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Ici, on vend enfin du gaz naturel!

1 février 2018

Biométhanisation

Ici, on vend enfin du gaz naturel!

Le directeur général de la Ville de Saint-Hyacinthe, Louis Bilodeau; le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil; la ministre de l’Environnement du Québec, Isabelle Melançon; la présidente d’Énergir, Sophie Brochu; le vice-président de L’Oréal Canada, Jean-Victor Pycke, et le directeur du service de la gestion des eaux usées et de la biométhanisation de la Ville, Pierre Mathieu, lors de la traditionnelle coupe du ruban. Photo François Larivière | Le Courrier ©
La vente de gaz et les montants perçus pour traiter les résidus organiques des entreprises vont rapporter à la Ville 5,8 M$ en 2018, selon les prévisions municipales.   Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le gaz naturel produit à l’usine de biométhanisation de la Ville de Saint-Hyacinthe peut finalement être vendu à Énergir [la nouvelle identité de Gaz Métro], concrétisant ainsi l’imposant projet amorcé en 2008 par la municipalité.

L’inauguration officielle des installations a eu lieu le vendredi 26 janvier en présence de nombreux élus, dirigeants d’entreprises impliquées et dignitaires. Le maire Claude Corbeil était fier d’annoncer l’aboutissement de ce projet qui permet de valoriser les résidus organiques des citoyens et des entreprises de la région en biométhane, un gaz naturel dit renouvelable puisqu’il est produit à partir de matières résiduelles.
Initialement prévu pour le 1er avril 2017, ce n’est qu’à partir du 4 décembre de la même année que la municipalité a pu commencer à injecter son gaz naturel dans le réseau d’Énergir, a confirmé le directeur général de la Ville, Louis Bilodeau.
Saint-Hyacinthe attendait en effet les derniers certificats d’autorisation provenant du ministère de l’Environnement, qui n’ont été délivrés qu’à la fin 2017, a précisé le DG. Faute de pouvoir écouler ses surplus de gaz, la Ville n’avait alors d’autre choix que de les brûler.
Rentable en 2018
Maintenant opérationnelle, l’usine de biométhanisation devrait générer des revenus de 5,8 M$ pour l’année en cours, a annoncé le maire Claude Corbeil. Une fois sa vitesse de croisière atteinte (voir autre texte), elle devrait produire chaque année 13 millions de m3 de gaz naturel renouvelable, voire davantage.
Les besoins annuels de la municipalité pour alimenter sa flotte de véhicules fonctionnant au gaz naturel (quatorze à l’heure actuelle et huit en voie d’être convertis) et chauffer certains bâtiments (dont le centre de congrès) se limite à 1,25 million de m3 de gaz, ce qui laisse tout le reste disponible pour la vente. C’est sans compter les économies annuelles de 500 000 $ en coûts d’énergie et de 1,5 M$ en transport et enfouissement des boues d’épuration estimés par la Ville.
En plus du biométhane, l’autre produit obtenu au bout de ce processus est le digestat, un terreau qui peut être épandu sur les terres agricoles ou les espaces verts municipaux. Pour l’instant, la Ville l’offre gratuitement à des producteurs.
Projet emballant
À terme, plus de 200 000 tonnes de résidus organiques seront valorisées chaque année à l’usine de Saint-Hyacinthe, ce qui entraînera une réduction annuelle de 49 000 tonnes de gaz à effet de serre, l’équivalent de la consommation de 13 000 voitures sur les routes du Québec, a souligné la ministre de l’Environnement du Québec, Isabelle Melançon. « Vous êtes des champions! », a-t-elle lancé tout sourire aux Maskoutains.
Tout aussi emballée, la présidente d’Énergir, Sophie Brochu, s’est rappelé sa réaction lorsque l’initiative maskoutaine en biométhanisation lui a été présentée pour la première fois. « Le projet nous a soufflés », a-t-elle avoué. Pouvant maintenant se targuer d’inclure de l’énergie renouvelable dans son réseau de gaz naturel, Sophie Brochu a reconnu que Saint-Hyacinthe « a tiré [Énergir] vers le haut » en matière environnementale.
La présidente d’Énergir a aussi tenu à reconnaître l’implication de l’entreprise L’Oréal Canada, qui a manifesté très tôt son intérêt envers le gaz naturel renouvelable pour alimenter ses usines montréalaises, récemment devenues carboneutres. Même si le gaz produit à Saint-Hyacinthe intègre le réseau d’Énergir, qui dessert ensuite tous ses clients, L’Oréal accepte de payer davantage pour recourir symboliquement au biométhane produit à Saint-Hyacinthe. Une excellente nouvelle pour la Ville, qui obtient ainsi un prix de vente bonifié auprès d’Énergir pour son biométhane.
Terre d’innovation
Alors que plusieurs autres projets de biométhanisation voient le jour un peu partout au Québec, le maire Corbeil a souligné « le titre de pionnière » que la Ville de Saint-Hyacinthe a acquis en la matière, saluant ainsi l’ancien maire Claude Bernier, puisque c’est sous son administration que le projet a pris son envol il y a maintenant une décennie. « Il fallait avoir de la vision », a vanté le maire actuel. Saint-Hyacinthe devient d’ailleurs la première municipalité au Québec à injecter du gaz naturel renouvelable dans le réseau d’Énergir.
Alors que la plupart des autres installations de biométhanisation municipales visent d’abord à traiter le contenu des bacs bruns ou les boues d’épuration, l’usine de Saint-Hyacinthe, en misant sur un apport important en matières organiques provenant des entreprises agroalimentaires, se démarque par l’ampleur de sa capacité de production. L’usine maskoutaine se positionne ainsi comme la plus importante installation du genre au Canada et la cinquième au monde.
Ce qui est encore plus « exceptionnel », d’après le maire Corbeil, c’est que le projet a été « développé et réalisé à l’interne », a-t-il précisé en soulignant au passage le travail de Pierre Mathieu, qu’il a consacré « père de la biométhanisation à Saint-Hyacinthe ».
Les investissements de la municipalité dans ce projet se chiffrent à près de 27 M$. Considérant les subventions de 42,2 M$ du gouvernement provincial et de 11,4 M$ du fédéral, l’enveloppe totale atteint 80 M$.

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