2 septembre 2021
Municipalisation de l’aéroport
Atterrissage forcé?
Par: Le Courrier
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Bon, le maire de Saint-Hyacinthe n’est pas content du COURRIER. Ce n’est pas une première et sans doute pas une dernière. Claude Corbeil n’a pas apprécié lire à la Une de notre dernière édition que la Ville sera bientôt propriétaire de l’aéroport (aérodrome) de Saint-Hyacinthe et qu’elle est prête à dépenser plus ou moins un million de dollars pour y arriver.

M. le Maire prétend que les négociations se poursuivent entre la Ville et le propriétaire et qu’aucune offre n’a été acceptée à ce jour. Sauf qu’il confirme du même souffle que la vérification diligente, menée par une firme externe, est en cours. Une affirmation qui tend à démontrer qu’une entente est intervenue, sinon à quoi bon donner accès à nos livres et à nos installations à un acheteur si l’offre n’est pas sérieuse?

Cette dernière sera peut-être revue à la baisse à la lumière des vérifications, comme dans toute bonne transaction immobilière, mais attendez-vous à ce qu’une transaction soit conclue. Mais sans doute que le maire aurait souhaité pouvoir attacher toutes les ficelles dans la discrétion absolue, comme la Ville a l’habitude de le faire, avant que la nouvelle ne soit ébruitée.

Puisque c’est Claude Corbeil qui a réactivé le dossier de la municipalisation de l’aéroport lors du lancement de sa deuxième campagne électorale, on lui prête l’intention de clore ce dossier controversé avant de céder sa place. Il lui reste donc à peine trois séances pour remplir sa promesse électorale et lier les mains du prochain conseil.

Controversé dossier, disais-je, dans la mesure où la municipalisation de l’aéroport n’a jamais fait l’unanimité à Saint-Hyacinthe au cours des 25 dernières années. L’idée a toujours fait l’objet de débats entre le milieu économique et les municipalités, puis entre la Ville-centre et la MRC des Maskoutains. Au début des années 2000, tant la MRC que la Ville avaient tour à tour renoncé à acquérir cet actif. En 2003, les élus maskoutains auraient pu l’obtenir pour une bouchée de pain – 75 000 $ –, mais ils s’étaient ravisés au dernier moment.

Et les voilà 18 ans plus tard prêts à saisir ce fruit mûr et à allonger un million de dollars. Les Maskoutains auraient mérité quelques explications, non? Surtout qu’après avoir refilé le dossier à la MRC, le maire Corbeil n’a pas réussi à convaincre ses homologues d’investir dans cet équipement.

À leur décharge, il faut dire que le premier rapport que nous avons obtenu et auquel nous avons fait écho dans notre édition du 19 août n’est pas très vendeur. La firme qui a passé l’aéroport au peigne fin l’an dernier a agité plusieurs drapeaux rouges et noté que l’opérateur ne tient aucun registre des mouvements (décollages et atterrissages). On n’a donc aucune idée de son achalandage réel, ce qui est assez inusité, voire problématique.

Parlant de problématique, l’étude attire l’attention sur une piste en mauvais état, un balisage lumineux non sécuritaire, un manche à vent à relocaliser, un marquage au sol inadéquat, une chaussée de la piste en fin de vie utile et pas assez large, etc. Le prochain propriétaire devra, en plus du coût d’acquisition, investir au moins 3 M$ pour remettre l’aérodrome à niveau. Sans parler des investissements nécessaires pour prolonger la piste, question d’assurer un usage autre que récréatif. Mais cela est plus facile à dire qu’à faire vu son positionnement.

Bref, la Ville est sur le point d’acheter un canard boiteux, mais elle juge que c’est une sacrée bonne affaire. On aimerait partager son enthousiasme et on ne demande pas mieux. Encore faudrait-il pouvoir en discuter. Vu l’historique du dossier et les nuages gris qui subsistent quant à l’état des lieux, le potentiel de l’aérodrome, les retombées anticipées et la rentabilité attendue d’un tel équipement, il aurait été intéressant d’avoir accès à toutes les études récentes.

Intéressant aussi de savoir de quelle façon la Municipalité compte gérer cet équipement. On présume qu’elle sera tentée de reproduire le modèle de gestion déléguée à un opérateur privé comme pour son centre de congrès ou bien qu’elle en confiera les commandes à Saint-Hyacinthe Technopole.

Dans les deux cas, les Maskoutains ne pourront pas réellement suivre son évolution et ça ne volera pas haut du côté de la transparence.

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