7 septembre 2017
Nouvelle clinique
Robin 1 Fondation 0
Par: Martin Bourassa

On dit qu’il ne faut jamais mêler affaires et sentiments. Nous venons d’en avoir une preuve éloquente avec l’annonce de la construction d’une clinique par le Groupe Robin à Saint-Hyacinthe.Celle-ci devrait regrouper au même endroit le groupe de médecine familiale (GMF) Maska, en réunissant ses trois clinques de Saint-Hyacinthe, et le Centre radiologique de Saint-Hyacinthe. D’autres services devraient s’y greffer.
En théorie, il est question d’une nouvelle installation moderne, mais qui ne devrait pas améliorer dans l’immédiat la couverture médicale à Saint-Hyacinthe en faisant apparaître de nouveaux médecins de famille. En apparence, voilà une petite nouvelle anodine et un investissement comme bien d’autres penseront certains. Sauf qu’en pratique, les répercussions sont énormes, du moins pour la Fondation de l’Hôpital Honoré-Mercier. Il faut savoir que celle-ci travaillait depuis plus d’un an déjà sur un projet de carrefour de santé situé à proximité de l’hôpital Honoré-Mercier.
Elle avait créé à cet effet un OSBL privé connu sous le nom Multi-Services Santé Richelieu-Yamaska. Ce dernier avait acquis à gros (trop?) prix la Place Blanchet dans l’espoir d’y regrouper dans un premier temps un groupe de médecine familiale et une clinique de radiologie. Par la suite, on envisageait d’y greffer d’autres services dans l’espoir d’y installer une des Super Cliniques envisagées par le ministre de la Santé et susceptibles d’offrir plus de 80 heures de plage sans rendez-vous pour les patients orphelins ou ne pouvant avoir accès rapidement à leur médecin de famille.
Ce projet, cet espoir, cet enthousiasme, tout cela vient de s’envoler et ne tient plus, sinon qu’à un mince fil. Le Groupe Robin a flairé une belle occasion d’affaires et il a foncé dans le tas. Au diable la Fondation Honoré-Mercier.
Au final, il l’a coiffée au fil d’arrivée. Faut-il blâmer le Groupe Robin de chercher à brasser des affaires et à profiter de toutes les ouvertures possibles? Cette entreprise maskoutaine ne serait sûrement pas rendu où elle est aujourd’hui si elle s’était contentée d’attendre bien sagement dans son coin les contrats et les opportunités.
On le répète, il n’y a pas de place pour les sentiments en affaires.
La question essentielle à se poser, à la lumière des récents événements, est plutôt la suivante : y avait-il de la place en affaires et dans un secteur aussi compétitif et retors que celui de l’immobilier commercial pour la Fondation Honoré-Mercier? Dans la même veine, était-elle assez rompue aux pratiques dans ce domaine pour se lancer dans pareille aventure? Était-ce dans son mandat?
On raconte que ce projet n’a pas fait l’unanimité au sein du conseil d’administration et que des mises en garde avaient été servies par des gens expérimentés. En vain. Ce qui n’a pas empêché la Fondation Honoré-Mercier de foncer tête première en achetant la Place Blanchet pour 5,8 M$, et ce, en confiant un mandat à Denise Cloutier, une administratrice bénévole de la Fondation Honoré-Mercier qui est également agente d’immeubles dans la vie de tous les jours. Elle a empoché au passage une commission de 145 000 $ et siège toujours à la dite fondation. C’est encore aujourd’hui l’une des seules gagnantes au terme de cette transaction, outre l’heureux vendeur.
De toute évidence, ce projet de carrefour santé n’était pas aussi bien ficellé que le croyait la Fondation et son OSBL. Avait-elle en main des engagements fermes et juridiquement solides des médecins avant de se lancer à l’eau? « Nous avions des engagements des médecins du GMF Maska et aujourd’hui, je constate qu’ils ne les respectent pas. Nous n’avons pas les moyens de baisser les bras », a dit Mark Jarry, porte-parole de Multi-services Santé Richelieu-Yamaska.
On devine sans mal que l’organisme n’a pas les moyens de baisser les bras.
A-t-il seulement les moyens de continuer à supporter ce qui devient dans sa forme actuelle un beau rêve inachevé et a-t-il les moyens de poursuivre en justice des médecins s’il s’estime réellement lésé? On aura peut-être la réponse avant longtemps. Parlant de réponse, la Fondation Honoré-Mercier devra en fournir un jour ou l’autre, elle qui traverse une bien mauvaise année sur le plan de la visibilité. Espérons qu’elle ne souffrira pas de cette mésaventure. Il est vrai qu’une fois mal pris, l’OSBL pourra demander à Mme Cloutier de vendre la Place Blanchet à rabais… ou à Robin!

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