Le samedi 13 mars 2010

Eau secours de la Yamaska

Des filles à contre-courant

mpgagnon-nadeau@lecourrier.qc.ca

Marie-Laure, Justine, Alexandrine, Ariane, Carol-Ann, Charlotte, Jezabelle et Bernard. Ils étaient six étudiantes et deux accompagnateurs du Collège Saint-Maurice à s'engager, au matin du 17 octobre, au secours de la Yamaska. Pendant sept jours, ils sont devenus les yeux et les oreilles de la rivière de sa source, au Lac-Brome, jusqu'à Saint-Hyacinthe. Ils l'ont touchée du bout des doigts, lui ont redonné droit de parole. Un voyage au bout de la rivière et sans doute aussi au bout de soi.

Il en a coulé de l'eau sous les ponts depuis que la rivière Yamaska a été reconnue comme étant l'affluent le plus pollué du fleuve Saint-Laurent. Pourtant, la qualité de son eau n'a jamais cessé de se dégrader.

C'est pour se sensibiliser aux ravages de la pollution que le groupe a décidé de faire les choses autrement en parcourant à pied, à vélo et en canot la distance du Lac-Brome à Saint-Hyacinthe en passant par Waterloo, Granby, Bromont, Adamsville, Farnham, Saint-Césaire et Saint-Damase.

Alexandrine Esquilat, Justine Falardeau-Drouin, Charlotte Bergeron Boucher, Ariane Lambert, la technicienne en loisirs Jezabelle Legendre, Carol-Ann Gauthier Marie-Laure Desroches et l'animateur de pastorale (et photographe) Bernard Valiquette, ont vécu sept jours au rythme de la rivière Yamaska.
Pendant 150 km, ils ont vécu au rythme de la rivière, recueillant sur leur chemin photos, vidéos et échantillons d'eau pour documenter leur travail de sensibilisation à venir. Ils sont devenus des témoins de la menace, mais aussi de la résistance qui s'orchestre pour réhabiliter la rivière.

« L'objectif, c'était d'abord de nous sensibiliser davantage et de façon concrète aux problèmes de la rivière, mais nous voulons aussi devenir une courroie de transmission en expliquant notre expérience pour mobiliser d'autres personnes, a expliqué Justine Falardeau-Drouin, une élève de troisième secondaire. Même si on entend parler de la pollution de la rivière et qu'on est au courant du problème, on a l'impression que la situation est devenue normale pour la population, qu'on ne s'en rend plus compte. »

Sur leur route, les étudiantes ont appris à parler un nouveau langage, à comprendre même sous ses facettes les plus scientifiques l'état d'une rivière en déclin. Et chaque jour, elles ont tendu l'oreille à des citoyens et des organismes impliqués à sauvegarder leur rivière en posant des gestes dans leur région.

La technicienne en loisirs Jezabelle Legendre et l'animateur de pastorale Bernard Valiquette avaient organisé des rencontres avec des membres de six comités environnementaux de sous-bassins versants, deux centres de la nature, un parc national (celui de la Yamaska) et un Comité de bassin versant. Ces entretiens ont contribué à étoffer les connaissances des expéditionnaires et à dresser un portrait plus juste de l'état de la rivière.

« Quand on est parti du Lac-Brome, c'était magnifique, a raconté Ariane Lambert, également étudiante en troisième secondaire. Le paysage, mais aussi les gestes que la population et les groupes posent pour changer les choses. Mais plus notre voyage avançait, plus on s'approchait de Saint-Hyacinthe et moins il y avait de travail de fait pour préserver la rivière. Les bandes riveraines sont presque inexistantes et certaines personnes se servent carrément de la rivière et des ruisseaux comme d'un dépotoir. »

Parechoc avant d'une voiture, panier d'épicerie, cyanobactéries et déversements de produits chimiques par la nappe phréatique, les élèves ont vu des scènes aussi alarmantes que saisissantes au fil de leur périple. Pourtant, elles sortent de cette expérience gonflées à bloc.

« ²a n'a pas été facile, autant physiquement que psychologiquement. On a toutes pensé abandonner à un moment ou à un autre quand les blessures nous faisaient souffrir, quand il pleuvait, quand il neigeait ou quand l'énergie n'y était plus. Après avoir relevé ce défi et vu de nos yeux ce qui menace la rivière, on n'a pas le goût de fermer les livres. On veut en parler, continuer et faire bouger les choses », a assuré Marie-Laure Desroches, qui termine cette année ses études secondaires.

Le groupe tiendra des discussions et présentera un résumé de leurs observations auprès des élèves et du personnel du Collège. Certaines ont l'intention de se présenter au conseil municipal de leur région pour raconter ce dont elles ont été témoins, déposer les renseignements accumulés et inciter les décideurs à agir.

Et déjà, une seconde expédition se dessine pour l'an prochain, le temps de terminer la route de Saint-Hyacinthe à l'embouchure de la Yamaska dans le fleuve Saint-Laurent pour avoir ainsi parcouru la rivière du premier au dernier mètre. Et si quelques riverains entraient dans la danse?

Pour revivre en mots, en sons et en images chaque instant de l'expédition Eau secours de la Yamaska, visitez le www.csm.qc.ca/expedition

Alexandrine Esquilat, une élève de troisième secondaire, teste la qualité de l'eau de la rivière Yamaska.

Sac sur le dos et bagage de connaissances dans la tête, les expéditionnaires ont parcouru un mètre à la fois les 150 km qui séparent la source de la rivière Yamaska à Saint-Hyacinthe.


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