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Mener sa terre à bon « porc » : un défi pour harmoniser agriculture et environnement

 

9 mars 2017

Mener sa terre à bon « porc » : un défi pour harmoniser agriculture et environnement

 

Billy et Cindy Beaudry et leurs enfants. Photo Johanne Brunet

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec 16 producteurs agricoles qui, à l’été 2016, ont participé au projet Le photographe est dans le pré. Ces producteurs étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs, sensibles à la préservation des ressources, qui ont mis en place de bonnes pratiques agroenvironnementales sur leur ferme. Les agriculteurs participants s’impliquent tous bénévolement au sein d’un comité de bassin versant de la MRC. Consultez le site Internet de la MRC pour en savoir plus sur ce projet. 

Cette entrevue avec Cindy Beaudry, de Saint-Valérien-de-Milton, est la troisième de la série. Elle était jumelée au photographe Pierre Lacroix. 

 

La Ferme Beau-Porc est une entreprise familiale qui a été transmise à Cindy et son frère Billy par leurs parents en 2010. La famille Beaudry possède encore des porcheries sur différents emplacements et cultive des terres espacées sur un grand territoire réparti dans cinq municipalités.

L’entreprise s’est concentrée sur le porc d’élevage pendant longtemps. Un drame familial récent et la crise du marché porcin ont fait en sorte qu’elle se trouve actuellement en pleine mutation. 

« Nous songeons à faire un transfert de nos activités davantage vers la culture de produits de consommation en plus des grandes cultures. Je m’occupe de comptabilité, de mise en marché et de marketing tandis que mon frère s’occupe des champs. On se consulte pour tout, mais chacun a son domaine d’action particulier », raconte Cindy.

En qualité de producteur agricole, quelles actions avez-vous mises en place sur vos terres pour améliorer la qualité de l’eau des fossés et ruisseaux?

« Notre entreprise exploite 600 hectares de terres agricoles en rotation de maïs, soya et blé selon une approche qui demande un travail minimum du sol, ceci afin d’en préserver l’intégrité et la structure. On utilise surtout des engrais naturels et le fumier de porc diminue les achats d’engrais. On s’est procuré le système Ydrop qui permet, avec un lecteur du taux de chlorophylle présent dans les feuilles, de déterminer automatiquement si on doit mettre de l’engrais ou non », mentionne Cindy.

Pour ce qui est des bandes riveraines, elles sont respectées partout. Ce sont surtout des espaces qui bordent des fossés pour permettre de diminuer le lessivage du sol de surface. Et elle insiste : «  On a une conscience écologique. On ne veut pas que des pesticides se retrouvent dans l’eau ».

Aussi, les Beaudry sont très fiers de la culture du blé d’automne, une pratique récente qui permet de conserver le sol en s’assurant qu’il n’est jamais laissé à nu grâce à l’utilisation d’engrais verts après la récolte, ce qui limite l’érosion, en plus d’apporter une production intéressante. 

Comment vos actions ont-elles aidé à améliorer la diversité des plantes indigènes, oiseaux, etc. sur vos terres?

Depuis quelques années, Cindy s’est lancée dans un nouveau créneau agricole : la culture des edamames, une sorte de grosse fève soya qui se mange comme légume. Commercialisées sous le nom «  EDA Nature », les fèves sont congelées et prêtes à manger après blanchiment. 

« C’est cultivé sans pesticides une fois semées. Il y a donc une tolérance dans le champ envers les mauvaises herbes et autres plantes indigènes. Ce n’est pas classé bio, mais c’est sans OGM et entièrement naturel. »

Cindy en cultive cinq hectares, mais l’intention est d’augmenter la production. « On expérimente aussi le contrôle des plantes indésirables en introduisant d’autres plantes utiles. C’est à l’essai, mais prometteur. »

Elle poursuit : « Le travail du sol est réduit. On n’a plus de charrue. Ça coûte moins cher et ça augmente la biodiversité. Ça sauve les vers de terre. On a aussi observé que la couche organique devient plus épaisse sur le sable. Le sol est amélioré. À certains endroits, la bande a été élargie à 3 mètres, là où il y a des décharges. Ça permet d’éviter les dégâts quand il y a des gros coups de pluie. L’herbe est laissée haute pour ménager la petite faune. »

Le respect des bandes riveraines, depuis 10 ans, a permis certaines observations : les crapauds, hirondelles bicolores, chevreuils et dindons sauvages sont abondants. « On a aussi observé des zones de la terre qui sont peu productives parce que souvent inondées. On songe à en faire une zone de protection des terres humides », indique la jeune productrice.  

Des haies antiodeurs ont été plantées autour des porcheries, ce qui contribue également à augmenter la biodiversité. 

Comment voyez-vous la collaboration entre les différents groupes de producteurs agricoles?

Les clubs-conseils en environnement sont une source de formation importante grâce aux rencontres qu’ils organisent avec les producteurs agricoles. Ça permet d’échanger sur les bonnes pratiques. On trouve aussi de bonnes sources d’information sur les réseaux sociaux et les forums de discussion. On communique avec des gens comme nous qui sont passionnés par la terre et qui sont ouverts aux nouvelles façons de faire. 

« Dans notre génération, les jeunes, il y a une belle pensée d’ouverture de l’agriculture vers la protection de l’environnement. Tous les jeunes producteurs que je connais sont conscientisés envers l’environnement. Les agriculteurs en font beaucoup et on aimerait que ce soit mieux reconnu », avoue-t-elle. 

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