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Quand le mal est fait, il est trop tard
19 juin 2014

Quand le mal est fait, il est trop tard

Exploiter le gaz et le pétrole de schiste pollue

Tout Québec inc. 1 et ses associés politiques comme les anciens premiers ministres du Québec (messieurs Bouchard et Landry) font de l’aveuglement volontaire. Voilà la seule explication à leur entêtement à vouloir creuser pour aller chercher du pétrole de schiste à Anticosti ou du gaz de la même nature ailleurs dans la province.

Fait : il y a un lien entre l’activité humaine et les changements climatiques. C’est une vérité scientifique reconnue par plus de 90 % des climatologues. Ces experts ne sont pas des économistes, des entrepreneurs ou des journalistes qui peuvent tenter de faire toutes les nuances qu’ils veulent en jouant avec les chiffres et la langue. C’est une vérité brute incontournable : on peut vouloir la voiler, mais elle ne changera pas. Fait : une carotte, un puits, un trou qui rejoint la formation de shale sont là pour l’éternité. Ce qui est contenu au fond du trou va diffuser dans l’atmosphère à moins d’être capté. On ferme les puits en cinq ans avec du ciment. Inévitablement, le ciment se désagrège, laissant échapper les substances. Comme le méthane possède un potentiel de réchauffement trente fois plus grand que le gaz carbonique, il agit comme gaz à effet de serre d'autant de fois plus fortement. Fait : les États-Unis sont devenus un gruyère : tout le gaz non capté se retrouvera dans l’atmosphère. C’est un cataclysme dont on ne mesure pas du tout la portée. Au prochain siècle, on saura le mal qui a été fait.

Exploiter le gaz et le pétrole de schiste pollue

Peut-on tomber d’accord tout le monde avec cette évidence? Les gens de l’industrie vont tenter de minimiser l’importance de ce fait de toutes les manières en faisant miroiter argent et emplois. Les opposants, dont je suis, vont montrer qu’au contraire les dommages seront terribles.

Exagérons-nous les dangers? Peut-être, sauf que dans notre cas, il s’agirait d’erreurs de bonne foi : au meilleur de nos connaissances, nous pensons que la fracturation hydraulique présente des risques que nous ne voulons pas subir collectivement. Nos adversaires veulent faire de l’argent en faisant assumer le risque de pollution à autrui. C’est facile d’envoyer les autres au front à notre place. Un bon général marche en avant de ses troupes : il prend le plus gros risque. Maintenant, nous avons des généraux à cravate qui se battent derrière leurs bureaux dans leur gratte-ciel. Et ils voudraient qu’on les suive? À bas les généraux du Conseil du patronat. La population devra trancher entre les deux versions qui lui sont présentées, parce que l’on veut l’acceptabilité sociale. Elle est nécessaire pour procéder en vertu des lois et aussi parce que l’industrie veut se présenter comme responsable. L’ennui c’est qu’on ne s’entend pas sur l’outil de mesure. Les opposants aussi en ont assez des consultations. Réglons la question une fois pour toutes : faisons une consultation démocratique, un référendum. Notre territoire, notre risque, notre décision.

Marie-Ève Mathieu Militante écosocialiste et présidente du comité contre les gaz de schiste de la Vallée des Patriotes

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