13 juin 2019
Jeunes d’Aujourd’hui
Animés par la passion de l’art oratoire
Par: Le Courrier

C’était il y a 9 ans, dans une école secondaire, à Saint-Hyacinthe… Michèle Lemelin ne le savait pas encore, mais c’était le début d’une grande aventure : celle de Jeunes d’Aujourd’hui.

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En 2010, Michèle Lemelin a 38 ans. Elle est enseignante de français et responsable des activités oratoires à l’École secondaire Saint-Joseph (ÉSSJ). Cette année-là, elle entraîne plusieurs fois par semaine quatre de ses élèves qui participent au concours du Cercle Entreprendre. Leur mission : rédiger un texte sur la thématique de la réussite et le livrer ensuite devant public et jury. Un de ses élèves se démarque. Il s’appelle Alexis Tremblay. Jeune, étourdi et frondeur, il a besoin d’une personne-ressource. D’un mentor. C’est ce que deviendra Michèle Lemelin pour lui. Aujourd’hui, les deux amis sont rendus ailleurs, mais ils n’ont certainement pas oublié d’où ils viennent.

Michèle Lemelin, qui a 47 ans aujourd’hui, raconte : « On le sait que c’est là que tout a commencé. Alexis a eu la piqûre de l’art oratoire alors que moi, je l’avais déjà. Animés par la même passion, on a eu envie de travailler ensemble sur d’autres projets. » Alexis poursuit : « C’est arrivé à un moment important de ma vie, l’art oratoire. J’avais besoin de m’exprimer. Besoin de sortir des idées de ma tête, de les faire vivre et de vivre avec elles. Ce premier concours-là, avec Michèle, a été déterminant. »

En 2011, Alexis fait son entrée au Cégep de Saint-Hyacinthe et s’implique rapidement dans son association étudiante. Il participe activement comme militant et porte-parole aux grandes mobilisations du printemps étudiant. « Le désir de m’impliquer politiquement, de prendre la parole, il a été initié par l’art oratoire. La parole mène à l’action », précise le jeune homme.

Malgré son entrée au cégep et ses nouvelles implications, Alexis offre ses services à son ancienne enseignante. La réponse ne se fait pas attendre bien longtemps. Elle lui propose un emploi d’entraîneur. Ensemble, ils entraînent des dizaines de jeunes en vue du concours d’art oratoire du Cercle Entreprendre. Pour diversifier leur champ d’action et élargir leurs horizons, ils se lancent même dans un nouveau concours, Les Voix de la Poésie. En 2014, c’est la consécration. Les deux collègues devenus amis s’envolent vers Vancouver avec l’un de leurs candidats, Nicolas Desnoyers. Il fait partie des neuf finalistes nationaux du concours des Voix de la Poésie dans la catégorie « Francophone ». Il décroche une troisième place face aux meilleurs jeunes orateurs issus de la francophonie canadienne. Encore aujourd’hui, ils le surnomment affectueusement « Champion ».

« Après 3 ans à travailler ensemble, on savait qu’on avait envie de continuer, mais on avait envie d’aller plus loin. On aimait les concours, on voulait encore y participer, mais on était insatisfaits », explique Michèle Lemelin.

C’est l’été 2014 et les deux complices partent en voyage. Ils visitent l’Allemagne. Un soir, ils attendent avec fébrilité le début d’un spectacle. Après quelques verres, ils s’enflamment. « Et si on réinventait la formule? », se demandent-ils. À leur retour, sous l’impulsion de cette conviction, le projet Jeunes d’Aujourd’hui prend vie pour une première fois.

Alexis propose ce nom parce qu’il est rassembleur et qu’il évoque avec efficacité et précision une mission, un idéal : celui de donner la parole aux jeunes qui habitent le monde et le construisent. Avec Jeunes d’Aujourd’hui, Michèle et Alexis veulent un concours qui fait place à l’art oratoire, mais aussi à d’autres formes d’expression. « Ce qu’on voulait dire aux jeunes, c’est voilà notre concours, vous embarquez, vous restez qui vous êtes et vous vous exprimez avec clarté, avec authenticité sur un sujet d’importance. Pis on va vous écouter », précise Alexis Tremblay.

Pendant deux ans, à l’École secondaire Saint-Joseph, le duo teste son projet avec les élèves de 5e secondaire. En début d’année, les élèves reçoivent la visite de François Avard, auteur et scénariste marquant du paysage culturel québécois. Il leur partage des techniques d’écriture pour générer des idées et pour bien capter l’attention du public. Après la visite de l’auteur de l’émission Les Bougon, c’est aussi ça la vie!, les jeunes écrivent une première version de leur texte. Ils participent à des séances de travail pour partager leurs écrits à leurs camarades de classe, ils affrontent leurs commentaires. Ils écrivent une deuxième, une troisième et même une quatrième version dans certains cas.

Ils mémorisent leur texte et reçoivent des ateliers d’art oratoire pour apprendre à mieux communiquer leurs idées. Ils sont finalement obligés de présenter leur travail devant la classe. Ceux qui le désirent peuvent ensuite participer aux demi-finales du concours à l’école qui mènent à une grande finale devant parents et amis. Chacune des finales de Jeunes d’Aujourd’hui de l’ÉSSJ attire environ 150 spectateurs. C’est inespéré. Inattendu. Les gens sont au rendez-vous et en redemandent. « On a compris qu’il se passait quelque chose, que notre projet avait un avenir », racontent les deux organisateurs.

Michèle et Alexis ont un nouvel objectif : élargir leur bassin de participants. Ils décident de foncer, encore, et de créer un OBNL portant le nom de leur concours. L’OBNL Jeunes d’Aujourd’hui. Ils demandent à Félix Ledoux et Philippe Vézina-Tardif, deux anciens élèves de l’ÉSSJ qui ont, eux aussi, participé à des activités oratoires, de se joindre à eux. Ils acceptent. La mission de l’OBNL est ambitieuse : développer des activités pédagogiques gratuites en communication écrite et orale afin que les jeunes du secondaire et du cégep puissent prendre la parole dans notre société et développer leur esprit critique. « Si Jeunes d’Aujourd’hui, c’est bon pour une école, pourquoi ça ne pourrait pas être bon pour toutes les autres écoles du Québec? », se demande le duo, désormais épaulé par une communauté d’administrateurs allumés.

La première action de l’OBNL est la mise en place d’un concours d’art oratoire pour les élèves de 4e et 5e secondaire, à l’image des concours précédemment organisés à l’ÉSSJ. Un autre ancien élève de Michèle ayant participé au concours de débats oratoires jadis organisé par le Cégep de Saint-Hyacinthe, Léo Bureau-Blouin, le plus jeune député élu dans l’histoire de l’Assemblée nationale sous la bannière du Parti québécois, accepte d’être le porte-parole de l’événement. Il accepte aussi la présidence du jury du concours. Se joignent à lui François Avard, Isabelle Ménard, Lily Pinsonneault et Antoine Côté.

Au mois de septembre dernier, six écoles confirment leur participation au concours : l’École secondaire Saint-Joseph, le Collège Notre-Dame de Montréal, le Collège Trinité de Saint-Bruno, le Collège Saint-Hilaire, l’École internationale de Montréal et le Collège Saint-Maurice. Avec l’aide du conseil d’administration, la première édition provinciale de Jeunes d’Aujourd’hui prend forme. Une heureuse rencontre entre le concours d’art oratoire du Cercle Entreprendre et celui des Voix de la Poésie, avec une bonne dose d’imprévisible.

Le soir du 7 avril arrive. L’ambiance est fébrile, chaotique presque. Mais un joli chaos. Plus de 150 spectateurs se déplacent. Les performances des finalistes sont toutes différentes, originales, touchantes. Plusieurs jeunes sont sur scène pour la première fois. Ils donnent vie aux Jeunes d’Aujourd’hui. ILS sont les jeunes d’aujourd’hui.

Ayant entendu parler du concours Jeunes d’Aujourd’hui, la directrice générale de l’École des Premières Lettres, Marie-Pier Cournoyer, contacte l’OBNL. Elle pose la question : si c’est bon pour des élèves du secondaire, pourquoi pas pour des élèves du primaire? Michèle et Alexis donnent donc des ateliers d’écriture et d’art oratoire dans des classes de 4e, 5e et 6e année. Dix-huit jeunes décident d’aller plus loin. Le soir du 31 mai, devant leurs parents, ils réussissent à faire réfléchir, à sensibiliser et à faire rêver. Les « grands » sont capables, les « petits » aussi. Avec l’arrivée des jeunes du primaire, l’OBNL reste ouvert aux nouvelles idées et aux nouvelles pratiques. La communauté continue à grandir.

Alexis Tremblay et Michèle Lemelin
Fondateurs de Jeunes d’Aujourd’hui

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