23 novembre 2017
Industrie du veau
Au bord de la faillite, Écolait vendue à Délimax
Par: Jean-Luc Lorry
Fabien Fontaine, président-directeur général de Délimax. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Fabien Fontaine, président-directeur général de Délimax. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Fabien Fontaine, président-directeur général de Délimax. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Fabien Fontaine, président-directeur général de Délimax. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le siège social d’Écolait sur la rue Martineau à Saint-Hyacinthe devrait disparaitre du paysage maskoutain.  Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le siège social d’Écolait sur la rue Martineau à Saint-Hyacinthe devrait disparaitre du paysage maskoutain. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Affichant des dettes de plus de 63 M$ et devant faire face à de sérieux problèmes financiers, l’entreprise ontarienne Écolait, dont le siège social est situé à Saint-Hyacinthe, vient d’être vendue à Délimax, son principal concurrent au pays.

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Ces deux géants de l’agroalimentaire au Québec s’illustrent principalement dans le domaine de l’élevage de veau et dans la transformation de cette viande.
Une requête déposée récemment en Cour supérieure pour obtenir l’autorisation de vendre à Délimax des actifs d’Écolait a donné le feu vert à une transaction de 31 M$.
« Même si les opérations d’élevage de veaux d’Écolait sont rentables en soi, la structure financière actuelle d’Écolait n’est plus supportable par ces opérations », peut-on lire dans le document juridique, dont LE COURRIER a obtenu copie.
Début novembre, Écolait s’était placée sous la protection de ses créanciers, en déposant un avis d’intention de faire une proposition.
Les ennuis financiers d’Écolait proviennent principalement de Delft Blue, une filiale aux États-Unis spécialisée dans la production de produits de porc.
On apprend que l’endettement de Delft Blue envers Écolait s’élève à 35 M$. Vers la fin de 2016, avant que les problèmes financiers de la filiale américaine d’Écolait soient insurmontables, les dirigeants d’Écolait avaient été approchés par des représentants du groupe Délimax.
Au cours du printemps 2017, les ennuis financiers d’Écolait s’étaient alors accrus.
« Les dirigeants d’Écolait ont réalisé qu’une entreprise de la taille d’Écolait avec son troupeau de presque 20 000 animaux doit demeurer en continuité d’opérations, sans interruption, et ne peut pas être simplement liquidée comme une autre entreprise pourrait l’être », mentionne la requête.
« L’important dans ce dossier d’acquisition était de conserver les clients de l’entreprise comme les distributeurs et les épiceries. Pour opérer, j’ai besoin d’un autre abattoir », indique Fabien Fontaine, président-directeur général de Délimax, en entrevue au COURRIER.
Les actifs acquis par Délimax regroupent une usine d’abattage et de transformation située à La Plaine qui compte plus de 200 employés, sept fermes corporatives et quelque 70 fermes familiales associées qui alimentent l’usine de transformation.
En plus des 31 M$ en achat d’actifs, Délimax compte injecter 19 M$ supplémentaires pour procéder à la mise aux normes des installations acquises d’Écolait.
Les nouveaux propriétaires sont fiers que les 300 employés d’Écolait conservent leur emploi sous la bannière Délimax. « Grâce à cette acquisition, Délimax et ses filiales feront travailler environ 1500 familles », se félicite Donald Fontaine, copropriétaire avec son frère Alexandre Fontaine de Délimax.
Créances totalisant 63 M$
Dans ce dossier, les créanciers garantis sont la Banque Nationale du Canada (20,2 M$), Financement agricole Canada (4,8 M$) et la Banque Laurentienne (550 356 $).
Il a été envisagé que le prix d’achat à payer soit suffisant pour couvrir toutes les créances prioritaires et garanties par les biens d’Écolait.
Quant aux autres créanciers, le montant des réclamations atteint 36,2 M$ incluant celles de Grober Inc. et Grober Québec (respectivement, 15,5 M$ et 17,7 M$), le plus important fournisseur d’Écolait en nourriture pour ses troupeaux de veaux.
Les créanciers dits ordinaires devraient se partager une somme de plus de 4 M$ offerte par l’acheteur.
« Le juge nous a dit, c’est net de dettes. Donc, le deal est fait. C’est acquis », affirme Fabien Fontaine.
Recours collectif
En plus de devoir des comptes à ses créanciers, Écolait fait également face à des procédures judiciaires que l’entreprise conteste.
En avril 2016, la Cour d’appel avait autorisé un recours collectif contre cet intégrateur.
Cette décision permettait à un groupe de producteurs de veaux mené par Peggy Lambert d’exercer une action collective contre Écolait.
Le procureur de Mme Lambert, Me Paul Biron soutenait que « les éleveurs seraient engagés dans un cercle vicieux d’endettement dont ils ne peuvent sortir, ce qui crée une situation d’exploitation sévère, car Écolait contrôle les revenus et dépenses tout en prêtant des sommes portant intérêt ».
« Peggy a tenté à deux reprises récemment, sans succès, de saisir les biens d’Écolait avant jugement, sur la foi d’allégués suivant lesquels le recouvrement de sa créance serait mis en péril lors d’une vente éventuelle de ces biens », fait état la requête.
Interrogé sur le possible dénouement de cette action en justice, Me Biron nous a mentionné ne pas connaître, pour le moment, l’issue des procédures.
LE COURRIER a demandé au dirigeant de Délimax pourquoi ne pas avoir attendu qu’Écolait déclare faillite avant de procéder à son acquisition.
« Il y avait des risques que des intérêts étrangers mettent la main sur Écolait, répond Fabien Fontaine. Nos concurrents européens sont largement subventionnés. Ainsi, ils peuvent investir dans les mises à niveau nécessaires pour leurs installations. »
La personne désignée au dossier par la firme de syndic montréalaise, Richter groupe conseil, Benoit Gingues, n’a jamais donné suite aux appels du COURRIER. 

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