27 décembre 2018
Sylvie Cloutier, une peintre plus grande que nature
Par: Olivier Dénommée

Sylvie Cloutier a exposé ses toiles un peu partout, au Canada, aux États-Unis et jusqu’en Chine, mais c’est à la Galerie d’art Richelieu de Montréal qu’il est actuellement le plus facile d’admirer ses toiles, dont plusieurs de grand format. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Dès l’âge de 12 ans, la Maskoutaine d’origine Sylvie Cloutier disait à sa mère qu’elle deviendrait professeure d’arts plastiques. Près de 50 ans plus tard, dont 32 ans à enseigner les arts à divers niveaux, on ne peut pas dire qu’elle s’était trompée. Depuis deux ans, l’artiste peintre demeurant aujourd’hui à Belœil se consacre pleinement à son art, mais n’oubliera jamais son fascinant parcours, qui a un peu débuté à la Polyvalente Hyacinthe-Delorme, là où elle a découvert à quel point les arts feraient partie de sa vie.

Après avoir fait des études artistiques, puis en pédagogie, Sylvie Cloutier s’est fait offrir à seulement 22 ans une expérience inusitée : celle d’enseigner dans les pénitenciers. « J’étais encore toute jeune et je ne connaissais rien du milieu carcéral ni des détenus. C’était loin d’être Unité 9 et j’étais terrorisée… mais j’ai dit oui quand même. » Elle a finalement enseigné pendant sept ans dans « les pens » et a su se faire respecter par les détenus. « J’ai vu des professeurs se faire casser la gueule devant mes yeux, mais moi, il ne m’est jamais rien arrivé. Je respectais mes élèves et ils me respectaient. Cette expérience a fait de moi celle que je suis devenue », soutient Mme Cloutier.

Son parcours l’a ensuite amenée à travailler pour la Commission scolaire Marie-Victorin, plus spécifiquement à école Mgr-A.-M.-Parent à Saint-Hubert, un milieu défavorisé où Sylvie Cloutier a su faire une différence dans la vie de plusieurs jeunes. « La créativité s’exprime différemment, et c’était à moi de les amener à créer. Des parents me disaient que j’amenais de la couleur dans la vie de leurs enfants et certains ont poursuivi une carrière en art », relate l’artiste qui y a passé « les 17 meilleures années de [s]a vie ».

Textures à l’honneur

Parallèlement à son travail, Sylvie Cloutier a toujours continué de peaufiner son art, inspirée par les artistes comme Picasso, Braque et son idole, Vassily Kandinsky. « J’ai commencé à incorporer le collage en 1997 et, depuis, je dois en faire partout! » Chaque toile de l’artiste contient des éléments collés, que ce soit du papier ou de la corde, par exemple, lui donnant une texture sur laquelle travailler. Les œuvres abstraites de Sylvie Cloutier sont aussi remarquables par la présence d’estampillage (à l’aide de pièces de caoutchouc gravées) et de formes géométriques simples.

« Jusqu’à il y a deux ans, l’énergie dans mes toiles était apportée par mes élèves. Je peignais souvent à l’école après les classes avec eux », précise l’artiste. Au moment de l’entrevue, elle venait de compléter une imposante toile, Hivernal, au style plus épuré. « Il y a quelque chose de reposant dans mon travail et des plages de repos que je ne pouvais pas avoir avant », mentionne celle qui se plaît particulièrement à travailler sur grand format (notamment 60 x 60 pouces).

Le travail d’une vie

Malgré les années d’expérience, le défi de Mme Cloutier demeure de savoir quand arrêter de peindre. « C’est la quête d’une vie! Je ne pourrais pas dire non plus le temps que je passe sur une toile parce que chaque œuvre m’amène à la prochaine. Je suis toujours en recherche. Je vais apprendre toute ma vie. » Selon elle, son secret demeure « la rigueur, l’effervescence, le sparkle », confirmant au passage qu’elle est choyée de toujours pouvoir faire ce qu’elle a envie de faire dans son art.

Avec sa flamme toujours bien présente, la Maskoutaine devrait se tenir très occupée en 2019, où elle continuera à toujours peaufiner son art avec sa signature bien à elle.

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