12 février 2015
Aide sociale : et si on encourageait au lieu de discriminer?
Par: Le Courrier
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M. François Blais,

Ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale

V

oilà quelques jours, vous avez annoncé une série de mesures dans le but de resserrer ­certains critères à l’aide ­sociale. Vous désirez assurer une meilleure équité entre les ­bénéficiaires et les travailleurs, mais à notre avis, vous ne faites que continuer de vous en prendre aux plus pauvres de notre société.

Certaines mesures nous questionnent particulièrement. Par exemple, vous ­voulez mettre fin à l’exclusion basée sur la valeur de la résidence. Ainsi, le propriétaire d’une maison dont la valeur nette dépasserait 142 100 $ se verrait refuser l’aide sociale, sauf pour une aide ­d’urgence qui serait remboursable. Nous recevons régulièrement des chômeurs ayant terminé leurs prestations de ­chômage et nous voyons mal comment une telle mesure peut être équitable. À Granby, la valeur moyenne des propriétés est de 230 000 $ et vendre sa demeure peut prendre des mois, sinon plus. Cette mesure risque de jeter des ex-travailleurs dans l’indigence.

Vos mesures s’attaquent aussi aux ­personnes qui cherchent à améliorer leur sort par des revenus d’appoint ou en louant des chambres supplémentaires. Ainsi, la personne qui omettrait de déclarer tous ses revenus (souvent le recyclage du métal, le ramassage des bouteilles vides ou la mendicité!) verrait sa ­prestation être coupée jusqu’à un ­maximum de 50 %.

Toutes les mesures ne visent qu’un nombre restreint de prestataires, mais elles maintiennent les préjugés face aux bénéficiaires, notamment que plusieurs d’entre eux sont des fraudeurs. S’il y a un aspect scandaleux à l’aide sociale, c’est plutôt dans la petitesse des prestations : 616 $ si vous êtes apte au travail ou 747 $ si vous avez des contraintes temporaires. Essayez donc de vivre avec un tel ­montant! C’est impossible. Ce n’est pas en ­maintenant les gens dans la pauvreté ­extrême qu’on leur donne une chance de s’en sortir.

À l’ACEF Montérégie-est, nous­ ­maintenons qu’au contraire, pour ­encourager les gens à quitter l’aide ­sociale, il faut bonifier les mesures ­existantes pour rendre le travail encore plus intéressant. Nous croyons que l’État devrait encourager les prestataires qui cherchent à améliorer leur sort en ­s’entraidant ou en allant chercher des ­revenus d’appoint. Par exemple, une ­personne seule peut gagner un montant de 200 $ avant de voir sa prestation être coupée. Tout argent supplémentaire est déduit à 100 %. Dans les faits, cette ­mesure encourage plutôt à ne pas gagner plus que le maximum permis.

Nous pensons que le montant de 200 $ devrait être augmenté afin d’encourager les prestataires à travailler davantage. On pourrait aussi bonifier les mesures ­existantes en employabilité et soutenir davantage les organismes oeuvrant dans la réinsertion des assistés sociaux.

Il faut rendre le marché du travail plus intéressant pour les assistés sociaux. Ce n’est pas en leur rendant la vie plus ­difficile et en cherchant à réduire leur maigre prestation qu’on y parviendra. Parmi les prestataires que nous ­rencontrons, rares sont ceux qui sont ­satisfaits de leur situation. Tous cherchent des moyens d’améliorer leur sort et de s’en sortir. Malheureusement, vos mesures ne vont pas dans ce sens.

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