14 avril 2016
60 000 Maskoutains d’ici 2020, mission possible ou impossible?
Par: Le Courrier

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J’ai lu avec beaucoup ­d’intérêt les deux textes de ­­l’édition du Courrier du jeudi 7 avril ­portant sur ce sujet et je souhaite ici vous apporter quelques éléments de ma ­réflexion appuyée par mon ­expérience des dix années passées à la direction de la Chambre de commerce et de l’industrie Les Maskoutains lors ­desquelles j’ai eu à piloter des comités de travail portant sur les fuites ­résidentielles (1999-2000) et sur les enjeux de la ­démographie pour la région ­maskoutaine (2003) ainsi que des États généraux de 2007.

Dans un premier temps, j’applaudis à cet objectif que se sont donné le maire et les membres du conseil municipal peu après leur entrée en poste, en début ­d’année 2014. Avec les autres priorités adoptées en appui à cet objectif, au moins avons-nous là ce qui ressemble à une vision du développement de notre ville, ce qui a manqué pendant bien longtemps à l’administration ­municipale. Et, quelle serait notre ­réaction si jamais, ce qui est bien ­possible, cet objectif n’est atteint qu’à 60 ou 70 %? Bien, moi, j’applaudirais ­encore en me disant qu’au moins ils ­auront travaillé dans la bonne direction. Mon vote serait presque promis!

Les fuites résidentielles : un obstacle majeur à la réussite

Lors des études mentionnées plus haut, nous avions pu constater l’importance des fuites résidentielles, soit le nombre de personnes travaillant ici, mais ­demeurant à l’extérieur de la MRC. Toutefois, à ce moment, ce nombre était compensé de façon à peu près égale par celui de personnes demeurant ici, mais travaillant à l’extérieur de la MRC.

Deux conséquences importantes, ­parmi d’autres, découlent de ce phénomène des fuites résidentielles. Un, toutes les dépenses importantes d’un ménage telles le logement dont l’achat d’une ­propriété, la nourriture, les vêtements, la culture et les loisirs sont faites hors de notre économie locale. Et deux, le bilan de la scolarité moyenne de la population maskoutaine en est affecté et se retrouve parmi les plus faibles de la Montérégie considérant que ces fuites résidentielles sont le fait, en grande majorité, de gens de profession – 75 à 80 % des médecins, entre autres, habitent en dehors de la MRC, tout comme une majorité des ­professeurs de la FMV, du Cégep ou de l’ITA – ce qui entraine que leur bilan ­académique suit le lieu de résidence et non le lieu de travail.

Or, ayant participé au récent Forum économique de la Chambre de ­commerce et de l’industrie lors duquel une mise à jour du portrait socioéconomique de la région a été présentée, j’ai été des plus étonnés, voire sidérés, de constater que le « déficit » de population lié aux fuites résidentielles avait presque doublé avec près de 11 500 travailleurs demeurant hors de la MRC alors qu’il était à quelque 6 500 personnes lors de notre étude de 2003.

Il importe donc de développer des ­stratégies ciblées et de se mettre en mode « grande séduction » pour attirer et retenir ces gens qui occupent ou vont venir ­occuper un emploi chez nous. Malgré que le gouvernement du Québec ait resserré les actions potentielles des municipalités en matière de « programme de bienvenue » comme le rabais de taxe foncière, les autorités municipales de Saint-Hyacinthe doivent se faire créatives pour pouvoir réussir cet objectif de 60 000 Maskoutains d’ici 2020.

Notre région compte sur un atout ­primordial, soit des emplois en quantité et en qualité qui en fait une des régions les plus choyées en cette matière.

Un bon produit ou un bon prix?

Je vais me permettre une image pour ­illustrer ma pensée… Une municipalité, c’est en quelque sorte un commerce de détail à très grande surface, laquelle a pour compétiteur d’autres municipalités pouvant avoir d’autres forces et ­faiblesses. Tel un commerce ou une ­entreprise, une municipalité doit donc déployer un « mix marketing » pour vanter ses qualités et ses produits pour séduire, attirer sa clientèle et, surtout, la fidéliser. Voilà, pour l’image!

Sur le plan de l’offre résidentielle, Saint-Hyacinthe présente une certaine diversité qui s’est élargie ces dernières années. Toutefois, on lui a maintes fois reproché son manque de vision et d’harmonisation urbanistique. Certains fortunés ­argueront qu’il n’y a pas de quartier haut de gamme comparativement à une certaine ville voisine, dotée, comme presque seul attribut, d’une bien belle montagne!

Il importe de savoir que, comme dans tout objet de consommation, le prix n’est pas le premier critère de décision d’un ménage pour s’établir à tel endroit ou tel autre. Effectivement, selon les recherches en marketing, les facteurs « prix » et « incitatifs » arrivent généralement au quatrième rang dans le processus ­décisionnel. Dans le cas de l’achat d’une nouvelle résidence, les premiers facteurs seront :

* le choix d’une localité en fonction bien souvent du lieu de travail ou des perspectives d’emploi;

* le produit résidentiel lui-même… Il faut savoir qu’au-delà du prix, les ­acheteurs potentiels ont les mêmes ­attentes : quartiers paisibles, espaces verts, pistes cyclables et sentiers ­pédestres, qualité de la construction, ­sécurité, etc.;

* la qualité de vie et des services offerts.

Une fois ces trois premiers facteurs « comblés » chez l’éventuel acheteur, le facteur « prix » et « incitatif » prendra toute sa valeur et, généralement, il en parlera avec d’autres éventuels acheteurs.

Considérant qu’un développement ­domiciliaire d’importance a été annoncé ces derniers mois sur le site de l’ancien Club de golf La Providence (j’y habite d’ailleurs), il importe que son plan d’aménagement soit conçu en vue ­d’exercer une force d’attraction pour des clientèles bien ciblées, et ce, d’autant plus qu’il pourrait s’agir là d’un dernier projet de cette importance (au-delà des 1 000 unités d’habitation) avant un bon bout de temps si l’on tient compte du fait que le périmètre de la ville est pratiquement fermé en raison du zonage agricole qui l’entoure. Dans un tel espace, il faut faire attention à ne pas tomber dans le piège facile de la densité, mot qui revient souvent dans les conversations, au risque de « dénaturer » ce milieu presque ­naturel. Dans mon esprit, la densité doit d’abord être mise de l’avant dans l’espace plus urbain d’une municipalité.

Au chapitre de la qualité de vie…

Au cours des dernières années, la Ville a investi des sommes importantes pour « rafraîchir » ses équipements au niveau des loisirs : centre récréoaquatique, ­arénas, terrains de soccer et de football, centre culturel Humania, centres de ­loisirs de quartiers, etc. En fait, du rattrapage à la fois nécessaire et bien ­réalisé. Une offre de loisirs donc qui peut maintenant agir comme élément d’attraction auprès de la clientèle des jeunes familles, entre autres. Mission ­accomplie donc de ce côté!

Un nouvel élément au chapitre de la culture pourrait venir faire une différence importante, voire cruciale… et là, je vais « prêcher pour ma paroisse »… Depuis dix ans maintenant, deux organismes ­culturels professionnels, EXPRESSION, le centre d’exposition de Saint-Hyacinthe et le Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, oeuvrent en commun à l’implantation d’un Musée du patrimoine régional et de l’art contemporain. Et, depuis quatre ans maintenant, les deux organismes se sont associés avec La Médiathèque ­maskoutaine en vue d’implanter le ­Complexe culturel maskoutain (CCM) au sein duquel serait intégré le Musée ­régional. Ce CCM constituerait une ­infrastructure culturelle majeure pour la ville de Saint-Hyacinthe en regroupant sous un même toit la Bibliothèque, le Musée régional et le Centre d’histoire, formant ainsi un BAM pour Bibliothèque/Archives/Musée, un projet unique au Québec qui viendrait conférer un ­aspect distinctif en matière de culture pour Saint-Hyacinthe. Ce troisième lieu qui vient compléter son milieu de vie après l’habitat et le travail (ou, les études).

Les trois organismes travaillent dans une belle synergie au sein d’une Table de concertation pour l’implantation de ce magnifique projet, Table que je préside depuis l’an dernier. À nos yeux, ce projet est un incontournable pour le développement futur de notre ville, au même titre que le Centre de congrès et le projet de viaduc Casavant. Saint Hyacinthe ­viendrait reprendre ainsi la place importante qu’elle a jadis occupée en matière de culture.

Alors, mission possible ou impossible?

J’ose me montrer optimiste et je dirais qu’il s’agit d’un objectif fort ambitieux pour remplacer le terme « démesuré » du Rapport de SOM.

Et, cet objectif deviendra impossible à réaliser si les membres du conseil municipal et la direction de la Ville croient y arriver tout seuls. Ils doivent faire appel aux forces vives de ce milieu pour mettre en place les stratégies ciblées pour faire le maximum de chemin vers cet objectif.

Le premier pas demeure, dans mon ­esprit, de travailler à arrêter cette ­hémorragie que constitue les fameuses fuites résidentielles et cela ne se fera qu’avec de solides collaborations et des engagements avec les entreprises et les institutions de notre milieu pour attirer ici ou retenir les futurs ou nouveaux ­employés de même que les finissants de nos institutions postsecondaires.

Nos élus ont aussi en main des projets qui devraient devenir structurants pour faire évoluer son « mix marketing » et jouer sur l’attraction de nouvelles ­clientèles. Le viaduc Casavant devrait ­faciliter la fluidité de la circulation, le Centre de congrès jouera sans doute son rôle de belle vitrine pour ses visiteurs, la rénovation du Marché public viendra ­revigorer notre magnifique centre-ville tout comme la rénovation de la terrasse Gérard-Côté viendra agrémenter le tissu urbain aux abords de la rivière.

Et, imaginez une offre culturelle fortement améliorée pour le plus grand bénéfice de la population maskoutaine actuelle et celle à venir avec la réalisation du projet de Complexe ­culturel maskoutain.

60 000 Maskoutains d’ici 2020, il ­appartient aussi à chacun des Maskoutains actuels d’y croire et d’y mettre ses propres efforts.

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