6 octobre 2016
Autopsie d’un désastre écologique
Par: Rémi Léonard
Autopsie d’un désastre écologique

Autopsie d’un désastre écologique

Image prise en juillet au Rapide Plat Nord, en aval de la station d’épuration.  Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Image prise en juillet au Rapide Plat Nord, en aval de la station d’épuration. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Le déversement d’eaux usées survenu le 28 juin à la station d’épuration de Saint-Hyacinthe a été constaté sur place le jour même, mais personne n’a jugé qu’il fallait sonner l’alarme, a-t-on appris de l’enquête menée cet été par la Ville et rendue publique le 29 septembre.

Impossible de blâmer les employés, a cependant prévenu le maire Claude Corbeil, puisque les lacunes se trouvaient plutôt au sein de la culture de l’organisation. Il n’était étrangement pas dans les pratiques municipales de se préoccuper du débit de la rivière lors d’un déversement, a-t-il admis. L’opération a donc été jugée « normale » par les opérateurs. Les déversements « font partie de la vie d’une usine d’épuration », a expliqué le directeur général Louis Bilodeau, faisant remarquer qu’ils sont fréquents dans n’importe quelle installation.

La mort de milliers de poissons est principalement due au débit extrêmement faible de la rivière Yamaska ce jour-là, en plus des 8,5 millions de litres d’eaux usées déversés, a-t-il rappelé. Dorénavant, le débit de la Yamaska sera donc suivi journalièrement pour s’assurer d’éviter les activités à risque de déversement dès que le débit de la rivière passe sous les 30 m3/s. Le 28 juin, il était à 3,5 m3/s.

Prévu, pas prévu?

Après avoir valsé sur le sujet dans les jours suivants les événements, la Ville maintient cette fois que si un arrêt complet de l’usine pendant huit heures était bel et bien planifié pour permettre des travaux électriques dans le cadre de la phase II du projet de biométhanisation, le déversement ne l’était pas. L’usine a normalement une capacité de rétention de douze heures, a soutenu le maire.

Une fois le courant coupé, les dégrilleurs, ces appareils en forme de grilles qui servent à filtrer les matières les plus grossières, ne sont pas actionnés comme prévu. Il ne s’agit toutefois pas d’un « bris majeur », comme évoqué précédemment. En étant inactives, les grilles ont été obstruées par la matière dans l’eau, ce qui a fini par boucher le canal. Le niveau de l’eau a donc grimpé jusqu’à ce que le trop-plein soit dévié vers la rivière pour éviter un débordement dans l’usine.

Les usines d’épuration ont normalement des dégrilleurs manuels pour prendre le relais dans de pareils cas. Ceux de l’usine de Saint-Hyacinthe étaient cependant hors fonction depuis la fin des années 1980. Recouverts par un plancher métallique, on les avait à toutes fins pratiques oubliés depuis ce temps. Les dégrilleurs manuels sont maintenant opérationnels depuis le 22 juillet.

Autre particularité étonnante à la station d’épuration, aucune alarme n’avertissait qu’un déversement vers la rivière était en cours. Il n’y en avait jamais eu depuis la création de l’usine, jusqu’à ce que la situation soit corrigée en août dernier. 

140 heures dans les Maritimes

Au-delà des déficiences techniques, les communications internes ont été plus que laborieuses étant donné qu’il s’est écoulé six jours, incluant trois jours pendant lesquels la cause du déversement était activement recherchée, avant que l’hypothèse d’un déversement municipal ne se rende aux oreilles de la direction générale et du maire. La période des vacances et la longue fin de semaine du 1er juillet ont certainement joué dans ce délai.

Depuis, un nouveau système d’appel a été mis en place pour s’assurer qu’un employé-cadre soit de garde en permanence et que l’information circule correctement à l’interne. Les employés de garde pourront même recevoir des alarmes provenant de la station d’épuration directement sur leur téléphone et apporter certains ajustements à distance. Aucun déversement majeur ne devrait donc passer de nouveau sous silence.

D’autant plus que le plan prévoit maintenant des communications externes. En cas de problématique majeure, le grand public et selon le cas le ministère de l’Environnement, la Santé publique et les municipalités concernées seront informés.

La création d’un service spécifiquement dédié à la biométhanisation et aux eaux usées devrait aussi permettre un meilleur encadrement dans le futur, a expliqué Louis Bilodeau (voir autre texte).

Dans ses 79 pages, le rapport ne fait toutefois aucune mention des activités à la centrale T.-D.-Bouchard près du barrage Penman, alors que le débit de la rivière a été identifié comme un facteur déterminant. « Ça ne change pas grand-chose aux événements. Faire des liens avec le barrage est un raccourci rapide », a commenté le directeur général. Il a reconnu que l’exploitant Algonquin Power est tenu de conserver en été un minimum de 7 m3/s dans la rivière, mais pas d’interrompre complètement ses activités, autre élément qui diffère de ce qui avait été dit dans les jours suivants le déversement.

Le document élaboré par la Ville soulève de nombreuses autres déficiences constatées et décrit l’ensemble des mesures prises depuis pour éviter une nouvelle catastrophe écologique. Avec tous ces changements, « on a la ceinture et les bretelles », a imagé Claude Corbeil. « Tous les recoins » de l’usine d’épuration ont été scrutés pour en faire une installation « à la fine pointe », a-t-il assuré. Le rapport complet est disponible sur le site Internet de la Ville.

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