27 août 2020
Projet Christ-Roi
Accueil favorable des élus malgré des inquiétudes pour le logement abordable
Par: Rémi Léonard

Comment concilier la construction d’immeubles locatifs neufs tout en conservant des logements abordables au centre-ville? La solution reste encore à définir. Photothèque | Le Courrier ©

La première réaction du maire Claude Corbeil en voyant le projet immobilier en préparation dans le quartier Christ-Roi a été d’être « agréablement surpris » par l’initiative des promoteurs, a-t-il rapporté ce mardi lors d’un entretien avec LE COURRIER.

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Étonnamment, le maire a affirmé qu’il n’était pas au courant de ce projet « embryonnaire » avant qu’il ne paraisse dans nos pages la semaine dernière. Le représentant de l’entreprise derrière ces acquisitions, Steve Fortier, disait pourtant travailler en collaboration avec la Ville et Saint-Hyacinthe Technopole dans ce dossier.

Un tel projet représente tout de même « une bonne nouvelle » pour le centre-ville, a réagi M. Corbeil, qui salue toute initiative pouvant permettre « l’arrivée d’une nouvelle population » au centre-ville, ne serait-ce que pour donner un coup de pouce aux commerces du secteur. « J’ai hâte de voir la forme que ça va prendre, mais ça me semble un projet sérieux », a-t-il commenté.

Rappelant les investissements publics considérables réalisés ou annoncés au centre-ville au cours de son mandat (restauration du Marché public, nouvelle bibliothèque, futur musée dans l’église Notre-Dame-du-Rosaire, future promenade Gérard-Côté et Place des spectacles, démolitions et aménagements de stationnements, etc.), le maire Corbeil juge que ce genre de projet s’inscrit tout à fait dans la vision développée par le conseil pour « mettre en valeur le centre-ville ».

L’enjeu criant du logement

En parallèle, le maire s’est toutefois dit bien conscient du manque de logements abordables dans la ville et particulièrement dans le secteur. « Je me couche le soir en espérant ne pas me réveiller avec un autre incendie », a-t-il commenté pour illustrer le peu de marge de manœuvre dans le parc locatif. « C’est ma préoccupation numéro 1 », a-t-il renchéri. M. Corbeil a assuré tenir fermement à sa promesse de créer 125 nouvelles unités de logement social, abordable ou communautaire à Saint-Hyacinthe dans les prochaines années, un engagement annoncé en 2019. Même si le conseil avait du même coup rejeté l’idée d’exiger une participation des promoteurs privés à cet effort, le maire soutient malgré tout que des investisseurs sont prêts à se lancer dans ce créneau. Des annonces pourraient se matérialiser ultérieurement, a-t-il laissé entendre.

Cette préoccupation pour le logement est également partagée par le conseiller du secteur, Jeannot Caron. Pour lui, ce projet « ne peut se faire sans préserver le tissu social du centre-ville ». Il croit possible de s’entendre avec le promoteur pour qu’il offre une « compensation » afin de réaliser du logement abordable, ou même pour soutenir les organismes communautaires qui travaillent auprès de la population vulnérable du centre-ville, a évoqué l’élu du secteur. Comme le maire, M. Caron assure par ailleurs que la Ville a plusieurs projets en cours de développement pour offrir plus de logements abordables, sans pouvoir les révéler pour l’instant.

Il a aussi exprimé sa préoccupation pour le patrimoine bâti. Avant d’accorder la démolition de l’ancien presbytère de la paroisse Christ-Roi, il faudra que le comité de démolition se penche sur le dossier et qu’une véritable évaluation de sa valeur patrimoniale soit effectuée, a-t-il rappelé.

L’inquiétude devant la démolition potentielle d’immeubles à logements abordables est tout aussi palpable du côté du Comité Logemen’mêle, d’autant plus que le centre-ville a déjà connu quelques exemples à ce chapitre dans les dernières années. « Il ne faudrait pas que ça se fasse au détriment d’une certaine partie de la population », a indiqué Julie Lanthier, intervenante et conseillère en défense des droits en logement. Elle dit souhaiter que la communauté se questionne sur la manière de « faire une place » au centre-ville pour la population moins nantie, d’autant plus qu’un déplacement en périphérie signifie pour eux un éloignement des différents points de services disponibles au centre-ville.

Questionnée à savoir si elle perçoit une forme d’embourgeoisement gagner le secteur, elle dit trouver que « ça y ressemble ». Malgré tout, elle a invité à réfléchir à la manière de créer une réelle inclusion sociale à travers tous les changements que connaît présentement le centre-ville.

L’église pas touchée pour l’instant

LE COURRIER a également joint Johanne Dufresne, propriétaire de l’ancienne église Christ-Roi, devenue depuis la Salle théâtre La Scène, puisque l’immeuble est situé dans le même quadrilatère que les acquisitions récentes. Elle a indiqué vouloir en savoir plus sur le projet avant de formuler ses commentaires, mais elle a toutefois assuré ne pas avoir été approchée par les promoteurs.

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