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Du gibier libre dans les restaurants : une mauvaise idée
13 mars 2014

Du gibier libre dans les restaurants : une mauvaise idée

Monsieur le Ministre Blanchet,

Le 23 février 2014 dernier, le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs et le ministère du Tourisme ont annoncé un projet pilote permettant à 10 chefs de 17 restaurants de servir du gibier sauvage libre dans 17 restaurants au Québec dont 10 à Montréal. « La chasse et la consommation de gibier sauvage sont intimement liées à notre histoire et à notre patrimoine alimentaire » Effectivement, c’est de cette façon que notre peuple a réussi à s’installer et à survivre sur notre territoire. Des connaissances partagées et perfectionnées de génération à génération ont permis à notre peuple de garder son héritage, protéger cette ressource et profiter de ce privilège de se nourrir d’une faune précieuse.Alors que la chasse était une nécessité pour vivre, elle est devenue à l’heure actuelle un privilège. Pratiquée par des passionnés qui investissent beaucoup de temps et d’argent, la chasse est un style de vie respectueux de la nature et de ce qu’elle offre.Rappelons que ce style de vie est aujourd’hui pratiqué par environ 300 000 personnes au Québec, ce qui représente plus de 500 millions de dollars annuellement.Pour nous, chasseurs, nous ne considérons pas que manger du gibier sauvage libre est un droit de tous les Québécois, nous le considérons un privilège. Le chasseur investit, étudie, protège la nature. Il travaille très fort pour la récolte d’un gibier et il est fier de le partager avec ses proches. Étudier et préparer son terrain des mois à l’avance, observer la faune qu’il essayera de récolter, se lever en plein milieu de la nuit, marcher des kilomètres, écouter la forêt respirer, observer les merveilles de la nature que personne d’autre n’aura la chance de voir, remercier la faune pour ce qu’elle lui permet de prendre et d’utiliser chaque morceau de cette ressource naturelle comme si c’était le dernier, voilà l’essence même du chasseur d’aujourd’hui. Et il a raison, mais là où nous nous opposons à cette réflexion, c’est la prise de gibier sauvage libre pour le vendre ensuite, c'est-à-dire prendre une ressource naturelle et en faire le commerce. Alors qu’il y a déjà des élevages en place auprès desquels les restaurateurs peuvent se fournir sans nuire aux populations de gibiers sauvages libres, tout cela semble un non-sens. De plus, servir du cerf de Virginie libre dans un restaurant, perd tout son sens, car celui qui le sert n’a aucun attachement avec le gibier.Contrairement au chasseur, il ne l’a pas regardé dans les yeux avant de décider de lui prendre la vie, il est indifférent à la viande qu’il sert à des gens qu’il ne connaît pas, bref, il ne connaitra jamais ce qui est l’héritage de la chasse. (...)Pour nous, ce projet ouvrira une porte qui devrait rester fermée pour le bien commun. En effet, les chefs des restaurants impliqués expliquent publiquement de l’avancement du projet vers d’autres espèces de gibiers tel que le dindon sauvage (qui est en plein programme de réinsertion), de l’oie et l’outarde (qui sont des espèces en surabondance, mais pour combien de temps?). Vers quoi vont-ils se tourner ensuite? L’orignal? Notre ressource faunique est trop précieuse et fragile pour être commercialisée. De plus, ces mets seront selon toute vraisemblance, servis à des citadins n’ayant peu ou pas de connaissance de la chasse, de la nature, de son fragile équilibre et de notre héritage. Si ces personnes sont intéressées par ces viandes, il serait préférable et profitable pour la nature de l’économie locale, qu’ils s’investissent réellement en imitant des milliers de Québécois qui suivent leurs cours de chasse, paient leur permis, s’équipent en conséquence et récoltent eux-mêmes la viande. En fait, nous n’avons pas de problème à ce que les restaurateurs servent du gibier dans leurs commerces, tant que celui-ci a été prélevé dans un élevage d’enclos. Pour leurs clients, ils ne verront jamais la différence, et au niveau du goût et de la salubrité, ils seront avantagés puisque la traçabilité et le choix de la nourriture donnée aux animaux seront contrôlés.Pour finir, nous tenions à vous informer que depuis l’annonce de ce projet, nous avons créé un groupe, le Regroupement contre la commercialisation du gibier sauvage. En 72 heures, sans avoir réellement fait de promotion, plus de 2500 membres indignés se sont manifestés. En espérant une réponse de votre part, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, mes sincères salutations. La vente de gibier sauvage pour un aspect mercantile va à l'encontre de l'idéologie d'un développement durable.

Carlo HarriethaReprésentant la RQCCGSSaint-Valérien

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