12 octobre 2017
Aide sociale
Quand le bâton condamne à l’itinérance
Par: Le Courrier

À compter de l’an prochain, le gouvernement du Québec mettra en place son programme Objectif Emploi afin d’obliger les nouveaux demandeurs à l’aide sociale à suivre un « Plan d’intégration à l’emploi ». Ceux qui accepterons verront leurs prestations augmenter jusqu’à 260 $ par mois. Ceux qui refuseront verront leurs prestations réduites de 56 $, 112 ou de 224 $.

Je travaille dans l’ACEF Montérégie-est et chaque semaine, mes collègues et moi rencontrons des personnes sans revenu (Eh, oui! Cela existe) ou en attente de revenus. Souvent, la demande à l’aide sociale a été faite, mais on demande un ou des documents, ce qui retarde d’autant le traitement de la demande. Pendant ce temps-là, la personne ne dispose d’aucun revenu.
À l’ACEF, nous avons toujours plaidé à l’importance de sortir les gens de la pauvreté et même de l’aide sociale. Ce n’est pas vrai qu’on peut vivre aujourd’hui avec 628 $ ou 761 $ par mois. Augmenter les prestations des assistés sociaux pour leur permettre de suivre une formation ou une mesure d’employabilité, nous sommes d’accord, même si nous trouvons que la bonification est trop basse. Si on veut donner le goût aux personnes de travailler, il faut leur offrir les avantages qu’ils auraient sur le marché du travail.
Notre principal problème, ce n’est pas la carotte liée à ce programme, c’est plutôt le bâton : la réduction pouvant aller jusqu’à 224 $ pour les gens qui refuseraient de s’y engager. Réduire la prestation à 404 $ par mois, c’est condamner les gens à l’itinérance, les mettre dans une situation où la criminalité devient un mode de survie.
C’est pour cela que pour nous, c’est une mesure inhumaine. Dans une société juste et équitable, le recours à un bâton de ce genre n’a pas sa place. Il jettera à la rue des gens qui ont plutôt besoin de compassion et d’être soutenus. En fait, il s’attaque aux plus vulnérables de notre société.
En passant, le nombre d’assistés sociaux n’a jamais été si bas au Québec. Alors, cherchez l’erreur…

Roger Lafrance
Directeur et conseilleur budgétaire
ACEF Montérégie-est

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