11 mars 2021
Action, réaction à l’urgence de Saint-Hyacinthe
Par: Jennifer Blanchette | Initiative de journalisme local | Le Courrier

« Adaptation » est certainement le mot de l’heure depuis le début de la pandémie. Encore plus en milieu hospitalier où chaque modification apportée aux protocoles médicaux se révèle déterminante quant à l’issue de cette crise sanitaire. Retour sur l’état d’urgence qui a frappé le réseau de la santé maskoutain au cours de la dernière année avec l’urgentologue de l’Hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe, le Dr Robert Patenaude.

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Cumulant 34 ans d’expérience en médecine d’urgence derrière le sarrau, il n’y a rien d’étonnant à ce que la rétrospective menée par le Dr Robert Patenaude, à notre demande, culmine sous le signe de la réactivité. En effet, comme il le mentionne lui-même, il aurait été difficile d’être proactif face à un virus quasi inconnu au déclenchement de la pandémie en mars dernier.

Ce manque de visibilité médicale n’a pas empêché l’équipe d’urgentologues de Saint-Hyacinthe de rapidement mettre en place des mesures extraordinaires afin de limiter la propagation de la maladie au sein de la population et, surtout, des anges gardiens. « Grâce à la collaboration entre les équipes de médecine d’urgence, des médecins spécialistes, du personnel infirmier et des infectiologues, très peu de travailleurs de l’urgence ont attrapé la COVID-19. Nous avons énormément misé sur la prévention », félicite l’urgentologue de 64 ans.

À Saint-Hyacinthe, les améliorations et les changements ont été opérés au même rythme effréné que l’évolution de la crise sanitaire. L’urgence a d’abord été séparée en une unité froide et une unité tiède. Cette dernière a ensuite été divisée à nouveau pour inclure une unité rouge lorsque le centre hospitalier maskoutain est passé de « froid » à « chaud » en décembre. Un protocole similaire a été appliqué à l’unité des soins intensifs afin d’éviter les contacts entre les cas positifs et le reste de la clientèle. Le 7e étage de l’Hôpital Honoré-Mercier a été converti en une unité COVID-19 afin de recevoir les patients diagnostiqués positifs et devant être hospitalisés. Sans oublier que ces tours de force ont été réalisés dans une urgence vétuste.

« Lorsque tu as 30 ou 35 patients séparés uniquement par des rideaux, ce n’est évidemment pas la meilleure solution. […] Pour nous, ce fut toute une adaptation, mais nous l’avons fait de façon adéquate et judicieuse avec les moyens du bord, c’est-à-dire au sein d’une urgence dépassée et peu adaptée à cette situation », soutient Robert Patenaude.

Une 2e vague dévastatrice

Plutôt épargné de mars à octobre, l’hôpital de Saint-Hyacinthe a été frappé de plein fouet par la seconde vague de la COVID-19 à l’automne. Si la première vague a été « une surprise », la seconde s’est révélée dévastatrice pour la région maskoutaine alors que le coronavirus s’est infiltré dans les résidences privées pour aînés (RPA) et les CHSLD. Ce léger décalage a néanmoins permis au personnel médical d’observer l’évolution de la situation ailleurs sur la planète et d’améliorer les traitements offerts aux personnes atteintes du virus.

« Au début, dès qu’un patient présentait des problèmes liés à la COVID-19, nous le mettions sous respirateur, alors que cela entraînait beaucoup d’effets secondaires et de décès. Nous avons donc commencé à faire des chambres à pression négative, ce qui a permis de diminuer les cas de complications graves attribuables à la maladie. Même chose pour les facteurs de risques. Nous avons découvert que les patients immunosupprimés, les hypertendus ou encore les diabétiques étaient ceux que nous devions surveiller attentivement. Là encore, ça nous a aidés à réduire les problèmes majeurs », détaille le Dr Patenaude.

Il reconnaît toutefois que, sur le plan « purement médical », les scientifiques n’ont toujours pas déniché un traitement antiviral efficace contre le coronavirus. « Disons que le gros du traitement demeure la vaccination et notre capacité à colmater les éclosions. »

Optimiste, l’urgentologue estime que, si la vaccination va bon train d’ici septembre, le Québec pourrait se retrouver sur la voie de la guérison et même aspirer à un retour à la normale à l’hiver prochain. « Nous aurons peut-être des mini éclosions ici et là, ce qui ne serait pas étonnant puisque le coronavirus est là pour de bon. Il deviendra sans doute comme l’influenza et nécessitera de se faire vacciner annuellement. Mais, en général, nous avons contrôlé la situation adéquatement. Jamais un vaccin n’avait été disponible avant cinq ans et nous avons créé celui-ci en 10 mois. C’est un très bel accomplissement de la science. »

Malgré cela, Robert Patenaude ne peut s’empêcher de remettre en question la pertinence d’avoir maintenu la semaine de relâche au Québec. « Je suis un partisan de la prudence. Personnellement, j’aurais reporté la semaine de relâche, car nous sommes dans une période charnière en ce moment avec l’arrivée des variants. Il ne faudrait pas que la semaine de congé scolaire crée une propagation et que nous tombions dans une troisième vague », avance-t-il.

Beaucoup de décès au Québec

Selon le Dr Patenaude, le taux de mortalité élevé attribuable au coronavirus au Québec s’explique par le surnombre de personnes âgées placées en RPA ou en CHSLD. Il note aussi que plusieurs aînés souffrent actuellement de déconditionnement, c’est-à-dire d’une perte d’autonomie sur les plans physique et mental.

« Si ç’a été pire ici, ce n’est pas parce que nous n’avons pas fait attention ou que nous n’avons pas respecté les consignes. C’est parce que nous regroupons beaucoup d’aînés dans les RPA et les CHSLD. Lorsqu’un virus comme la COVID-19 arrive, il faut que tu aies [en tant que province] d’immenses moyens financiers et humains pour t’occuper rapidement de tous ces résidents et nous ne les avions pas nécessairement au Québec. Donc, mon message, c’est : restez chez vous le plus longtemps possible et obtenez de l’aide à domicile », avance celui qui devrait prendre sa retraite en 2022.

Chose certaine, d’ici à ce qu’il tire sa révérence, le Dr Patenaude a bien l’intention de continuer à pratiquer la médecine en portant un masque, et ce, même si les consignes sanitaires venaient à changer.

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