8 novembre 2012
Aréna public ou privé, c’est la question
Par: Martin Bourassa

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Changement de programme. Jusqu’à lundi soir, j’avais prévu consacrer mon éditorial de la semaine aux 20 ans de règne du maire Claude Bernier.

Mon opinion sur ce sujet attendra au moins une autre semaine. Il y a plus urgent à commenter à Saint-Hyacinthe la jolie. Je pense à cette forte possibilité que la Ville se tourne vers l’entreprise privée, à savoir la firme Syscomax de Mirabel, pour construire un aréna à trois glaces et l’opérer.L’excitation du conseil est facile à comprendre. Ce n’est pas tous les jours qu’une entreprise privée se pointe chez vous et offre d’investir 15 M$ dans un projet d’infrastructures, en échange d’un terrain et d’un bail à long terme.Dans une Ville qui peine à établir ses priorités compte tenu de l’abondance des projets versus les budgets limités, l’offre tombe à point.Même que le maire peine à contenir son excitation. Il a orchestré une conférence de presse avant même d’entreprendre les négociations avec l’entreprise en question, et d’avoir un semblant d’entente de principe. La Ville estime que cette offre tombée du ciel pourrait lui faire sauver des millions de dollars, disons une bonne douzaine.C’est autant d’argent qu’elle n’aurait pas à investir entre autres dans la rénovation des trois glaces existantes et dans la construction d’une quatrième glace. Et c’est autant d’argent rendu disponible pour satisfaire d’autres besoins jugés prioritaires.Où personnellement je décroche, c’est au niveau de l’empressement du conseil à s’entendre avec le partenaire privé, le sentiment d’urgence rattaché à l’idée de sceller une entente avant la fin de l’année, sans consultation préalable du milieu.Cette même Ville qui tergiverse depuis des mois, voire des années sur un projet de tunnel ou de passage à niveau pour lequel elle consulte et sonde à qui mieux mieux s’apprête en moins de deux à abandonner aux mains du privé trois des quatre glaces de son territoire. Cela représente un tournant, un changement de philosophie majeur et pratiquement irréversible si l’on considère que cette décision va imposer une façon de faire avec laquelle il faudra tous composer pour au moins 60 ans. C’est aussi lourd de conséquences à mon avis que de passer de la Sûreté municipale à la SQ.Ne pourrait-on pas prendre le temps d’y réfléchir deux minutes? Évaluer en collégialité les pour et les contre, impliquer les organisations sportives concernées, établir les besoins et les priorités et ensuite examiner toutes les options disponibles?Je ne dis pas que l’offre de Syscomax n’est pas alléchante et intéressante. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que ce promoteur ne vient pas à Saint-Hyacinthe pour perdre de l’argent. Il vient d’abord, et c’est tout à fait normal, avec l’intention de faire fructifier son investissement à court, à moyen et à long terme.Il nous manque à ce stade-ci de précieuses informations pour évaluer cette proposition à sa juste valeur. Avant de conclure aux économies, encore faudrait-il qu’on nous dise combien il faudra verser chaque année à l’entreprise privée pour louer des heures de glace. On raconte entre les branches que la Ville versera grosso modo l’équivalent d’un million de dollars par année pour la location de 3 000 heures de glace, qu’elle pourra ensuite revendre au rabais, si elle le désire, aux organismes du milieu.Un million chaque année pendant 60 ans, c’est beaucoup d’argent pour quelque chose qui échappera au contrôle municipal. À ce prix, vaut-il mieux être locataire à long terme ou maître chez nous, la question se pose. D’autant plus que ce qui pourrait être économique pour la Ville risque de ne pas l’être pour tout le monde.En premier lieu pour les ligues de garage, clients forcés du privé.Et sur quelle base décidera-t-on de qui pourra ou ne pourra pas réserver des heures à la seule glace publique avec estrades (L.-P.-Gaucher)? Il est faux de croire que l’on pourra faire cohabiter sur la glace publique et à moindre coût de location tout le hockey mineur, le patinage artistique et de vitesse, le hockey scolaire, le Midget AAA et le collégial. Le privé ouvre toute grande la porte à une ère de friction.Et il oblige à des compromis et des accommodements entre le public (la Ville), le privé (Syscomax) et la Société d’agriculture qui devra apprendre à composer avec ce voisin venu d’ailleurs, qui connaît peu ou pas nos habitudes communes.Dans ce dossier plus que tout autre, la précipitation pourrait bien être notre pire ennemi.Un temps d’arrêt est donc demandé par le rédacteur en chef.L’heure est à la réflexion, à la concertation et à la consultation, pas à une signature précipitée à tout prix pour polir un bilan ou lancer une campagne électorale.

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