19 janvier 2012
Petite histoire de la raquette maskoutaine (2)
Par: Le Courrier
Le club Zou-Zou était très actif à Saint-Hyacinthe au tournant des années 1910. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH085-008-000-0023.

Le club Zou-Zou était très actif à Saint-Hyacinthe au tournant des années 1910. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH085-008-000-0023.

Les raquetteurs se rassemblent

La semaine dernière, nous avons vu qu’à Saint-Hyacinthe un premier club de raquetteurs fut formé par des militaires au début des années 1860. Il faudra attendre près de deux décennies avant que cette activité ne prenne véritablement son envol en sol maskoutain.

Comme l’affirme l’historien Donald Guay, les premiers clubs de raquetteurs sont surtout formés d’anglophones provenant des grands centres urbains et leurs activités sont surtout sportives. « À la fin des années 1870, le centre d’intérêt se déplace nettement. Sans disparaître, les courses en raquettes occupent, à partir de 1879, une place de moins en moins importante bien que l’on observe une prolifération exceptionnelle des clubs de raquettes : une quarantaine existent simultanément à Montréal et dans la région immédiate de la ville, une douzaine à Québec, une douzaine d’autres dans les villes de Trois-Rivières, Saint-Hyacinthe et Sherbrooke », souligne l’historien. Assurément, la pratique de la raquette évolue et les Canadiens français manifestent plus d’intérêt pour la dimension sociale de cette activité. Il n’est guère surprenant de voir le nom de Saint-Hyacinthe associé aux autres grands centres régionaux comme Trois-Rivières et Sherbrooke, car on remarque ici une certaine effervescence dans la pratique d’activités sportives dans le dernier quart du XIXe siècle. Ce mouvement est directement tributaire de l’industrialisation de la ville. Il faut mentionner qu’à partir de 1871, la municipalité encourage fortement le développement industriel. Alors que la population était de 3 695 personnes en 1861, elle passe à 5 321 en 1881 et à 7 016 en 1891. Comme Saint-Hyacinthe affiche alors un dynamisme à plusieurs niveaux (politique, économique, judiciaire, religieux et culturel), il est normal que le domaine des sports se développe avec la même ferveur.Ainsi, à la fin des années 1870 et au cours des années 1880, à l’instar de ce qui se passe dans les grands centres urbains, le patinage et la raquette demeurent les principales activités de plein air dans notre communauté en hiver.

Les raquetteurs se rassemblent

Au début de 1877, on note la présence du Club de Raquette Royal, alors que les membres donnent un grand concert promenade en compagnie des Royal Fusiliers. L’activité se termine dans la salle du marché où les spectateurs assistent à des chants, de la musique et des récitations.

Deux ans plus tard, on jette les bases du Club de raquettes de Saint-Hyacinthe. On décide alors de « former un club de raquette composé des soldats de la compagnie No 1 de Saint-Hyacinthe et de la bande, avec pouvoir de s’adjoindre des membres en dehors de ces deux corps ». N.J. Chaput est élu président, alors qu’Eugène Sicotte en est le secrétaire. Pendant plusieurs années, le jeune Sicotte, qui deviendra notaire et shérif du district de Saint-Hyacinthe par la suite, signera les convocations aux activités du club dans les journaux. Par exemple, en mars 1879, Le Courrier publie cette annonce : « Il y aura une marche en raquette ce soir. Tous les membres du club sont invités à se réunir à l’arsenal à 8 hrs P.M. Aussi, dimanche après-midi, si le temps le permet, le corps de musique fera partie de cette excursion. »En janvier 1884, le club semble bien organisé. En semaine, les membres effectuent des sorties le mardi et le vendredi soir : « Les membres du club de raquettes de Saint-Hyacinthe se sont promenés dans les rues de cette ville, mardi soir, avec torches allumées et précédés du magnifique corps de musique de la Société Philharmonique. La procession était jolie à voir, et les membres sont allés saluer le maire de la ville M. L. Côté, qui les a invités à entrer chez lui et a fait les honneurs de sa maison avec sa politesse ordinaire. » Par la suite, les raquetteurs se rendent à la résidence d’Eusèbe Brodeur, le président de la Philarmonique. On peut présumer de la féérie du spectacle, puisqu’à cette époque les rues sont enneigées et ne sont pas encore éclairées. Quant aux dimanches, les raquetteurs se réunissent en après-midi et marchent vers La Présentation ou Saint-Pie. Mais seuls les plus vigoureux ont le courage de faire l’aller-retour. Le 24 février, le club organise des courses. Des membres de clubs montréalais « Le Canadien » et « Le Trappeur » participent à l’événement. Les spectateurs assistent avec enthousiasme à ce spectacle inusité : course au clocher (à obstacles), un mille, 1/4 de mille, 100 verges, 2 dans 3 et 220 verges sans raquettes. On poursuit les festivités à la salle du Bazar de l’Hôtel-Dieu où l’on salue dignement les visiteurs montréalais.À suivre…

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