7 novembre 2019
À la bonne place au bon moment!
Par: Le Courrier

La culture biologique pratiquée à la Ferme J. R. favorise grandement l’amélioration de la biodiversité d’un territoire. Cette méthode culturale, interdisant les applications de pesticides, d’engrais chimiques et l’utilisation de semences OGM, permet à la faune, à la flore, aux insectes et aux microorganismes du sol de vivre et de se développer dans un environnement sain. Photo Laurent Jourdain | MRC des Maskoutains ©

Laurent Jourdain et Stéphane Potvin. Photo Laurent Jourdain | MRC des Maskoutains ©

Stéphane Potvin. Photo Laurent Jourdain | MRC des Maskoutains ©

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec une dizaine de producteurs agricoles qui ont participé à la 2e édition du projet Le photographe est dans le pré. Ils étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs qui s’appliquent à préserver la biodiversité de leur milieu de vie et de travail. Stéphane Potvin et Julie Riendeau ont accueilli chez eux le photographe Laurent Jourdain.

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La ferme J. R. est la propriété de Jules Riendeau depuis bien des années. Sa fille Julie a épousé Stéphane Potvin et le couple est venu s’établir à la ferme en 2013. Stéphane s’est alors vu offrir de prendre la relève d’une autre ferme qui était en transfert biologique, à Saint-David. Il a accepté et délaissé la conserverie où il travaillait. À 37 ans, il voulait devenir son propre patron.

À partir de 2014, Jules Riendeau a consenti à ce que son gendre s’occupe de ses terres à Saint-Jude avec Julie et, en 2016, Stéphane prend officiellement la relève de la terre à Saint-David. Depuis trois ans, avec sa conjointe et son beau-père, il cultive la ferme de 500 acres à Saint-David et la ferme J. R. à Saint-Jude pour un total de 1000 acres en exploitation biologique.

Quelles actions avez-vous posées pour améliorer la biodiversité?

« On n’utilise pas de poison. Nos semences ne sont pas traitées et on n’utilise pas d’herbicides. On cultive comme à l’époque de nos grands-parents, mais avec la technologie du moment. » Stéphane est impressionné par la présence d’une multitude d’abeilles et il a également observé celle de nombreux oiseaux de proie. Pour toute personne qui visite la ferme, il est facile de constater que c’est un paradis de biodiversité. La maison a été construite en plein milieu d’une petite forêt tout près de la route.

Stéphane raconte pourquoi il est sensible aux milieux naturels. Ayant travaillé à divers endroits dans le milieu agricole, il a pris conscience de la pollution qui s’est installée graduellement à cause des pratiques en vigueur. Cette prise de conscience a contribué à ce qu’il se dirige vers la culture biologique.

Mais il demeure très humble dans l’attribution de ses mérites pour l’amélioration de la biodiversité sur la ferme. « La raison qui explique pourquoi je fais de la culture biologique, c’est qu’en prenant la relève, j’avais l’obligation de continuer en bio. C’est mon beau-père qui m’a encouragé pour qu’on transforme la ferme de Saint-Jude en biologique. Vu qu’on travaillait ensemble, c’était plus facile d’avoir les deux fermes en biologique. Les bandes riveraines, on les protège. En bio, on est obligé d’avoir une bande tampon. On laisse des bandes de trèfle de 30 pieds entre les voisins et tout le tour des champs. »

Quels bénéfices en tirez-vous?

Julie et Stéphane parlent du bonheur de réaliser un désherbage mécanique qui fonctionne grâce à leur ingéniosité. « Après des années en conventionnel avec des herbicides, le résultat n’était pas toujours concluant. Maintenant, on a le contrôle. Quand on passe le peigne, on voit le soja bouger comme si on lui peignait les cheveux et on trouve ça beau », image Julie. Stéphane approuve : « Julie me fait penser à mon côté “enfant”. » Julie poursuit : « Quand on passe avec nos machines sur un crapaud, on fait juste le brasser, il revire à l’envers, puis il se relève. On protège tout ce petit monde incluant nos poules qui se promènent dans le champ. » Elle ajoute qu’elle est aussi très reconnaissante de ne pas être en contact avec du poison et elle en apprécie les bienfaits pour son bien-être global.

Comment faites-vous pour avoir de bons rendements tout en protégeant l’environnement?

« Pour y arriver, la clé du bio, c’est le désherbage mécanique efficace. Sur la ferme, on utilise une technologie d’origine européenne. » Comme Jules Riendeau est aussi mécanicien, avec Stéphane, ils ont bâti eux-mêmes un équipement en combinant ensemble deux styles de machinerie en une seule machine munie de picoteuses qui travaillent entre les rangs. « Il faut faire l’ouvrage dans le bon temps, avec de bonnes conditions climatiques. »

Stéphane a aussi développé une certaine tolérance à la présence d’autres herbes dans les cultures. « Même s’il y a quelques radis qui poussent, dans une semaine, le maïs va fermer le rang et les radis vont finir par s’épuiser. Une fois la machinerie payée, il n’y a plus de dépenses à faire pour combattre les mauvaises herbes. »

Stéphane ajoute qu’il y a deux ans, la ferme J. R. a construit une fosse pour recevoir les fumiers, ce qui diminue les dépenses de transport. Aussi, avec une culture de conserverie, il n’est pas nécessaire d’avoir un silo puisque toute la récolte va directement à l’usine.

Comment voyez-vous l’agriculture du futur en lien avec la protection de l’environnement?

Stéphane Potvin et Julie Riendeau pensent que des changements vont se faire avec la pression venant des consommateurs. Les producteurs devront adopter des stratégies pour éventuellement répondre aux demandes environnementales qui vont être exigées pour resserrer l’utilisation des pesticides. « On est un peu avant-gardistes sur ça. On pose les gestes avant d’être forcés à prendre cette voie. Ce n’est pas que les agriculteurs n’auront pas le choix, mais connaissez-vous un milieu qui ne va pas à la rencontre des besoins de ses consommateurs? Nous, notre transition, on l’a faite au bon moment et à la bonne place. »

Par Micheline Healy

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