19 octobre 2017
Maintenir la végétation dans une zone inondable en pente
Un défi relevé en famille!
Par: Le Courrier

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec 16 producteurs agricoles qui, à l’été 2016, ont participé au projet Le photographe est dans le pré. Ces producteurs étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs, sensibles à la préservation des ressources, qui ont mis en place de bonnes pratiques agroenvironnementales sur leur ferme. Les agriculteurs participants s’impliquent tous bénévolement au sein d’un comité de bassin versant de la MRC. Consultez le site Internet de la MRC pour en savoir plus sur ce projet.

Cette entrevue avec Martine Rainville, de Saint-Hyacinthe, est la neuvième de la série. Elle était jumelée à la photographe Annie Beauregard.

Martine Rainville est de la troisième génération d’agriculteurs sur cette ferme que le grand-père a transférée aux parents de Martine en 1987.
Elle a étudié à l’Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe, en Gestion et exploitation d’entreprise agricole. Puis, en 2002, elle s’associe avec ses parents sur la ferme familiale. Son conjoint, Jean-François Ménard, a reçu sa formation au Cégep de Saint Jean sur Richelieu, en Gestion et exploitation d’entreprise agricole. Il a travaillé et pris goût à l’agriculture depuis son adolescence, alors qu’il était employé dans différentes fermes. Après ses études, il est employé à la coop de Granby comme expert ruminants. Il a exercé cette profession pendant 10 ans, avant de prendre la relève de la ferme avec Martine. Aujourd’hui, le couple est heureux de partager ses passions avec ses trois enfants, et un dernier petit ange est attendu pour février.
Le transfert de la ferme familiale des parents de Martine au couple Ménard-Rainville s’est fait en 2011. Elle compte 100 arpents, 45 kilos de quotas ainsi que les bâtiments d’élevage et la machinerie nécessaire à l’exploitation. Le reste des terres de la famille Rainville, soit 265 arpents, appartient à Daniel et Louise, les parents de Martine. Celles-ci sont louées par Martine et Jean-François. Daniel et Louise s’impliquent beaucoup dans l’entreprise familiale qui se concentre dans la production laitière et les grandes cultures en alternance de maïs, soja et foin.
En tant que producteur agricole, quelles actions avez-vous mises en place sur vos terres pour améliorer la qualité de l’eau des fossés et ruisseaux?
Près de la rivière, une forte pente causait un problème. Malgré le nivellement du terrain, en 2013, le problème était toujours présent. Le nivellement avait l’avantage de favoriser le drainage de surface, mais le ruissellement et l’érosion n’avaient pas diminué. Il se formait des ravines dans la pente, ce qui intensifiait davantage les dégâts.
Dans cette partie, dorénavant, nous avons choisi d’établir une culture pérenne de luzerne. La culture est fauchée à l’automne et récoltée, mais comme les racines persistent, elles permettent de conserver le sol en place. La luzernière dure environ trois ans.
Après trois ans, on pourra mettre du maïs ensilage, qui se récolte en septembre, sans travailler le sol dans cette zone à risque. Le maïs sera intercalé avec une autre plante de couverture afin de couvrir le sol en permanence.
Dans le reste de nos champs, les tiges de maïs laissées sur place sont déchiquetées. Le déchiquetage aide au contrôle de la pyrale du maïs, qui ne peut survivre en dehors de la tige. Ceci diminue tout autant la quantité de pesticides nécessaires pour une bonne récolte. Dans ce même objectif, notre famille s’est dotée d’un GPS, ce qui évite les dédoublements d’épandage de pesticides et d’engrais chimiques.
En matière de fertilisant, le fumier naturel est privilégié, autant le lisier de porc qui provient d’un voisin que le fumier de vache. Avec toutes ces mesures, la quantité d’engrais chimique est diminuée afin de valoriser l’engrais organique. Pour le futur, notre objectif est de faire des cultures sans OGM pour nourrir nos animaux.
Comment vos actions ont-elles aidé à améliorer sur vos terres la diversité des plantes indigènes, oiseaux, etc.?
À partir de 2017, les insecticides dans le maïs vont changer : Lumivia va remplacer le Poncho. Nous croyons qu’il sera plus sécuritaire pour l’environnement et moins à risque pour les pollinisateurs. Jean François et moi sommes très conscients que les pesticides peuvent s’infiltrer dans la nappe phréatique ou même se diluer dans les eaux de ruissellement ou de drainage si l’application n’est pas faite de façon appropriée. C’est une préoccupation et les avenues proposées par la lutte intégrée semblent pour le moment intéressantes.
La bande riveraine dans la zone inondable dépasse les demandes de la règlementation. Elle est laissée le plus possible au naturel. L’entretien est minimal et consiste seulement à enlever ce qui pourrait éventuellement causer un problème, comme un arbre qui risque de tomber au mauvais endroit, par exemple.
Nos terres ont aussi des bandes riveraines le long d’une branche du ruisseau Delorme et notre famille s’est impliquée sur le comité des bassins versants Delorme et Ferré.
Comment voyez-vous la collaboration entre les différents groupes de producteurs agricoles?
Jean-François et moi considérons que la communication entre les divers producteurs et experts est essentielle pour améliorer les pratiques. Si les actions qui sont réalisées sur notre terre peuvent inspirer d’autres producteurs, à notre tour, nous nous inspirons des actions adoptées par nos collègues agriculteurs. Très important : la formation continue est essentielle. L’avenir des entreprises agricoles, c’est leur rentabilité et leur pérennité, nous en prenons donc soin comme nos parents et grands-parents en ont pris soin, afin que nos enfants puissent un jour en profiter eux aussi.

-Micheline Healy

image