23 août 2012
Auteure maskoutaine récompensée par ses pairs
Par: Le Courrier
Inspirée par les cabanes du Québec, Marjolaine Deschênes entame l'écriture d'un 5 e livre de poésie, provisoirement intitulé <em>Cabanes et femmes</em>.

Inspirée par les cabanes du Québec, Marjolaine Deschênes entame l'écriture d'un 5 e livre de poésie, provisoirement intitulé Cabanes et femmes.

Auteure de trois livres de poésie, Marjolaine Deschênes a reçu, cet été, une seconde bourse de mi-carrière de 20 000 $ en recherche et création du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).

Et ce n’est pas la première fois que l’écrivaine de Saint-Bernard-de-Michaudville est récompensée pour son oeuvre. En 2010, elle a reçu une première bourse de 15 000 $ pour l’écriture d’un quatrième recueil de poésie intitulé Comme autant de haches qui paraîtra aux Éditions du Noroît en 2013.

Cela fait un peu plus de dix ans que Mme Deschênes s’applique à la poésie. Elle a publié L’eau d’Ensor en 2002, Exosphère en 2004 qui lui a d’ailleurs valu le Prix littéraire Clément-Morin et L’étreinte ne sera plus fugace en 2007. Alors que sa plus récente oeuvre n’est pas encore sortie en librairie, l’auteure entame déjà un cinquième projet, celui pour lequel elle a obtenu la bourse. Il s’agit d’un livre de poésie qui sera écrit en prose. Provisoirement intitulé Cabanes et femmes, ce livre jettera un regard neuf sur le féminin dans le paysage québécois, sous forme de microrécits poétiques rythmés, explique Mme Deschênes. « Je vois beaucoup de cabanes sur la route et j’ai eu envie d’explorer le féminin à travers elles parce que je trouve qu’il y a un contraste intéressant entre les deux. Les cabanes représentent un univers plus rude tandis que la femme évoque davantage la douceur. J’ai envie que ce soit déstabilisant comme texte et que l’on puisse suivre l’évolution de la femme. » Afin de renouveler sa démarche de création, Mme Deschênes a commencé cet été à photographier les diverses cabanes qu’elle croise sur son chemin, sur la route 132, afin de parvenir à une écriture différente. Pour chaque cabane photographiée, elle compte poser un regard féminin différent. Et chaque saison, elle y retournera pour travailler la temporalité des lieux. C’est d’ailleurs pour ce renouvellement au niveau de sa démarche artistique que Mme Deschênes a reçu la bourse.

La place de l’auteur dans la société

Récompensée par ses pairs à deux reprises, l’auteure maskoutaine connaît bien les difficultés d’être publiée et perçoit l’écriture tel un privilège. Selon elle, l’écrivain a un rôle important envers la société, ce qu’elle n’aurait pas cru à ses débuts.

« Mon point de vue a changé là-dessus. Quand j’ai commencé à écrire, mon écriture était plus axée sur l’intime. Je trouvais que ce n’était pas la place pour émettre une critique sociale. En grandissant, j’ai pris conscience de la société qui nous entoure et j’ai réalisé que c’est un privilège d’écrire, d’être publié et d’être récompensé. Aujourd’hui, je veux amener un regard neuf et une conscience sociale dans mes écrits. Mais cela demande de l’assurance et une expérience de vie. »« Un professeur m’a déjà dit qu’il y avait trois phases dans la vie d’un poète, poursuit-elle. La première phase est plus basée sur son émotion, la deuxième sur son environnement et la troisième sur sa conscience sociale. Finalement, plus tu vieillis, plus tu as conscience de ce qui se passe dans le monde. Et c’est ainsi que la littérature devient plus intéressante! »Également chargée de cours à l’Université du Québec à Trois-Rivières ainsi qu’à l’Université de Sherbrooke en littérature et en philosophie, Mme Deschênes croit que les écrivains ont un rôle à jouer dans le débat concernant la hausse des frais de scolarité. « Tous les artistes intellectuels et écrivains devraient se positionner sur ce débat-là! Et si tu ne le fais pas, qui le fera? C’est à cela que sert l’intellectuel : se poser des questions. »Contre la hausse des frais de scolarité, elle croit que l’accessibilité aux études est primordiale pour une société en santé. « Pour ma part, je suis la première dans ma famille à être allée à l’université et c’est là que tu ouvres la voie aux autres générations. Il faut préserver l’accessibilité et changer notre vision de l’éducation. Si tu fais juste avaler des savoirs en vue d’un emploi, l’éducation entre moins en ligne de compte. Je crois que nous devrions entrer davantage en contact avec la tradition, avec ce que signifiait auparavant l’éducation. La société y gagnerait beaucoup à mon avis, mais les positions sont tranchées », conclut-elle.

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