6 décembre 2018
À partir d’aujourd’hui, demain nous appartient!
Par: Le Courrier

Ces derniers jours, on apprenait dans les médias québécois que la Ville de Chambly ordonnait la démolition de la maison Boileau, un édifice patrimonial bicentenaire, chargé d’événements importants dans notre histoire collective – en l’occurrence la rébellion des Patriotes de 1837-1838.

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La décision fut prise sans consultation, très rapidement, comme s’il s’agissait d’une initiative aussi banale que de boucher un nid-de-poule. Une couverture médiatique importante et une vague d’indignations à travers la nation a poussé l’actuel maire à ordonner la reconstruction de la maison sur le même terrain. Détruire et reconstruire : si ce n’est pas de la gestion intelligente, pouvez-vous me dire ce que c’est?

Blague à part, semblerait-il que cet acte d’une ignorance crasse eut un malheureux effet domino. En effet, on apprenait, dans les jours suivants, par le journaliste du Devoir Jean-François Nadeau, que le moulin à farine de L’Isle-Verte, lui aussi bicentenaire, fut partiellement rasé malgré sa valeur historique établie depuis 1962. Quelques jours plus tard, l’enseigne de la librairie Archambault à Montréal, centenaire et emblématique de la métropole, fut retirée. Dans la même semaine, ce fut au tour de la maison Vézina, érigée en 1880 à Saint-Denis-sur-Richelieu, de passer à la moulinette.

C’est comme si, en l’espace d’une semaine, le Québec répétait d’une manière bien triste la chanson du PQ en 1976 : « À partir d’aujourd’hui, demain nous appartient! ». Aux prises d’une amnésie collective tenace, le peuple québécois se tourne vers l’avenir comme une échappatoire à une condition nationale délabrée, fatiguée.

Ce genre de comportement de nos élus a de quoi inquiéter pour la suite du monde. La Ville de Saint-Hyacinthe n’est pas à l’abri de ce comportement autodestructeur et froidement calculateur (ça coûte trop cher!). Qu’on ne pense qu’à la démolition de l’église du Sacré-Cœur-de-Jésus l’année dernière, qui ne laisse maintenant qu’un parc béant, vidé de sa charge sacrée. Après quelques oppositions bien faibles et protestations médiatiques timides, la Ville est allée de l’avant dans l’abattage, et le dossier n’a pas vraiment été abordé lors des dernières élections municipales.

Pour l’instant, rien de bien inquiétant me direz-vous. Mais qu’est-ce qui nous assure que nos monuments emblématiques seront encore debout dans les prochaines décennies? Imaginons un instant Saint-Hyacinthe en 2050. La somptueuse cathédrale Saint-Hyacinthe-le-Confesseur commencera à se faire vieille : fondée en 1880 par l’évêque Louis-Zéphirin Moreau, elle aura 170 ans et probablement que la génération Y n’aura pas renouvelé la « clientèle » de l’église. Un morceau du plafond tombera lors d’une messe, on ordonnera alors sa fermeture temporaire pour inspection, on se rendra compte que les rénovations exigent des sommes importantes et le futur maire, issu d’un milieu déchristianisé, ne verra pas l’intérêt de préserver ce bloc de pierre encombrant.

Si notre cathédrale ne subit pas ce sort, vous m’en verrez content. Mais pensons à tous les autres bâtiments : le marché public, les églises Assomption et Sainte-Rosalie, l’ancien édifice de la douane et l’ancien bureau de poste sur Girouard, les vieux édifices devant le parc Casimir-Dessaulles et bien d’autres… Il viendra bien un jour où les Québécois répondront à la question du regretté Claude Péloquin, comme quoi ils sont bel et bien « écœurés de mourir ».

Nous sommes en droit de regarder l’avenir à court terme avec optimisme, considérant la volonté de la nouvelle ministre Nathalie Roy de créer un répertoire des biens patrimoniaux à risque. Mais ne crions pas victoire avant d’avoir vu les résultats, car pour l’instant, le Québec semble dire qu’à partir d’aujourd’hui, hier ne nous appartient plus.

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