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Informer et sensibiliser les agriculteurs pour agir avec connaissance

19 janvier 2017

Informer et sensibiliser les agriculteurs pour agir avec connaissance

Nicolas Giard  Photo François Dumaine

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec 16 producteurs agricoles qui, à l’été 2016, ont participé au projet Le photographe est dans le pré. Ces producteurs étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs, sensibles à la préservation des ressources, qui ont mis en place de bonnes pratiques agroenvironnementales sur leur ferme. Les agriculteurs participants s’impliquent tous bénévolement au sein d’un comité de bassin versant de la MRC. Consultez le site Internet de la MRC pour en savoir plus sur ce projet. 

Cette entrevue avec Nicolas Giard, de Saint-Hyacinthe, est la deuxième de la série. Il était jumelé au photographe François Dumaine. 

Quelles actions avez-vous mises en place sur vos terres pour améliorer la qualité de l’eau des fossés et ruisseaux?

Au début dans ma pratique agricole, je ne voyais pas tellement l’impact de mes pratiques sur l’environnement. J’avais vu mes parents faire et c’était correct à l’époque de semer jusque dans le fossé. Mais à la longue, on a appris de nos erreurs et, plus ou moins consciemment, on s’est tournés vers des pratiques plus durables.

J’ai adopté le semis direct d’abord parce que ça coûtait moins cher, mais je me suis rendu compte que cette pratique diminuait l’érosion et les décrochages le long des ruisseaux. D’une pierre deux coups, j’ai protégé les cours d’eau naturels tout en éliminant plusieurs fossés collecteurs qui transportaient les eaux de ruissellement jusqu’au ruisseau principal. Au final, ceci contribuait à améliorer l’eau qui se jette dans la rivière. Je me suis rendu compte que l’établissement de bandes riveraines avait ces mêmes avantages en les bonifiant. La bande riveraine réduit l’impact du glyphosate que je dois utiliser comme herbicide, malgré que j’en utilise beaucoup moins depuis que le semis direct est bien établi, et l’herbicide reste au sol sans aller jusqu’au cours d’eau. Jusqu’à présent, je n’ai pas appliqué dans mes champs la méthode des cultures intercalaires qui permettraient, par exemple, d’implanter la luzerne ou autre plante florifère captatrice d’azote dans le sol. Mais ça pourrait être envisageable à plus ou moins court terme. J’ai des collègues qui en sont rendus là dans l’évolution de leur pratique pour une meilleure gestion environnementale de la terre. Leur argument, c’est que le coût des engrais, sans cesse en augmentation, rend les solutions alternatives plus intéressantes.

Comment les pratiques agroenvironnementales mises en œuvre sur vos terres ont-elles contribué à améliorer la diversité de la faune et de la flore? 

Je contribue à l’amélioration des bandes riveraines, en particulier le long du ruisseau des Douze près de la Réserve naturelle, et j’ai aussi, sur mes terres, beaucoup de cours d’eau sur lesquels je projette également d’améliorer les bandes riveraines. J’ai commencé par simplement tasser mes rangs de maïs de manière à élargir la bande riveraine qui se développe avec une végétation plus naturelle. Ce n’est pas compliqué et c’est assez efficace. C’est sûr qu’on retrouve de plus en plus de variétés de plantes sauvages qui arrivent dans ces espaces avec la petite faune qui en dépend, comme une plus grande variété d’oiseaux, d’insectes utiles, etc.

Comment voyez-vous la collaboration entre les différents groupes d’intervenants du secteur agricole?

En étant président d’un comité de bassin versant, je suis impliqué dans la sensibilisation auprès de mes collègues agriculteurs. Les ressources du comité me permettent d’être davantage informé sur les enjeux environnementaux liés à l’agriculture. J’avoue que moi-même, j’en apprends chaque jour sur ces questions. C’est une prise de conscience qui se fait très progressivement pour tout le monde. Personnellement, j’exploite une porcherie à la limite de quartiers résidentiels. J’ai planté des arbres tout autour justement pour diminuer les odeurs désagréables. Ils sont encore petits, mais l’intention est là. Aussi, pour les épandages, je fais très attention pour rester à une bonne distance des cours d’eau. Il faut aussi garder espoir, car la formation que reçoivent les jeunes agriculteurs est très différente de la formation reçue par la génération précédente. Par exemple, les jeunes sont davantage conscients des risques pour la santé en lien avec l’utilisation des pesticides.

Je rajouterais que l’utilisation des pesticides nous a été imposée par l’industrie. Nous n’avions pas vraiment le choix, car il n’y avait alors aucune alternative aux semences enrobées. Mais, avec les recherches faites au niveau des compagnies qui nous approvisionnent en produits de contrôle tels que les fongicides, insecticides et herbicides, ainsi que grâce aux nouvelles dispositions de la loi sur les pesticides, il semble que les agriculteurs auront davantage de choix pour leurs semences et que ce sera possible d’avoir des semences non enrobées avec des néonicotinoïdes. D’autres produits d’enrobage se développent et les agronomes seront bienvenus dans leur rôle de soutien et de conseiller. 

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