7 mars 2019
Incendie de la Place Frontenac
Reconstruire, la volonté de Patrick Dillaire
Par: Martin Bourassa

Propriétaire de la Place Frontenac en compagnie de sa conjointe, Patrick Dillaire a rendu hommage au travail des pompiers du Service des incendies de la Ville de Saint-Hyacinthe. On le voit en compagnie du chef Jocelyn Demers. Photo François Larivière | Le Courrier ©

La démolition complète de la Place Frontenac devrait s’imposer sous peu. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le propriétaire de la Place Frontenac, l’immeuble commercial et résidentiel détruit par l’incendie du 27 février au centre-ville de Saint-Hyacinthe, n’est pas du genre à se laisser abattre. Loin de là. Moins de 48 heures après le violent sinistre, Patrick Dillaire, qui possède cet immeuble patrimonial avec sa conjointe Christine Tétreault depuis 2010, avait déjà le mot reconstruction à la bouche lors d’une longue entrevue qu’il a accordée au Courrier de Saint-Hyacinthe. L’optimisme était de mise.

« Je vais reconstruire, ce n’est même pas une possibilité, c’est une certitude. Et cela ne prendra pas 15 ans, car si c’est le cas, ce sera à cause de la Ville. Mais pour l’instant, j’ai une incroyable collaboration des autorités municipales. Le maire et toute l’équipe souhaitent que la reconstruction se fasse le plus rapidement possible. Nous allons prendre le temps de bien faire les choses, mais cela ne prendra pas des années. »

La grande question est de savoir quoi exactement reconstruire sur ce terrain stratégique. « J’ai des idées et des promoteurs m’ont déjà approché, je l’avoue. Je n’ai pas nécessairement besoin de m’associer avec des gens pour rebâtir, mais je ne ferme pas la porte pour autant. J’ai les moyens de me débrouiller seul, il faut juste que je réfléchisse à mon affaire. Il faut trouver la bonne vocation. »

Il rêve à voix haute d’un immeuble locatif avec ascenseur qui marierait à la fois la modernité et le style patrimonial du centre-ville, avec un rappel de ce qu’était la Place Frontenac. Un immeuble qui s’intègrerait parfaitement dans son environnement, à l’arrière du Marché public revampé. Il voit encore un potentiel commercial au premier plancher, mais il se demande s’il voudra y reloger des restaurants.

« Des bureaux professionnels où des boutiques spécialisées seraient peut-être préférables, mais tout cela reste à définir. Je ne suis pas rendu là. »

Forcément, cette coûteuse reconstruction devrait aussi modifier quelque peu la vocation résidentielle de l’immeuble qui abritait au moment de l’incendie une clientèle avec des moyens limités. « Il faudra étudier le marché pour se positionner dans le bon créneau, en fonction de la clientèle et du potentiel du centre-ville », dit-il.

Un premier incendie

Avec générosité, Patrick Dillaire a accepté de raconter les dernières heures tumultueuses qu’il venait de vivre. Tout avait débuté le dimanche soir précédent quand un premier incendie s’était déclaré dans l’un des restaurants de l’immeuble.

« Mon concierge qui demeure au-dessus du restaurant a été alerté par une forte vibration. Il a vite réalisé qu’une chaufferette ou une fournaise au gaz dans l’entrepôt derrière était en cause. Les gicleurs de l’immeuble ont fait leur travail et les pompiers sont intervenus rapidement. On m’a dit que cela ne valait pas la peine que je revienne de Floride, que les dommages étaient relativement mineurs. »

Au sujet des fameux gicleurs de la Place Frontenac, il souligne que l’immeuble en était pourvu sur les trois étages et qu’ils étaient tous fonctionnels. Après la tragédie de L’Isle-Verte, il avait procédé à la révision complète du système et investi environ 125 000 $ dans sa mise à niveau, en collaboration avec la Régie du bâtiment du Québec. « En ce qui concerne la sécurité du bâtiment, je dormais sur mes deux oreilles. Je n’ai jamais lésiné avec ça », assure-t-il.

… puis un deuxième!

Quand le téléphone de Patrick Dillaire a sonné une seconde fois mercredi, il avoue que sur le coup, il a cru qu’on lui faisait une mauvaise blague.

« Tu me niaises? », a-t-il répondu à son interlocuteur.

Cette fois, il n’a fait ni une ni deux. Il a sauté dans le premier avion disponible, à 21 h 20. Sur le chemin du retour, c’est en consultant la page Facebook du COURRIER, où des images et des vidéos de l’incendie avaient été mises en ligne, qu’il a vraiment pris conscience de la gravité de la situation. Il s’est finalement présenté sur le site à 2 h 20 au petit matin du 28 février où un spectacle désolant l’attendait.

« Je n’ai pas pris le temps de m’apitoyer sur mon sort, ma priorité était de me consacrer à mes locataires, pour les rencontrer un à un et m’assurer que tout le monde était correct. Ce sont tous du bon monde, ces gens-là. Ils ne sont pas très fortunés et si certains avaient des assurances, je ne peux pas dire si c’était le cas pour l’ensemble des sinistrés. Je les ai donc aidés du mieux que j’ai pu, car je suis redevable à ces gens-là. C’est en partie grâce à eux que je suis devenu ce que je suis devenu. Il n’est pas question de les laisser tomber et je vais veiller à leur relocalisation avec le support des organismes du milieu », a poursuivi M. Dillaire.

Sur la cause du second incendie, le propriétaire de la Place Frontenac estime que c’est un malheureux incident, en lien avec les travaux entrepris à la suite du premier sinistre. « Il n’y avait pas de courant à l’intérieur et le grill a été ouvert pour réchauffer la place et les ouvriers. Il semble que la chaleur se soit accumulée dans la hotte et ait enflammé les graisses accumulées dans le conduit. Un employé a même courageusement vidé tout le contenu d’un extincteur dans la hotte, mais cela n’a pas suffi. »

Le feu s’est propagé lentement, mais sûrement à l’intérieur de la vieille structure de bois, provoquant une fumée dense qui a envahi une partie du centre-ville.

« Je salue le travail des pompiers, ils ont fait un travail extraordinaire dans les circonstances. Si cet incendie avait eu lieu le vendredi avec les forts vents, je n’ose imaginer ce qui aurait pu arriver. Mon immeuble est à terre, mais au moins le centre-ville est encore debout aujourd’hui. Nous allons nous relever tranquillement », ajoute-t-il.

Patrick Dillaire précise à cet effet que son immeuble était bien assuré.

« Il y a encore une partie debout, mais il n’y a plus rien à faire avec ça. Il y a un risque d’effondrement et l’endroit a été sécurisé. Je pense que la décision qui s’impose sera de tout raser et de repartir à neuf. C’est ce qu’on va faire », a-t-il conclu.

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