâtiment, Patrick Dillaire, a offert de payer des nuitées au Holiday Inn pour quelques journées supplémentaires aux sinistrés qui n’avaient pas encore trouvé de logement.

Une semaine après l’incendie qui a détruit son chez-lui, Robert St-Jean regarde avec tristesse ce qu’il reste de la Place Frontenac, dont la partie est a été récemment condamnée à cause de la dangerosité de la façade. Il restera encore quelques jours à Saint-Hyacinthe pour régler certaines choses, puis passera les prochains mois à Québec avec sa femme chez un de leurs enfants, pour « se reposer » après ces derniers jours éprouvants. Mais il est évident qu’il reviendra à Saint-Hyacinthe dès que l’immeuble sera reconstruit. « M. Dillaire m’a dit : “On va reconstruire et j’ai besoin de toi à 100 %”. C’est sûr que je reviendrai comme concierge. »

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