De la cour d'école à la Commission Charbonneau | Le Courrier
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De la cour d'école à la Commission Charbonneau
28 mai 2014

De la cour d'école à la Commission Charbonneau

Cette semaine, en l’espace de quelques minutes, j’ai entendu deux affirmations qui m’ont fait frissonner. Par une belle journée, je me promenais sur l’heure du dîner pour aérer mon esprit. Malheureusement, je me suis rendu compte, à quel point, nous devons ramer à contre-courant pour effectuer notre travail dans le milieu de l’éducation.

Tout allait bien, j’avais les cheveux dans le vent et l’odeur du printemps me donnait un sourire aux lèvres. Non loin de mon école, il y a un centre régional pour des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation et d’apprentissage (ÉHDAA). Cette école est connue de la population maskoutaine et malheureusement, elle n’a pas la meilleure des réputations. Pourtant, dans ces murs, plusieurs professionnels de l’éducation (techniciens, enseignants, psychologues, etc.) font leur maximum pour aider des élèves qui ont des difficultés. Ils tentent tous les jours de faire cheminer ces élèves le plus loin possible. En arrivant à la hauteur de cette école, j’ai remarqué plusieurs élèves qui s’amusaient à l’extérieur. Ils profitaient, tout comme moi, du printemps. À ce moment, une voiture est passée sur le boulevard en face de l’école. La conductrice a klaxonné. Ensuite, elle a crié : Ostie d’école de marde! Ce commentaire était totalement gratuit. Les élèves de cette école, tout comme les autres, n’ont pas besoin d��entendre ce genre de commentaire. Il faut absolument qu’il y ait un changement de mentalité dans la société si l’on veut que notre système fonctionne. Il faut arrêter de se penser des victimes et plutôt se rendre imputable de nos actes. Un peu plus loin, je m’apprête à dépasser deux travailleuses en santé (elles avaient l’uniforme). En les dépassant, sans le vouloir, je peux entendre leur conversation pendant quelques secondes. La première disait à l’autre que son fils a de la difficulté en chimie de 5 e secondaire. Il échoue avec une note dans les environs de 55 %. Et là, la phrase qui tue : « Je ne comprends pas pourquoi l’école ne le fait pas passer pareil, le directeur m’a dit qu’il ne peut rien faire, que c’est la décision de l’enseignant et que celui-ci maintient son point ». Rendu à ce point, j’étais trop loin pour entendre le reste et c’était probablement une bonne chose. Qu’un parent, qui travaille dans les services publics, trouve que ce n’est pas important que son fils ait les acquis ou pas, ça m’enrage. Ce que j’entends, c’est qu’au lieu d’épauler l’école et de montrer le bon exemple à ses enfants, nous devrions prendre des raccourcis. Ce n’est pas grave si tu ne travailles pas et que tu n’obtiens pas de bons résultats, tu vas voir, je vais m’arranger pour contourner le système et tu vas l’avoir ton diplôme. C’est justement des magouilles comme ça qu’on essaie d’enrayer avec la Commission Charbonneau. Vous me direz que ce n’est pas pareil, moi je vous dirai qu’au bout du compte, le geste est le même, c’est la portée qui est différente. Plusieurs affirment que l’éducation est malade au Québec. Qu’il y a trop de cadres, qu’elle est mal gérée, qu’elle n’est pas productive ni efficace. Des travailleurs de l’éducation on dira qu’ils sont gras durs, qu’ils s’assoient sur leur steak et qu’ils profitent du système. Ils sont chanceux, ils ne travaillent pas l’été. C’est trop facile de jeter le blâme sur l’école quand, de l’autre côté, on ne fait rien pour améliorer la situation. Malheureusement, l’excuse de victime du système est trop facile, il faudrait plutôt tenter de faire partie de la solution.

Jean-Simon Carrier,enseignant au secondaire à Saint-Hyacinthe

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